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La vie de la première bibliothèque du collège de la Sorbonne

Vous souhaiteriez connaître le fonctionnement de la toute première bibliothèque du collège de la Sorbonne ? Quelles collections  conservait-elle ? Comment le bibliothécaire gérait-il le fonds ? Et que dire des lecteurs ? Avaient-ils les mêmes droits ? Y avait-il beaucoup de différences avec nos SCD ? Pas si sûr…

Au XIIIe siècle naît l’université de Paris et le collège de la Sorbonne est fondé en 1257 près de la montagne Sainte-Geneviève. À l’origine, l’université est une association spirituelle regroupant maîtres et étudiants dans la défense d’intérêts communs. Le collège est un pensionnat destiné à loger les plus pauvres des étudiants avant de s’étendre aux autres. Au fur et à mesure de leur développement, les maîtres suivent leurs élèves et viennent y dispenser leur enseignement.

Le collège de la Sorbonne  abrite dès son édification des manuscrits, la plupart en latin. La majeure partie provient des dons de clercs, sociétaires d’alors. Durant les 15 premières années, peu nombreux, ils sont déposés dans des coffres, au trésor, salle où l’on conserve les objets de valeur. Difficile alors de parler de véritable bibliothèque.

Les dons continuent à affluer. En 1289, on organise enfin une bibliothèque digne de ce nom. Grâce à son nombre de volumes (près de 1 000), elle est déjà la plus grande de Paris et une des plus importantes d’Europe.

Comment est organisée la bibliothèque ?

La première bibliothèque est aménagée au premier étage du collège dans une pièce longue et étroite. Elle mesure 40 pas de longueur et 12 pas de largeur. Elle est éclairée par 38 fenêtres. Les subdivisions du catalogue ornent les murs et les vitraux. Cette salle est la bibliothèque commune bientôt appelée « magna libraria » (grande bibliothèque). C’est l’actuel libre accès. La « parva libraria » (petite bibliothèque) renferme les doubles, les volumes rarement consultés et ceux réservés au prêt. C’est l’actuel magasin.

Dans la bibliothèque commune, les livres sont enchaînés à des pupitres inclinés (26) disposés en rangées. Ils sont posés à plat sur le pupitre et sur un rayon placé en dessous. Une ferrure rivée à la reliure du manuscrit retient l’un des bouts de la chaîne. Une tringle commandée par une serrure à l’extrémité relie l’autre bout. Ces chaînes ont pour but de prévenir les vols.

Dans la petite bibliothèque, dans le même souci, les livres sont déposés dans des armoires et coffres fermés à clé. On y appose des marques de propriété, équivalent des tampons sur la page de garde. Au début, l’autorisation d’emprunter est  réservée aux sociétaires. Puis, à la fin du XIIIe siècle, elle s’étend à un plus large public. C’est le cas des anciens sociétaires, étudiants extérieurs, maîtres en théologie et universitaires extérieurs. Pour emporter à domicile il faut s’identifier. On  inscrit les noms et les ouvrages sur des feuilles volantes ou sur les pages de garde blanches. On découpe ces mentions une fois le retour fait. Les prêts sont gratuits. A partir de 1321, les lecteurs extérieurs devront s’acquitter d’une caution.

Quelles sont les règles ?

La bibliothèque est régie dès son origine par un règlement draconien. Il se précise en 1321. La bibliothèque est considérée comme un lieu sacré. Les lecteurs ne peuvent  ni parler,  ni  chuchoter. Ils ne doivent pas déranger quiconque en marchant.

Les ouvrages sont fragiles. Ils sont menacés de toute part. Par la poussière, l’eau, l’huile, le feu, les taches de cire et de graisse. Les lecteurs doivent alors se laver les mains et refermer le livre après chaque consultation à l’aide du fermoir. Les œuvres ne sont pas non plus à l’abri des coups de canifs et de ciseaux. Faire des signets est d’un usage courant. De même que de découper le folio pour s’en faire du brouillon. Pour chaque délit, on exige six deniers. Et dans certains cas on recourt à l’excommunication.

La bonne conservation des collections passe aussi par le contrôle strict de l’entrée de la bibliothèque. Elle est interdite aux enfants et aux illettrés. Les étrangers doivent être accompagnés par un membre du collège. Il se reconnaît à sa tenue composée  d’une robe et d’un bonnet. Il est responsable de son hôte. Il possède une clé de la bibliothèque et doit fermer la porte après chaque passage.

Les professeurs ne sont pas des lecteurs ordinaires. Ils ont quelques privilèges, dont celui de pouvoir consulter en priorité les ouvrages demandés. Et certains folio leurs sont seuls réservés. Il s’agit pour la plupart d’écrits interdits.

Comment le bibliothécaire gère-t-il son fonds ?

Un premier catalogue est mis en place à la fin du XIIIe siècle. Les manuscrits sont classés par sections et, à l’intérieur de chacune d’entre elles, les auteurs par ordre alphabétique.

La première section comprend le trivium (grammaire, rhétorique, logique). La deuxième, le quadrivium (arithmétique, astronomie, musique, alchimie, géométrie, médecine). La troisième, la partie religieuse (textes sacrés, commentaires, concordances, pères de l’Église).

Le bibliothécaire donne à chaque volume un numéro d’ordre à l’intérieur de chaque section, par exemple le numéro 8 parmi les livres de Saint Bernard.

En 1321, un nouveau catalogue est mis en place. La bibliothèque comprend, en 1338, 1 720 ouvrages dont 300 dans la « magna libraria » et  1 400 dans la « parva libraria ». Désormais deux catalogues coexistent. Le premier donne la liste des volumes avec un titre abrégé dans l’ordre où ils figurent sur les pupitres. Le titre de chaque volume est accompagné des premiers mots du texte. Une cote ABC leur est attribuée. Un deuxième catalogue est une sorte d’index du contenu des volumes répartis par matière (grammaire, logique, écritures…) car un ouvrage peut porter sur plusieurs sujets. Ici les mots du second ou de l’avant-dernier feuillet remplacent les premiers mots du texte.

Ces catalogues sont constitués pour la commodité des bibliothécaires eux-mêmes, afin d’assurer la bonne gestion du fonds. Les étudiants et les maîtres n’y ont pas accès.

Au fil des ans, le fonds ne cesse de s’accroître. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la première presse s’installe  à la Sorbonne et le nombre d’imprimés dépasse celui des manuscrits. En 1770, une partie des collections du collège rejoint la toute nouvelle bibliothèque de la Sorbonne sous le nom de Bibliothèque de l’Université de Paris.

Photos :
– vue du collège de Sorbonne en 1550. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Rector of the University of Paris and Doctor of the Sorbonne. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Miniature Prayer Book In Latin, illuminated manuscript on parchment. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
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