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La seconde vie des veuves bibliophiles

Madame Veuve Petitfeu a fait don le 21 mars 1863 à l’Université de la bibliothèque de 4378 volumes de son vénéré et défunt mari. Un soir d’hiver, Paul Petitfeu voulut rappeler à Madame l’heure du souper mais, horreur, sa pipe d’écume tomba à terre sur le tapis persan. Elle se brisa derechef et il s’effondra, terrassé par la perte.

Devant l’ immense espace domestique dégagé, face aux perspectives nouvelles assaillant l’horizon de la reconquête, Mme Vve Petitfeu de son vrai nom Désirée Bertonneau décida de faire le tour du monde en transatlantique à 48 ans.

Les escales la ravirent, elle respirait enfin l’air marin et non la pipe mal éteinte de son pauvre vieux mari sans compter la poussière des volumes patiemment collectés au gré de ses marottes historiques.

Sur le bateau, elle rencontra 3 autres veuves de bibliophiles. Elles fondèrent aussitôt un club de danse et de whist. Elles écrivirent un roman à plusieurs mains lorsque le temps ne se prêtait pas à sortir, roman léger certes mais comme leurs maris ne pouvaient pas blairer la frivolité, c’était l’occasion de rattraper le temps perdu. Sur le bateau, elles ouvrirent néanmoins une petite bibliothèque pour les voyageurs, elles la nommèrent Paul-Emile-Victor, des prénoms de leurs défunts maris, ce qui suscita plus d’une vocation mais c’est une autre histoire…

Elles ne se remarièrent jamais et ne pensèrent jamais plus à leurs défunts maris.

Les universités prestigieuses ayant accueilli les dons inespérés de ces trois grands noms de l’érudition fabriquèrent précieusement des tampons et tamponnèrent chacun des volumes reçus, les pages impaires uniquement et parfois (mais rarement) les pages paires. La météo du jour gouvernait l’inquiétante étrangeté de ces motivations bibliothéconomiques.

Rentrées dans leurs cottages, les trois veuves vécurent heureuses. Les universités leur envoyèrent en souvenir les tampons utilisés pour tamponner les ouvrages donnés (Don Madame Veuve Petifeu) ce qui les fit hurler de rire jusqu’à la fin de leurs longues vies. Elles sabrèrent le champagne et prirent goût à cette boisson légère et frivole. Elles décidèrent chaque année de reprendre le bateau car les bonnes habitudes s’entretiennent afin de ne pas devenir mauvaises, logique imparable, et montèrent bientôt leur propre compagnie de paquebots transatlantiques.

Photos :
– Pipa di Meerschaum. Par Pnc net. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons
– The Great Western’s maiden departure from Bristol in 1838. Domaine public. Source : Wikimedia commons
– RubberStamp blank. Par Innab. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons
– Verre Champagne. Par Berndt Fernow. Domaine public. Source : Wikimedia commons
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