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L’art indien à l’honneur

Mme Edith Parlier-Renault, enseignante à Paris-Sorbonne, vient de diriger la publication d’un bel ouvrage, synthétique et complet, paru aux PUPS et intitulé L’art indien. Inde, Sri-Lanka, Népal, Asie du Sud-Est.
Elle a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses sur le sujet :

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-Votre dernière parution, qui est le fruit d’un travail collectif, se présente comme une double approche géographique et chronologique de l’art indien et de sa diffusion en Asie du Sud-Est.

Des éclairages transversaux portant sur des thématiques précises, comme par exemple « l’art contemporain en Inde » ou « le textile en Indonésie », permettent une grande souplesse dans le démarrage d’une recherche.

Ce côté pratique de l’ouvrage vise-t-il particulièrement les étudiants, qui pourront s’approprier plus facilement un sujet aussi foisonnant ?

- Oui, bien sûr, l’ouvrage a été conçu d’abord pour les étudiants, pour leur donner une idée d’ensemble du sujet, leur fournir des bases à partir desquelles il puissent s’orienter dans leurs études et leurs recherches plus spécifiques, ainsi qu’un cadre dans lequel ils puissent replacer les connaissances acquises dans tel ou tel cours plus spécialisé.

-L’apparition des images, omniprésentes dans l’art du monde indien, est contre toute attente plus tardive en Inde que dans d’autres civilisations. Est-ce la nécessité de représenter le Buddha qui amorce leur développement ?

- En fait, il semble bien que les premières représentations des dieux hindous, du Buddha et du Jina (la figure fondamentale dans la troisième religion née en Inde, le jaïnisme) soient à peu près contemporaines: elles se développent vers le IIe siècle de notre ère. Ces trois religions ont répondu probablement alors à un besoin commun des fidèles, au développement d’un courant dévotionnel général en Inde.

Mais l’apparition de l’art indien est bien antérieure, puisqu’elle se situe au IIIe siècle avant notre ère, ce qui est déjà très tardif si on compare avec la civilisation chinoise, ou même grecque. Donc, pendant quelque trois ou quatre siècles, l’art indien a représenté d’autres thèmes, en particulier des épisodes narratifs (vie du Buddha, par exemple), des motifs  souvent chargés de symbolisme, tirés de la faune ou de la flore, ou des divinités de la nature assez mineures mais liées à des cultes de la fertilité.

-Les divinités hindoues sont multiples : y a-t-il des règles ou des tendances communes pour les représenter ?

- La représentation des divinités hindoues obéit d’abord à un idéal esthétique qui leur est commun, et aussi à un certain nombre de codes concernant leurs postures, leurs gestes, leurs expressions. Les divinités se différencient essentiellement par la coiffure, parfois le vêtement, et surtout les attributs qu’elles tiennent. Beaucoup de ces codes ont été fixés dans des textes destinés aux sculpteurs ou aux peintres. Généralement, les dieux sont beaux et bienveillants ou sereins, mais ils peuvent aussi être terribles et courroucés.

-Existe-t-il des courants régionaux dans la conception et la représentation du Buddha ou de la divinité ? Quelles en sont les conséquences sur l’architecture ?

- Il existe de nombreux courants régionaux, mais c’est surtout vrai des représentations hindoues. Celles du Buddha ont connu moins de variations, même si l’on distingue très bien par exemple un Buddha du nord de l’Inde d’époque gupta (Ve siècle) d’un Buddha réalisé en Inde du Sud vers la même période.
Ces images faisant partie intégrante du temple en ont forcément influencé l’architecture. À mesure que les formes divines se multipliaient, les plans des temples sont devenus plus complexes, afin de pouvoir accueillir la foule croissante des divinités: on le voit en particulier dans le plan étoilé des temples hoysala, au Karnataka, ou dans ceux de Khajuraho, en Inde du Nord.

-Quelle est la portée de l’influence du modèle artistique indien en Asie du Sud-Est ? L’exportation d’un art est-il lié à la diffusion d’un modèle religieux ?

- L’art de l’Asie du Sud-Est est né à partir des modèles indiens, dont on a retrouvé d’ailleurs quelques exemples, comme le fameux Buddha d’Amaravati (côte Sud-Est de l’Inde, IIe ou IIIe siècle de notre ère) découvert aux Célèbes, en Indonésie. Néanmoins, dès les VIIe-VIIIe siècles, des styles très spécifiques sont apparus dans différentes régions de l’Asie du Sud-Est.
Dans le cas de l’Asie du Sud-Est, on peut dire en effet que l’art indien s’est exporté en même temps que le modèle religieux indien.

Cet ouvrage est disponible à la consultation et au prêt à domicile à la bibliothèque Michelet.

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