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Archives pour 06/2011

Invitation au voyage à la bibliothèque Clignancourt

La bibliothèque Clignancourt propose actuellement une exposition consacrée à la littérature de voyage et aux explorateurs. Les livres sont consultables et empruntables immédiatement.

N’oubliez pas que vous bénéficiez du prêt vacances : tous les documents empruntés désormais ne sont à rendre qu’en septembre.

La ludothèque de l’IUFM : le jeu au service de l’enseignement

  • L’accueil des étudiants et des stagiaires

La ludothèque est un lieu d’accueil des étudiants et des stagiaires curieux d’une utilisation du jeu dans leur classe. C’est une rencontre qui peut avoir lieu lors de la formation aux concours ou en formation continue lors de stages à l’IUFM de Molitor.

  • La formation au jeu dans un but éducatif

Le jeu a sa place à l’école dans un but pédagogique : il figure dans les textes officiels, il est le pendant du sérieux du monde. Il exprime certes une liberté, mais avec des règles et un fonctionnement pré-établis. Il permet une exploitation riche et diverse, faisant appel à des compétences transversales.

  • Comment classer les jeux ?

La ludothèque a tout d’abord adopté un mode de classement selon le système ESAR (E pour jeux d’exercice, S pour jeux symboliques, A pour Assemblages, R pour jeux de règles simples ou complexes). Aujourd’hui, un nouveau mode de classement est mis en place, reposant sur des critères de compétence, liées aux raisons de l’enseignement. Les catégories sont la topologie (création et construction), les jeux à règles et les jeux de coopération. Les catégories sont, par exemple : Construction dans l’Espace (CE), Assemblage (A), Sens (S) (toucher, goût…). Elles sont toujours en développement.

  • Les jeux référencés dans le catalogue commun des bibliothèques de l’IUFM, disponibles sur les sites de Molitor et Batignolles dans des espaces singuliers

Les jeux sont ensuite mis à disposition en respectant le mode de cotation et sont référencés dans le catalogue de la médiathèque de l’IUFM. Ainsi le jeu « Attitudes Edra », permettant d’appréhender l’espace, est coté en CE pour Construction de l’Espace. Il a été signalé sur le catalogue de l’IUFM et peut être emprunté .

A terme, la règle du jeu devrait également être téléchargeable depuis le catalogue.

  • Horaires, modalités d’accès, public concerné

La ludothèque est ouverte sur le site de Molitor, salle 107, et sur le site de Batignolles, salle 110, sur rendez-vous auprès de Catherine Valiant. Le public comprend des stagiaires, des étudiants développant leurs projets et de plus en plus de formateurs.

Contact : Catherine Valiant
ludotheque@paris.iufm.fr

 

Odilon Redon, sur le présentoir « Nouveautés » de la bibliothèque Michelet

A la bibliothèque Michelet, la thématique du présentoir des « Nouveautés » est actuellement centrée sur Odilon Redon, au moment où le Grand Palais célèbre ce peintre symboliste de la fin du XIXe siècle dans le cadre de l’exposition « Odilon Redon : Prince du rêve » (23 mars 2011-20 juin 2011). Peintre de la couleur noire à ses débuts, dans ses célèbres « Noirs », il n’a jamais renoncé à la couleur, notamment dans ses pastels, avant d’avoir recours à la fin de sa carrière à des couleurs vives le rapprochant des fauves. Redon a puisé son inspiration notamment dans la littérature de son temps, et exploré les méandres de la pensée, l’étrangeté du rêve et du subconscient.

Photo : Fabrice Cicard

Démarrer sa recherche bibliographique : parole de tuteur.

22/06/2011 un commentaire

Sébastien Gougibus, tuteur à la bibliothèque Michelet et doctorant en histoire de l’art, nous livre quelques clés pour bien démarrer ses études en ce domaine :

« S’il est un problème qui se pose à tout étudiant pendant son cursus, c’est celui de la recherche bibliographique. Que cela soit pour un exposé à préparer ou un mémoire de recherche, la première étape est bien souvent l’une des plus difficiles : trouver des informations sur le sujet, ne pas se contenter des livres généraux mais parvenir à explorer le thème choisi au travers des articles, des publications les plus récentes et les plus averties.

Le bon réflexe que l’on se doit d’acquérir pendant les premières années, celles de Licence, c’est d’aller consulter les ouvrages des grandes collections, telles que Citadelles et Mazenod, L’Univers des Formes, les manuels de l’École du Louvre, bref tous ces livres qui, au-delà de leur contenu scientifique, valent par leurs riches bibliographies. Celles-ci constituent un excellent point de départ.
Mais, bien entendu, cela ne suffit pas.
L’étudiant doit ensuite se tourner vers tous les outils informatiques qui sont aujourd’hui mis à sa disposition par les bibliothèques et, notamment, par les bibliothèques de la Sorbonne.
Ce sont les catalogues de recherche comme celui de la bibliothèque Michelet, ou encore le SUDOC qui interroge les bibliothèques universitaires en France.

Ce sont également les bases de données qui donnent accès, en tant qu’étudiant de Paris-Sorbonne, à un grand nombre de services, comme le dépouillement de revues qui permet de connaître les articles parus sur un sujet donné, ou encore la lecture de ces articles en full-text, ce qui est, je parle en connaissance de cause, bien pratique!
Bref, la recherche bibliographique est un travail en soi, qui conditionne la réussite de tout travail universitaire. Comme toute chose, cela s’apprend et il ne faut pas hésiter à demander des conseils, de l’aide aux personnels des bibliothèques qui sont là pour répondre à vos questions. Et je pense notamment aux tuteurs, dont j’ai fait partie cette année, et qui vous guideront dans l’utilisation de tous ces outils dont vous ne pourrez ensuite plus vous passer. »

-Signets du Service commun de la documentation de Paris-Sorbonne en histoire de l’art

-Signets du Service commun de la documentation de Paris-Sorbonne en archéologie

Sébastien Gougibus
Photo : Fabrice Cicard

Hommage à Eric Dolphy

1. Repères biographiques

Né à Los Angeles le 20 juin 1928, le saxophoniste, flûtiste et clarinettiste Eric (Allan) Dolphy est reconnu comme l’un des « géants » du jazz.

Sa carrière débuta en 1948-49, époque où il joua dans diverses formations, réalisant ses premiers enregistrements avec Roy Porter.  A partir de 1958, il se fit connaître dans l’orchestre de Chico Hamilton et jusqu’à sa mort, survenue six ans plus tard à Berlin le 29 juin 1964, alors qu’il n’avait que trente-six ans, Eric Dolphy ne cessa de jouer et d’enregistrer avec les plus grands jazzmen : John Coltrane, Max Roach, Oliver Nelson, Herbie Hancock, Lionel Hampton, Gunther Schuller, George Russell, Ken McIntyre, etc.

Les années 1960 et 1961 furent les plus fertiles pour Dolphy. En 1960, il participa avec Charlie Mingus au 1er festival d’Antibes. La même année, il « improvisa » avec Ornette Coleman le révolutionnaire « Free Jazz ». Dolphy monta son propre quintette, entre autres avec Booker Little puis  avec Freddie Hubbard.

Eric Dolphy laisse de nombreux enregistrements qui font date dans l’histoire du jazz, non seulement en tant qu’interprète, mais aussi en tant que compositeur : Outward Bound (1960), Out There (1960), Far cry (1960) At The Five Spot (1961), In Europe (vol. 1-3, 1961), Ezz-Thetics (1961), The Complete Town Hall Concert (1962) (album avec Charles Mingus qui contient notamment « So long Eric »), Illinois Concert (1963), Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus (1963), Out To Lunch ! (1964), etc.

2. Esthétique

On comprend pourquoi Eric Dolphy a été surnommé « le  passeur » par le critique Jean-Louis Comolli : Eric Dolphy assure en effet la transition entre le be-bop, le hard bop, le « third-stream » le free-jazz, faisant ainsi le pont entre la tradition et l’avant-garde.

Eric Dolphy s’exprimait-il différemment sur ses instruments ? Selon les uns, il était lyrique mais relativement classique à la flûte, il laissait libre cours à son imagination au saxophone alto et plus encore à la clarinette basse. Pour d’autres,  « il n’est pas vrai qu’il joue diversement à la flûte, l’alto, la clarinette basse ou la clarinette en si bémol  » (Cf., Jean-Louis Comolli, art. « Dolphy », Dictionnaire du jazz, R. Laffont, 1994) mais il y aurait en lui une dualité fondamentale profonde qui dépasserait le cadre du registre ou de la sonorité propre à tel ou tel instrument : une double et contradictoire aspiration dans son discours musical l’amènerait à bâtir et à détruire à la fois.

En rupture complète, il en arrive à jouer seul, ainsi dans God Bless the child, tant il dépasse les limites formelles et esthétiques. Son jeu se caractérise par des contrastes saisissants, des dissonances et des sautes brusques de l’extrême grave à l’extrême aigu, l’usage de micro-intervalles (quarts de ton), que Dolphy dit emprunter aux oiseaux. Avec une immense liberté mais proche aussi du chaos, son  radicalisme le conduit parfois jusqu’aux limites du silence.

De façon significative, une critique de l’album Out To Lunch ! figure dans la sélection de Philippe Adler et Pierre de Chocqueuse, Passeport pour le jazz : les grands CD des grands du jazz (Paris, Balland, 1995, p. 150-151) : « Out to Lunch ! compte parmi les disques les plus audacieux du catalogue Blue Note. Au-delà de la musique, il contient un message, le testament d’Eric Dolphy qui ne put aller plus loin dans son parcours et achever ce qu’il avait commencé. » (…)

Qualifiée de « convulsive » (cf. Philippe Adler et Pierre de Chocqueuse), résistant à toutes les attaques des critiques qui ne la comprenaient pas, comment ne pas penser à propos de la musique d’Eric Dolphy au mot d’André Breton dans Nadja : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas » ?

3. Bibliographie

Il existe encore peu de monographies entièrement consacrées à Eric Dolphy et il n’y en avait pas en français jusqu’à la publication de celle de Guillaume Belhomme qui vient combler une lacune.

Belhomme, Guillaume, Eric Dolphy, Marseille, Le Mot et le reste, 2008.

Sessa, Claudio, Il Marziano del Jazz : Vita e Musica di Eric Dolphy, Luciano Vanni editore, 2006.

Simosko, Vladimir. Tepperman, Barry, Eric Dolphy : A Musical Biography and Discography, Da Capo Press, 1996.

Warrior, Tender, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005. (Voir chronique sur le blog « le son du grisli » )

Wendt, Reinhardt, Eric A. Dolphy : die Freiheit der Klänge, Selbstverlag, 2003.

4. Discographie. Filmographie. Sites Internet

Outre une bibliographie, on trouvera une discographie sélective dans l’ouvrage de Guillaume Belhomme ainsi qu’une filmographie et ces deux références de sites Internet :
http://adale.org/Discographies/EDIntro.html/

http://www.outward-bound.de/index.html/

5. Discothèque en ligne

La base Jazz Music Library est accessible par l’interface de Music Online dans la bibliothèque en ligne de Paris-Sorbonne. Le mode « Advanced Search », permet de faire des recherches sur les champs : « Song Title », « Album Title », « People », « Genre », « Instrument », « Ensemble », « Place of Recording », « Date of Recording », « Composed », « label », « Catalog Number ». On peut trier les résultats par titres ou dates…

On trouve une trentaine de réponses quand on cherche « Eric Dolphy » dans le champ « people ». La recherche par genre n’est pas toujours très pertinente, toutefois, elle donne un aperçu des tendances dans lesquelles les auteurs se sont efforcés de « classer » Eric Dolphy dans les albums où il est leader, compositeur, ou bien auxquels il a apporté sa contribution plus occasionnellement : pop, Post-Bop, Hard-Bop, Avant-garde (Free Jazz), Contemporary Jazz,  Soul Jazz, Latin Jazz, Jazz Blues, Modern Jazz…

6. Remerciements

Nous remercions vivement Guillaume Belhomme pour son aimable autorisation de le citer et de reproduire la couverture de son livre illustrée d’une photo d’Eric Dolphy par Jerry Schatzberg.

Nous remercions Dominique Filippi d’avoir attiré notre attention sur Out To Lunch ! et de nous avoir proposé la rédaction de cet article pour l’anniversaire de la naissance d’Eric Dolphy.

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Autour de l’exposition Odilon Redon

Parmi les nouveautés reçues à la bibliothèque Michelet, retenons ce livre, Baudelaire, Poe, Mallarmé, Flaubert : Interprétations par Odilon Redon, paru à l’occasion de l’exposition « Odilon Redon, Prince du rêve », actuellement au Grand Palais (23 mars 2011-20 juin 2011). Les textes et les illustrations de ce livre sont réunis et présentés par Alexandra Strauss, monteuse de films et écrivain.

Redon a interprété  Les Fleurs du Mal de Baudelaire, les Nouvelles Histoires extraordinaires et les Poèmes d’Edgar Poe, les poèmes de Mallarmé et La Tentation de Saint-Antoine de Flaubert. Dans son livre, Alexandra Strauss fait dialoguer peintures et œuvres littéraires. Redon rejetait la notion et le mot d’illustrateur, lui préférant celui d’interprète. Il écrit en 1898 dans une lettre à son ami et biographe André Mellerio : « Je n’ai jamais employé le mot défectueux d’ « illustration ». Vous ne le trouverez pas dans mes catalogues. C’est un terme à trouver : je ne vois que ceux de transmission, d’interprétation et encore ils ne sont pas exacts pour dire tout à fait le résultat d’une de mes lectures passant dans mes « Noirs organisés » » (p. 5). Redon n’ « illustre » pas, ne  représente pas l’action ou le sujet, il « interprète », rend par le dessin l’esprit du texte. Non pas une illustration, mais bien plutôt une rencontre esthétique exprimée dans deux mediums complémentaires, l’un littéraire, l’autre plastique.

Le peintre Redon a placé la littérature au cœur de son inspiration. Il aimait les livres, en était entouré. Il lut et apprécia Baudelaire, Poe, Flaubert, Mallarmé dont il était l’ami. Dès les débuts de sa carrière, l’œuvre de Redon fut rapprochée de la littérature. Redon était qualifié de « peintre littéraire », bien  qu’il n’appréciât pas ce rapprochement qu’il jugeait réducteur.

Jusque vers 50 ans, il utilisa le fusain, l’encre et le crayon, constituant cette riche œuvre graphique, ses « Noirs ».

Dans son livre À soi-même, réflexions sur l’art, le peintre écrit : « Le sens du mystère, c’est d’être tout le temps dans l’équivoque, dans les doubles, triples aspects, des soupçons d’aspect (images dans images), formes qui vont être, ou qui le seront selon l’état d’esprit du regardeur » (p. 8).

Alexandra Strauss souligne que, dans l’œuvre de Redon, la relation entre un texte littéraire et sa traduction graphique est très particulière : « Le plus souvent l’artiste s’appuie sur un mot, une phrase ou un vers, pour retravailler un thème ou un motif  personnel. Il peut choisir aussi dans les textes un vers ou une phrase dont il fera un titre, et dessiner autre chose, sans relation évidente à première vue » (p. 8). Il peut aussi être lui-même le créateur d’une légende, comme « L’ange perdu ouvrit alors des AILES NOIRES » (« La Nuit », planche III, 1886, dessin qu’Alexandra Strauss rapproche du poème « Réversibilité » des Fleurs du Mal). De même : « La CHIMERE regarda avec effroi toutes choses » (« La Nuit », planche IV, 1886, dessin qu’Alexandra Strauss relie au poème « Chacun sa chimère » des Petits Poèmes en prose). Quoi qu’il fasse, il respecte toujours l’univers littéraire, tout en y apportant son langage propre.

L’exposition Redon au Grand Palais montre que le peintre a commencé par explorer la couleur noire, puis s’est progressivement tourné vers la couleur. Ses « Noirs » sont un ensemble de dessins au fusain et de lithographies, exécutés à partir de 1875, et dont l’apogée se situe dans les années 1880. L’univers des « Noirs » est onirique, et  témoigne d’une recherche du clair-obscur. Paradoxalement, ce que Redon cherche à obtenir avec le fusain, c’est la lumière. Quelques thèmes reviennent de manière obsessionnelle dans les « Noirs », comme la sphère ou l’œil, l’eau originelle, la vie microscopique, le monstre, l’ange déchu, la figure du martyre ou du mystique, le soleil noir, qui appelle Gérard de Nerval et son poème « El Desdichado » ainsi que son roman Aurélia.

Au tournant du XXe siècle, Redon s’affirme comme un  maître du pastel. Il s’avère qu’il pratiqua constamment la couleur, même dans les années où il se fit connaître par ses « Noirs ». Jusqu’en 1890, peintures et « Noirs » constituaient deux domaines étanches, la couleur étant  utilisée pour les seules études sur le motif (surtout des paysages), tandis que les sujets d’imagination étaient réservés au fusain ou à la lithographie. A partir de 1890, l’univers onirique des Noirs sera progressivement investi par la peinture et le pastel. Jusqu’en 1900, Redon mènera parallèlement une veine colorée et une veine noire, cette dernière se tarissant peu à peu : en 1899, il publie son dernier recueil lithographique.

Redon s’est affirmé dans la voie nouvelle du symbolisme, mouvement qui s’est étendu aux autres arts. La nouveauté et l’originalité de ce peintre sont  d’avoir exploré les méandres de la pensée, l’étrangeté du rêve et du subconscient.

L’ouvrage Baudelaire, Poe, Mallarmé, Flaubert : Interprétations par Odilon Redon d’Alexandra Strauss est disponible à la bibliothèque Michelet à la cote : 8 L 704.

http://www.rmn.fr/odilon-redon
http://www.odilonredon.net/
http://www.fontfroide.com/
http://inha.divvalib.net/

Coup de chapeau à Denis Rouger

Professeur agrégé de Paris IV, Chef de Chœur de Paris-Sorbonne durant vingt ans, il est nommé Professeur de direction de chœurs à la Musikhochschule de Stuttgart. Nous l’avons interviewé avant son départ.


- Dans quel bain musical vivait la famille Rouger ?

« On fait de la musique dans ma famille depuis très longtemps. Mon grand père était chef de chant à l’Opéra Comique. Mes parents sont organistes et nous sommes quatre frères et sœurs musiciens professionnels ! La musique était une évidence ! »

- Qu’est-ce qui t’a décidé à devenir chef de chœur ? Qui t’a enseigné le travail de la gestuelle, l’art de la direction ?

« J’aurais voulu au départ être trompettiste, puis les études m’ont entrainé vers les cours de direction de chœur et d’orchestre. Et vers 25 ans, j’ai voulu devenir chef de chœur. Tous mes choix se sont faits comme des évidences.

J’ai appris auprès de Jacques Grimbert, Andréa Giorgi, Eric Ericson…

En ce qui concerne la gestuelle, le geste doit être conforme à la musique. Il faut savoir ce que l’on veut entendre intérieurement, avoir une image et seulement après, trouver le geste qui correspond à cette impression intérieure. Il y a un équilibre à trouver pour que le chanteur ait la possibilité d’exprimer ce qu’il a à donner sans jamais être en difficulté vocale. »

- Et pourquoi à la Sorbonne ?

« Jacques Grimbert, le créateur de Musique-en-Sorbonne, m’a fait venir comme assistant en 1991. J’ai appris énormément auprès de lui et je me suis attaché à la Sorbonne.

Ce lieu est un foisonnement intellectuel formidable, un stimulant fabuleux grâce à sa tradition séculaire. Et l’enseignement fait partie de ma vie musicale, il m’est indispensable. On suit un étudiant sur trois, quatre ans, son évolution, son fleurissement. C’est parfois bouleversant d’être témoin de l’éclosion d’un nouveau musicien. Il y a des clés : il faut l’amour de la musique, des êtres et un excellent niveau technique ! »

- Qu’est-ce qui fait que le courant passe avec un chœur ? Et quelle est ta conception de l’autorité ?

« À partir du moment où on fait de la musique avec les chanteurs et qu’on essaie de la faire le plus sincèrement possible, le courant ne peut pas ne pas passer. Le grand rôle d’un chef devrait être :

-Regardez, écoutez la chance que nous avons de pouvoir faire cette musique, d’approcher un répertoire magnifique.

-Êtes-vous d’accord ? Et le défi est d’amorcer ce désir, faire goûter une belle sonorité. L’autorité dépend de notre sincérité. Se sentir persuadé d’avoir une mission d’urgence, celle de transmettre ces merveilles. L’autorité sert à dévoiler et à rassembler.

Je travaille beaucoup sur le son, cela m’apporte quelque chose de très énergisant, très nourrissant. Il faut inciter les chanteurs à aller au-delà d’eux-mêmes, d’avoir une exigence au service de la musique. C’est cela la vraie autorité ! Et j’attends d’un choriste une ouverture d’esprit, qu’il soit prêt à partir à l’aventure quelle qu’elle soit ! Et bien sûr qu’il ait une rigueur et une attention aux autres très fortes. »

- Qu’aurais-tu envie de dire au prochain chef de chœur de Paris-Sorbonne ?

« Les étudiants que l’on nous confie ont un immense potentiel que l’on ne découvre pas tout de suite. Ils ont une personnalité qu’il faut aider à épanouir. C’est une occasion unique de leur apporter une formation qui leur fasse goûter aux profondeurs de la musique. Il ne faut pas passer à côté de cela. Avoir aussi l’obsession de les mettre le plus possible en contact avec cette profondeur et pas simplement un beau cadre.

Il y a une particularité à ce chœur de Paris-Sorbonne ; chaque année sur environ quatre-vingt-dix éléments, un bon tiers s’en va, mais il reste un noyau dur, dont des chanteurs extérieurs, plus âgés, ce qui permet un passage de témoin, de relais. Cela apporte une maturité vocale, un brassage et une ambiance différente qui doivent être gardés. »

- Un dernier mot ?

« Aimez ce que vous faites ! »

Propos de Denis Rouger, recueillis par Sabine Vernet

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Musique-en-Sorbonne fête ses trente-cinq ans, prochain concert le mardi 28 juin 2011 au grand amphithéâtre de la Sorbonne.

http://www.musique-en-sorbonne.org
http://www.choeur-figure-humaine.com/
http://www.pianobleu.com/karol_beffa.html

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Ouvrage autour du concert du 28 juin 2011 :
– Guide de la musique de Beethoven de E. Brisson : Bibliothèque Michelet : 780.920 34 BEE bri

Rencontre avec l’écrivain Ponç Pons à la Bibliothèque d’études catalanes

Vendredi 17 juin à 18h30

Conférence de l’écrivain Ponç Pons à la Bibliothèque d’études catalanes

Après Carme Riera en 2010, le minorquin Ponç Pons a été désigné écrivain de l’année 2011 par le Gouvernement des Îles Baléares (Département de l’Éducation et de la Culture), nomination attribuée aux écrivains baléares reconnus par le public et par les professionnels, et traduits dans diverses langues.

Ponç Pons (Alaior, 1956), poète, narrateur et dramaturge, a une renommée internationale puisqu’il a été traduit dans plusieurs langues (castillan, français, anglais, italien, galicien, basque, portugais, allemand, chinois, hindi, etc.) dans de nombreuses anthologies. Il est l’auteur de recueils de poésie (Desert encès, On s’acaba el sender, Abissína, Pessoanes, Nura,… [disponibles à la BEC]), d’un recueil de narrations (Vora un balcó, sota un mar inaudible), de contes pour enfants , de romans (adultes et jeunesse) et d’une pièce de théâtre (Lokus [disponible à la BEC]).

Licencié en philologie hispanique et agrégé de langue et littérature catalanes, il exerce en tant que professeur à l’Instituto de educación secundaria (IES) Josep Miquel Guàrdia dans sa ville natale d’Alaior. Son œuvre poétique, pleine de références culturelles et de réflexions écolinguistiques, se distingue par l’usage du rythme et par la force des vers. Admirateur de Spinoza et de Thoreau, il vit en retrait du monde littéraire, partageant son temps entre l’enseignement, sa famille, sa passion pour la poésie et sa retraite dans une cabane à la campagne nommée « Sa Figuera Verda ». Il écrit à la main, la nuit, à la lueur de bougies…

Venez découvrir l’écrivain lors de cette soirée poétique (entrée gratuite dans la limite des places disponibles), ainsi que ses œuvres disponibles à la BEC.

Bibliothèque du Centre d’études catalanes
9 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
Tél: 01.42.77.65.69
bibliotheque.etudes-catalanes@paris-sorbonne.fr

 

Vous avez dit « In Quarto » ?

Savez-vous ce que signifie In Quarto, le nom de baptême du blog de vos bibliothèques ?

Eh bien celui-ci n’est évidemment pas étranger au monde du livre et prend sa source dans le nom donné au pliage en quatre des feuilles de parchemin qui constituaient les premiers livres tels que nous les connaissons aujourd’hui. Actuellement cette appellation subsiste. Il suffit de vous rappeler ces chiffres que vous mentionnez parfois en début de cote pour demander un livre en magasin. Le quatre correspond alors au format de l’in-quarto. L’in-quarto est un volume qui mesure entre 25 et 30 centimètres de hauteur.

Les premiers in-quarto au Moyen Age

Les premiers in-quarto apparaissent au cours du Moyen Age et constituent un tournant dans l’histoire du livre. Le codex est à cette époque en usage et a remplacé dès le deuxième siècle avant Jésus Christ les rouleaux de papyrus et parchemin jugés trop volumineux et encombrants.

Il est constitué d’un assemblage de cahiers cousus ensemble et préfigure avec son écriture recto verso le livre d’aujourd’hui. La nouveauté est que ces cahiers de parchemin sont faits de feuilles pliées, ce qui leur donne un format spécifique, variable toutefois selon la taille de la feuille.

L’in-quarto correspond alors à une feuille qui a été pliée deux fois soit huit pages, l’in-folio à une feuille pliée une fois soit quatre pages,  l’in-octavo à une feuille pliée trois fois soit 16 pages. Dans ces cahiers au format défini, le texte connait une nouvelle organisation.

Les mots sont désormais espacés.  Bien que la page de titre n’existe pas encore et soit simplement précédée de l’incipit (formule contenant les premiers mots d’un livre), ailleurs les titres et les chapitres font leur apparition. De même si encore beaucoup d’ouvrages se terminent par un explicit (mention faite sur sa fabrication), de plus en plus de copistes ont pris l’habitude de regrouper dans une formule finale (colophon) quelques informations sur l’identité du livre : titre, auteur, date et lieu de la copie.

Au XIIIe siècle, on commence à numéroter les feuillets en chiffres romains et le papier remplace le parchemin au siècle suivant. Différents types d’écriture sont alors en vogue : la capitale carrée, l’onciale, la semi onciale, la minuscule caroline, la lettre gothique. La forme du codex se prêtant bien à l’illustration, on assiste avec lui à la naissance de l’enluminure.

A côté des peintures en pleine page, les enlumineurs multiplient les détails ornementaux. Au XIVe siècle la pratique de l’encadrement se développe. Il s’agit souvent d’une bordure végétale qui prolonge dans les marges l’initiale ornée et finit par entourer complètement le texte. Ces tiges peuvent porter des feuilles de vignes, des figures grotesques et fantaisistes.

Avec le codex les livres sont devenus un bien précieux. La reliure la plus courante est faite de cuir. Pour protéger le cuir on utilise de gros clous ou des cornières en cuivre ou en laiton. On les décore et certains ouvrages plus rares sont recouverts d’ivoire, d’étoffe, de pierres précieuses, de cuivre d’or ou d’argent.

L’in-quarto et l’invention de l’imprimerie

Avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au milieu du XV ème siècle le livre connait une petite révolution. Les premiers livres contemporains de cette invention prennent le nom d’incunables. Si le format le plus utilisé reste l’in-folio, l’in-quarto par son coté pratique et peu encombrant se voit plébiscité pour la publication de manuels, de romans et de livres de droits.

De même si la mise en page reprend celle du codex, le texte lui, est peu à peu divisé en paragraphes et la ponctuation se met en place. Les accents, trémas, cédilles, apostrophes apparaissent. La page de titre et les liminaires (dédicace, avertissement) deviennent systématiques. La pagination en chiffres arabes remplace la foliotation.

Des caractères à nouveau voient le jour comme le type romain antiqua, l’italique, et le Garamond. Avec la technique nouvelle de la gravure sur bois l’ornementation du livre se développe à l’aide de culs de lampe, de fleurons, de lettres stylisées.

Les in-quarto du XVIII ème siècle à aujourd’hui

Les grands formats sont de moins en moins en vigueur ce qui signifie que le in-quarto gagne un terrain considérable aux cotés des in-octavo et même des in-12. La mode est désormais aux livres de petit format, largement utilisés pour les livres de piété et de romans.

La page de faux titre se généralise et les notes de bas de page remplacent les manchettes autrefois utilisées. Au XVIII ème de nouveaux  caractères sont encore une fois crées  comme le Didot et le Bodoni. L’illustration même si elle concerne un nombre limité de livres prend un nouveau  virage.

La gravure sur cuivre et l’estampe remplacent  la gravure sur bois et devient un art à part entière. Puis à la fin du XVIIIe siècle, c’est la lithographie qui prend sa place avant d’être une nouvelle fois supplantée par la gravure sur bois en bout. La reliure évolue quelque peu.  A partir du milieu du XIXe siècle, les couvertures comportent une illustration en rapport avec le contenu du livre.

Avec les progrès techniques en continu, l’école obligatoire en 1882, la production explose et le livre devient un bien courant. Grâce à l’avènement du livre de poche en Angleterre en 1935 puis en France quelques années après, l’in-octavo (20-25 cm)  et l’in-seize (15-17,5 cm) conquièrent leurs lettres de noblesse et on assiste à la multiplication des formats.

Aujourd’hui, ceux-ci sont ainsi précisément calibrés. Ils se déploient de l’in-plano  feuille non pliée à l’in-64 feuille pliée six fois (inférieure à 7,5 cm). L’in plano et l’in folio restent  très présents pour les éditions de luxe. Les in-quarto sont beaucoup utilisés pour les manuels et les dictionnaires  et sont largement représentés au SCD.

Reste à parier alors que le nom du blog In Quarto a comme une évidence quelques liens avec le fonds quelque peu encyclopédique de vos bibliothèques…

Illustrations :
Papyri d’Oxyrhynque (P. Oxy. VI 932). Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Scriptorium Monk at Work. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Photo d’un manuscrit lors d’une exposition sur Morimond à Chaumont en 1992. Par Frédéric Brice. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons.
Johannes Gutenberg (139*-1468); Kupferstich; 16th century; 19:14 cm. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
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L’Apocalypse : illustrée par la tapisserie d’Angers

Une des dernières parutions de la maison d’édition Diane de Selliers est un livre majeur : « L’Apocalypse : illustrée par la tapisserie d’Angers ». Cet ouvrage reproduit le texte de l’Apocalypse de Saint-Jean et raconte l’histoire de son illustration démesurée à travers la tapisserie d’Angers en quatre-vingt-quatre tableaux.


Saint-Jean, exilé sur l’île de Patmos à la fin du Ier siècle, écrit le texte de l’Apocalypse : une vision « d’un monde qui s’écroule laissant la place à la cité Sainte ». Ce texte qui a suscité des interrogations et de multiples interprétations a été intégré à la Bible par le pape Damase en l’an 382. L’Apocalypse de Saint-Jean représente à travers une riche  symbolique un message céleste qui annonce la fin des jours ténébreux et l’avènement d’une ère de lumière et de justice.
La tapisserie d’Angers a été commandée par le Duc d’Anjou Louis Ier à la fin du XIVe siècle, à Hennequin de Bruges, peintre du roi Charles V, frère du Duc. Hennequin de Bruges s’est attelé à concevoir la plus grande tapisserie jamais réalisée, illustrant le texte de l’Apocalypse, comprenant quatre-vingt-quatre tableaux répartis en six ensembles et conçus dans un contexte de pouvoir afin de manifester la puissance de son commanditaire.
Dans cet ouvrage, le texte de l’Apocalypse est repris dans un cadre fastueux accompagné par un récit retraçant l’histoire de la tapisserie. Celle-ci, par sa grandeur symbolique, est un apport visuel évident pour comprendre l’Apocalypse.
Le livre est un chef-d’œuvre à la hauteur de son objet d’analyse. C’est un objet-livre somptueux, l’analyse et la reproduction de la tapisserie s’avèrent également fascinantes. Le créateur de la tapisserie, Hennequin de Bruges, a parfaitement tressé ses fils colorés : son foisonnant symbolisme reflète l’immense « imagerie » médiévale de l’Apocalypse.
Paule Amblard, historienne de l’art, spécialiste de la symbolique chrétienne médiévale, annonce dans son introduction «le chemin de l’Apocalypse » l’originalité de l’ouvrage et met en exergue la tryptique « Livre-Apocalypse-Tapisserie ». Ce livre est consultable à la Bibliothèque Michelet à la cote : 4 Res 16.

Pour plus d’information sur l’ouvrage

  • Site de Parution.com : un article offert par Emmanuel Bain , Docteur en Histoire
Photo : La tapisserie de l’apocalypse à Angers, par Yourte contemporaine.
CC : BY-NC-ND. Source : flickr.