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Lumière sur la peinture espagnole du XVIe au XXe siècle.

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La très belle exposition sur les grands peintres espagnols qui s’est tenue au musée Jacquemart-André à Paris (12 mars au 1er août 2010) se poursuit outre-atlantique au musée national des Beaux-arts du Québec, du 7 octobre 2010 au 9 janvier 2011.

Mme Véronique Gérard-Powell, enseignante à Paris-Sorbonne, est un des commissaires de l’exposition et rédactrice du catalogue : « Du Greco à Dalí, les grands maîtres de la collection Pérez Simon ».
Elle a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses sur le sujet :

-La figure de Juan Antonio Pérez Simon, collectionneur infatigable, semble à la genèse de cette exposition ?

« Oui, toutes les œuvres exposées appartiennent à cet homme d’affaires mexicain de soixante-dix ans, né en Espagne dans les Asturies et qui a émigré enfant avec
ses parents au Mexique. Développée d’abord dans un groupe d’investissement, sa fortune s’est renforcée depuis une trentaine d’années avec son implication dans le
téléphone portable au Mexique. Telmex Internacional est la principale entreprise de télécommunications en Amérique latine. C’est au début des années 1970 qu’il a
commencé à collectionner livres, meubles, peintures et sculptures . Ces œuvres sont conservées à Mexico et dans sa propriété espagnole.  »

-Quelles sont les spécificités de sa collection ?

« La collection de peintures est très éclectique, avec une nette dimension encyclopédique et en même temps la marque d’un goût très personnel pour la nature humaine et le travail des hommes. Elle compte environ 4000 œuvres dont 1500 de la plus haute qualité. Il a acquis aussi bien des œuvres de la renaissance européenne que du XX° siècle latino-américain. Les temps forts de la collection sont l’école espagnole dans sa totalité, les écoles française et anglaise du XIX° siècle, les grands maîtres du XX° siècle occidental et latino-américain. Il possède quelques admirables toiles des écoles nordiques du XVI° et XVII° siècle. Son goût est indépendant des modes et sa collection réunit des chefs d’œuvre et d’intéressantes toiles d’artistes plus méconnus. »

-L’exposition apporte un éclairage vibrant sur la peinture espagnole. Quelle est la part du sacré ?

« La part de la peinture religieuse étant prépondérante dans la peinture espagnole de la Renaissance au XIX° siècle, la collection reflète cette spécificité grâce notamment
à un bel ensemble « hispano-flamand » du XVI° siècle et à quelques grandes pièces de Murillo ou de Ribera qui avaient d’ailleurs souvent disparu du marché de l’art
depuis de longues années. Pérez Simón a également acquis deux des meilleurs exemples de la peinture « mystique » de Dalí avec « l’Ascension du Christ » et le « Christ
de Gala ».

-Les peintres de cour sont-ils évoqués ?

« Oui, malgré leur extrême rareté sur le marché de l’art puisque la grande majorité de leurs œuvres sont depuis le début du XIX° siècle au musée du Prado. On ne trouve
ainsi pas d’œuvres de Velázquez, peintre de cour (1599-1660) sur le marché. Cependant Pérez Simón a acquis un excellent portrait de Philippe II par Pantoja de la
Cruz ( vers 1606) qui provient d’une galerie du Palais du Prado, démantelée pendant l’occupation napoléonienne de l’Espagne (1808-1812). Il a également une rare vue
anonyme d’une corrida royale sur la Plaza Mayor de Madrid, pleine de renseignements sur le rituel de ces fêtes. »

-Un statut particulier est accordé à Joaquín Sorolla, grand peintre du XIXe siècle.

« Pérez Simón a en effet acquis un remarquable ensemble, portraits, paysages, scènes de vie quotidienne, du peintre Sorolla ( 1863-1923) qui a connu de son vivant un
remarquable succès international et que l’on redécouvre actuellement grâce à de belles expositions comme celle que lui a consacré le musée du Prado en 2009. Ce
peintre des paysages méditerranéens, des coutumes espagnoles et de la société n’est pas un révolutionnaire mais sait capter avec force toutes les nuances de la
lumière, les couleurs vives , les aspects les plus profonds de la vie quotidienne et l’ humanité de l’intellectuel ou du paysan. »

-Comment le XXe siècle est-il représenté dans sa foisonnante diversité ?

« L’exposition n’a rassemblé qu’une petite partie de la collection de peinture espagnole de Pérez Simón qui s’étend jusqu’aux artistes les plus contemporains et à des maîtres moins reconnus. Elle s’est centrée sur les trois grands espagnols, Picasso, Mirò, Dalí , qui ont participé aux avant-gardes occidentales, cubisme, surréalisme, onirisme, etc.
Le début du XX° siècle, avec l’influence capitale de Paris sur la peinture espagnole, est représentée par le peintre cosmopolite Zuloaga, par le catalan Anglada Camarasa et par Dario de Regoyos qui traitent les thèmes « costumbristes » ( scènes de vie quotidienne) , thématique profondément espagnole, dans une veine
symboliste. Tàpies, le dernier survivant de la génération d’artistes qui a réussi à travailler sous le franquisme, clôt l’exposition. »

On peut consulter et emprunter le catalogue d’exposition à la bibliothèque Michelet, aux cotes suivantes :
CAT*2010-2 et CAT*2010-2+1

Soline Astier

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