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Le château perché d’Henri IV

Un bel ouvrage, fruit d’un travail collectif, a paru en décembre 2010 à l’occasion de l’exposition consacrée à « Henri IV, prince de paix et patron des arts » au musée d’archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye.

Le livre retrace l’histoire d’un château disparu, demeure de Henri II et de Henri IV, qui s’épanouissait jadis sur les pentes d’un site exceptionnel de la vallée de la Seine.

ChateauNeufgros

« Le Château-neuf de Saint-Germain-en-Laye » paru aux Presses franciliennes sous la direction de M. Emmanuel Lurin, professeur d’Histoire de l’art à Paris IV, retrace avec beaucoup d’élégance l’histoire d’une grande demeure royale aujourd’hui disparue.

M. Lurin a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses sur le sujet :

 

-Le Château-Neuf, dont l’architecture est singulière, évoque l’idée d’une villa à l’italienne, lieu de délassement entre demeure et jardins : est-il significatif du règne d’Henri IV ?


« Le Château-Neuf a pour origine une simple maison de plaisance, demeurée inachevée à la mort de son commanditaire le roi Henri II (1559). Trente-cinq ans plus tard, Henri IV relance les travaux et agrandit cette maison aux dimensions d’un château, qui conserve néanmoins le caractère intime et les fonctions d’une villa.

On y reconnait le goût du roi pour les galeries d’apparat, les portiques ouverts sur des terrasses et de beaux jardins – autant d’éléments que l’on retrouve dans d’autres constructions du règne, comme le château de Fontainebleau ou le « palais-villa » des Tuileries. Mais c’est au Château-Neuf que le goût d’Henri IV en matière de bâtiments et de jardins apparaît avec le plus d’évidence. »

350px-Saint-Germain-en-Laye_château2_dessinLe Château Neuf en 1637,
par Auguste Alexandre Guillaumot (1815-1892) (Gallica)


-Le site à flanc de colline, courant jusqu’à la Seine, regroupe plusieurs monuments, le Château-neuf et le Château-Vieux : quelles sont leurs différences et leurs spécificités ?


« À la fin du XVIe siècle, le domaine royal de Saint-Germain-en-Laye comportait en effet deux résidences, dont la principale et la plus ancienne était le Château-Vieux. C’est la demeure historique des rois, reconstruite par François Ier en vue d’accueillir le souverain et toute la cour. À partir de 1557, Henri II fait bâtir dans le parc une maison de plaisance dont le principal attrait – outre le calme et l’isolement qu’elle offre au roi et à son entourage – est la belle vue sur la vallée de la Seine.

Par la suite, Henri IV donne beaucoup d’ampleur et de faste à ce « Bâtiment-Neuf » dont il fait sa résidence personnelle à Saint-Germain. Sans abandonner le Château-Vieux, il le réserve à ses courtisans et surtout à sa famille, d’abord le dauphin (1601), puis tous ses enfants, légitimes et illégitimes, qu’il fait élever ensemble dans le grand château de Saint-Germain. Ce rapport de complémentarité entre le château principal et une maison satellite, réservée au roi, se retrouve au XVIIe siècle : Louis XIII fera aménager pour lui-même le petit château du Val dans la forêt de Laye tandis qu’à Versailles, Louis XIV fera construire le Grand Trianon dans les années 1680. »

 

-Le déploiement en terrasses du Château-Neuf témoigne-t-il d’un renouveau architectural ? Et qu’en est-il des grottes artificielles et des jardins qui recèlent des merveilles d’hydraulique ?


« Rappelons que la vue panoramique sur la vallée de la Seine avait déjà « attiré » la maison d’Henri II en bordure de plateau. Mais la décision d’aménager la pente entre le Château-Neuf et la Seine revient certainement à Henri IV.

Il y fait bâtir un immense jardin en terrasses, dont la partie supérieure s’ordonnait autour de deux galeries monumentales, ouvertes en portiques : la galerie dorique et la galerie toscane. Celles-ci abritaient des grottes artificielles, agrémentées de fontaines à automates, qui sont l’œuvre de Tommaso Francini, un ingénieur italien qui avait travaillé auparavant dans les villas du duc de Toscane.

Si les jardins de pente étaient nombreux en Italie centrale, ils étaient beaucoup plus rares en France et celui de Saint-Germain est une œuvre exceptionnelle, dont la composition s’inspire du complexe hellénistique du temple de la Fortune à Préneste, près de Rome. C’est là que réside le caractère fondamentalement « italien » du projet, avec les grottes et les fontaines ajoutées par les Francini. Pour le reste, on est bien loin des jardins maniéristes d’Italie centrale : le jardin du Château-Neuf privilégie l’espace, la perspective et la symétrie, annonçant déjà les grands jardins « à la française ». »

 

-L’ouvrage que vous avez dirigé est extrêmement riche en iconographie :
était-il aisé de dénicher et rassembler toutes ces eaux-fortes, gravures
et plans ?


« L’iconographie du livre est le fruit de longues recherches documentaires dans les fonds de la Bibliothèque nationale, de l’École nationale des Beaux-Arts, des Archives départementales des Yvelines ou encore des musées de Saint-Germain (mais il reste encore bien d’autres pièces à exhumer, notamment aux Archives nationales).

S’agissant d’un château disparu et encore peu étudié, il était important de reproduire dans le livre l’essentiel de la documentation, des vestiges et des œuvres conservées. Dans la composition des catalogues et la rédaction des notices, nous avons mené un travail assez complexe d’analyse et de composition : chaque pièce est étudiée pour elle-même (en particulier les gravures qui, on l’oublie trop souvent, sont des œuvres d’art avant d’être des « documents » d’architecture) mais aussi reliée au projet d’ensemble qui est une description raisonnée du Château-Neuf. Un vrai travail de mosaïste qui choisit et assemble ses pièces dans une composition d’ensemble, sans oublier la valeur de chacune d’entre elles… »

 

-Vous dites dans le prologue que le livre s’ouvre sur une absence
irrémédiable, celle du château disparu : au-delà de l’écriture, l’élégance que dégage l’ensemble de l’ouvrage serait-elle due à un brin de nostalgie ?

 

« Ce soin que je porte à l’écriture, et que je partage avec mes auteurs, n’a rien à voir avec le sujet du livre. N’oublions pas que les œuvres d’art sont des pensées formelles, qui imposent à l’historien une forme très particulière d’exégèse : la réflexion, en histoire de l’art, est presque indissociable du regard que l’on porte sur les œuvres et des termes que l’on choisit (non sans mal) pour les commenter.

Quant à la nostalgie, je ne crois pas qu’elle soit vraiment présente dans notre livre. La nostalgie est un sentiment de perte et de regret, que l’on peut éprouver à titre individuel, mais qui n’a pas sa place dans le travail et le discours d’un historien. Je n’ai aucune nostalgie envers le règne d’Henri IV et n’aspire en aucun cas à voir « restaurés » un jour la culture ou l’art de cette époque (ainsi, le projet de reconstitution des Tuileries est pour moi une aberration culturelle). De même, je n’ai rien à dire sur la destruction du Château-Neuf, qui est un fait historique comme un autre, si ce n’est qu’elle conditionne fortement mon enquête. Je suis sensible en revanche aux ruines, comme aux documents d’archives et à tous les témoignages fragmentaires du passé. »

 

Le « Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye » est disponible à la bibliothèque Michelet en plusieurs exemplaires ainsi qu’au prêt à domicile aux cotes : CAT 2010-59  et CAT 2010-59+1

Article wikipedia sur le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye.

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