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Histoire de la cour, histoire du corps

Un très riche ouvrage qui vient de paraitre aux PUPS sous la direction de Catherine Lanoë, Mathieu da Vinha et Bruno Laurioux vient enrichir les collections des bibliothèques de Paris-Sorbonne :

« Cultures de cour, cultures du corps XIVe-XVIIIe siècle ».

 

Ce livre, fruit de nombreuses contributions, aborde le traitement stratégique du corps à la cour sur une large période chronologique. Les soins à y apporter, son éducation et sa représentation ainsi que les objets et les métiers qui y sont associés constituent ses trois grands axes.

Catherine Lanoë a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses :

 

-Depuis quand le corps est-il considéré comme un sujet et un objet d’étude historique ? Qu’en était-il avant ?


« C’est environ depuis une trentaine d’années que le corps est devenu un objet historique à part entière. Les anthropologues avaient ouvert la voie dans la première moitié du XXe siècle, avec les travaux de Marcel Mauss sur les techniques du corps en particulier (Marcel Mauss, « Les techniques du corps », in Id., Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1960), mais ce n’est que peu à peu et de manière indirecte que les historiens s’en sont emparé : les approches de l’histoire quantitative et de la démographie historique, puis celles de l’histoire des mentalités et de la culture matérielle ont favorisé la découverte de nouveaux objets d’étude, la mort,  l’alimentation, le vêtement etc… qui sont devenus des biais pour saisir le corps. L’ouvrage de Georges Vigarello, « Le corps redressé. Histoire d’un pouvoir pédagogique » (Paris, J.-P. Delarge, 1978) est peut-être le premier à être spécifiquement dédié à cet objet. Aujourd’hui, l’histoire du corps a conquis l’espace historiographique et éditorial, au point que l’on s’interroge à juste titre sur sa définition et ses limites. »

 

-Vous écrivez dans l’introduction que les travaux concernant l’histoire de la cour ont acquis une nouvelle dimension depuis trente ans, dépassant le cadre anecdotique. Peut-on en situer les jalons ?

 

« Il faut se souvenir d’abord que l’ouvrage de Norbert Elias, « La société de cour », n’a été traduit en français qu’à la fin des années soixante (Paris, Calmann-Lévy, 1974)  et qu’il demeure une référence sur la question, tant son approche sociologique a donné à penser aux historiens, désireux de rompre avec les anecdotes. Ces dernières années, plusieurs ouvrages ont marqué cette historiographie renouvelée, parmi lesquels figure le livre de Frédérique Leferme Falguières, « Les courtisans. Une société de spectacle sous l’Ancien Régime », Paris, PUF, 2007. Aujourd’hui, ce sont aussi des approches comparatistes, à l’échelle des cours européennes, qui permettent un renouvellement prometteur des images de la cour, de ses rituels et de son personnel. On verra, par exemple, « Les cours d’Espagne et de France au XVIIe siècle », dir. Chantal Grell et Benoît Pellistrandi, Madrid, 2007. »

 

-La cour manipule-t-elle le corps afin de fixer des normes sociales ?

 

« Le monde de la cour plie, façonne les corps suivant une esthétique de la contrainte qui devient la norme, du moins jusque dans les premières années du XVIIIe siècle. L’enjeu de cet ouvrage était de montrer comment se fabrique cette esthétique, qui en sont les acteurs, quels en sont les techniques et les objets, mais aussi de souligner, en particulier à l’époque des Lumières, l’impact d’une culture du corps différente, inspirée d’une société en plein bouleversements. »

 

-La cour a un rôle moteur dans la production culturelle. Mary Gayne dans son étude concernant la taxe sur les perruques de 1706 montre qu’un projet monarchique peut déterminer une esthétique physique. L’adoption des perruques longues ne révèle-t-elle pas également l’existence de métiers et d’une société marchande peu connue ?

 

« En effet, le texte de Mary Gayne éclaire des pans méconnus de cette histoire du corps, en particulier avec cette idée que le corps est intégré dans une société marchande qui multiplie les objets de son entretien et de sa parure, non plus seulement à destination des élites mais de tous, ou presque. Ce faisant, le monde des métiers qui ont un rapport avec le corps se diversifie, se recompose, se réordonne autour de logiques marchandes qui rendent caduques les traditionnelles lignes de partage entre les communautés de métiers. Ce sont des questions qui méritent d’être approfondies. »

 

-Bruno Laurioux dans sa contribution parle de prendre en considération le corps paré, le corps policé et le corps vécu. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

« Il souligne cette ambition de saisir le corps, non plus seulement du côté des discours qui décrivent et produisent la norme, mais aussi du côté des pratiques, en somme du côté de ceux qui font vivre cette culture du corps, qui en sont les acteurs directs. »

 

- Cet ouvrage explore plusieurs aires géographiques et chronologiques, se fondant sur une grande variété de sources parfois méconnues comme les séries comptables. Est-ce ce décloisonnement qui détermine sa grande richesse ?

 

« Oui, je pense que cette volonté de décloisonnement dans le temps et l’espace associée à l’exploitation de sources inédites et à leur confrontation avec d’autres, constitue l’un des apports de cet ouvrage. Les séries comptables, malgré leur caractère parfois aride et lacunaire, se révèlent particulièrement riches pour aborder les objets du corps, les rythmes de leur acquisition, la diversité de leurs couleurs, de leurs formes, de leurs matériaux, de leurs prix… En amont de la consommation, on peut aussi penser que les archives comptables des artisans mériteraient d’être exploitées plus systématiquement. »

 

Ce livre est disponible aux bibliothèques Michelet et Clignancourt en plusieurs exemplaires et empruntable à domicile.

Cotes Michelet : 8 A 865 et 8 A 865+1

Cote Clignancourt : 940 CUL

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