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L’alphabet de la mort, Holbein

Penchons-nous aujourd’hui sur un intéressant ouvrage intitulé L’alphabet de la mort par Holbein, que l’on trouve dans la réserve de la bibliothèque Michelet. C’est un petit livre rouge, à l’apparence modeste, solidement relié et orné d’arabesques dorées. Une petite tablette compacte en somme. On apprend à l’intérieur que le livre a été imprimé pour Edwin Tross, 28 rue des Bons-Enfants à Paris, en 1856, et qu’il a été donné par l’éditeur Edwin Tross, en dédicace manuscrite à la plume, à Monsieur Duplessis. Une étiquette ajoutée nous informe que le livre a été donné en 1900 à l’Université de Paris (salle des Arts) par Mme Veuve Duplessis en souvenir de son défunt mari.

Dans le contenu, l’alphabet lui-même est « entouré de bordures du XVIe siècle et suivi d’anciens poèmes français sur le sujet des trois mors et des trois vis, publiés d’après les manuscrits par Anatole de Montaiglon ». Les bordures du XVIe siècle entourent en effet admirablement le texte, qui apparaît comme condensé dans la page, orné de multiples motifs floraux et animaux, ainsi que de scènes infernales ou funèbres, sur le thème répété de la grande faucheuse, qui porte parfois une pelle. Une préface d’Anatole de Montaiglon nous apporte quantité de précisons sur l’Alphabet de la Mort. En réalité, celui-ci n’occupe qu’une toute petite partie du livre : 24 lettres (le J et le U sont absents) ornées de gravures qui, hors la qualité du dessin (qui l’ont fait attribuer constamment à Holbein), ont la particularité d’avoir renouvelé le motif de la danse des morts.

Penchons-nous maintenant sur une « remarque curieuse » sur laquelle s’arrête M. de Montaiglon : les premières lettres sont dans l’ordre hiérarchique traditionnel de la danse des morts : après les funèbres musiciens (en forme de squelettes il va sans dire), viennent le pape, l’empereur, le roi, le cardinal, l’impératrice, la reine, l’évêque, le noble, le marchand, le prêtre.

A partir de la lettre M, c’est l’intiale qui désigne la profession de l’infortuné: ainsi de Medicus/le médecin; Numerarius/le banquier; Obesus monachus/le moine obèse; Praeliator/le soldat; Quaeritans monacha/la religieuse résignée; Ridiculus/le fou; Scortum/la prostituée; Titubans homo/l’ivrogne; Velox eques/le cavalier véloce; V(W)etustissimus homo/le vieil ermite; Xycophantes/les tricheurs; Ynfans/l’enfant au berceau; enfin le Z pour la fin de toutes choses, le jugement dernier.

Toute la société humaine, de A à Z, est ainsi passée au filtre du langage et boit tour à tour le philtre de la mort. Laquelle, toujours rieuse, n’épargne personne. Ainsi ce petit livre, rieur et diabolique.

 

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