Accueil > Actualités > Motoko Tachikawa, une artiste qui se « livre » 28 rue Serpente

Motoko Tachikawa, une artiste qui se « livre » 28 rue Serpente

Moto Tachikawa dans son atelier

Jusqu’à l’arrivée de l’été, l’artiste Motoko Tachikawa, née à Tokyo et vivant à Paris depuis une vingtaine d’année, donne à voir à la bibliothèque Serpente des œuvres liées au livre mais aussi des peintures et des gravures dans un cheminement poétique et visuel.

 

Orchidée : encre sur papier (30 X 40 cm)

La singularité de l’œuvre de cette artiste du livre réside dans ce que l’on nomme en philosophie heidegerrienne le « da sein » (1) Et c’est dans ce rapport au monde que Motoko nous entraîne dans un univers où la poésie domine, qu’elle soit textuelle ou visuelle. En effet ses livres, qui prennent la forme de leporelli (2), sont liées à une réalisation plastique où « parfois le dessin s’épure, se sacrifie » (3) Ainsi la discontinuité des pages, abandonné au profit d’un continuum créé par la simultanéité des plis offre au regard un caractère parfois insolite. La mise en livre d’une pratique artistique restitue le parcours de l’artiste dans une relation d’intimité accrue avec le végétal. Une distance s’opère : si loin, si près.

Camélia (4)

Aujourd’hui, une cinquantaine d’ouvrages constitue la collection « Poésie à graver » que Motoko a créé dans les années 2000.  De tous les livres de cette collection, il n’est d’enchantement et de ravissement des sens que par un dialogue intime voulu par l’artiste entre la poésie et l’oeuvre graphique. Ainsi les poèmes d’Aimé Césaire avec qui l’artiste a entretenu des relations épistolaires jusqu’à la rencontre ultime en Martinique, ceux de Jean-Paul Soïme traduit du créole par Ina Césaire, la fille du poète et amie de Motoko, mais aussi les haïkus (5) du père et de la grand-mère de l’artiste se jouent des matières, des formes et de cet univers coloré si sensible qui n’appartient qu’à Motoko et nous conduisent dans les confins d’un monde « qui mêle le végétal, le minéral, à la recherche des lieux de vie ou de voyage ». (6)

Sommation (7)

Ces livres rares et précieux du 21e siècle déjà rejoignent le patrimoine écrit et illustré des lieux de conservation du livre ou de l’art. De nombreuses expositions individuelles et collectives ainsi que la présence de l’artiste dans les salons où le livre de peintre et de bibliophilie contemporaine, lié ou non à la poésie, est roi, ont permis à Motoko Tachikawa de conforter sa pratique d’artiste du livre.

Désir désert (vue de l'exposition à la bibliothèque Serpente)

Des oeuvres à découvrir et à méditer …

Le site de Mokoto Takawa

—-
(1) : Terme allemand signifiant être-là et désignant l’existence humaine en tant qu’elle entretient nécessairement un rapport au monde
(2) : Le leporello est une technique de pliage et de collage des pages d’un livre permettant à celui-de s’ouvrir comme un accordéon (source Wikipédia, consultée le 7/05/2012)
(3) : Florent Founès : Document de présentation de l’exposition à la Galerie François Mansart – Paris (2012)
(4) : C’est à la suite de la lecture d’ « Oreiller d’herbes » de Sôseki qu’a été réalisée cette série de peinture et d’ouvrages sur hahnemüle 300 g . (Il existe cinq exemplaires originaux au format 14,5 cm x 23 cm et 23 cm x 30 cm numérotés de I à V)
(5) : petit poème extrêmement bref visant à dire l’évanescence des choses.
(6) : Chritophe Commetal in Art et métiers du livre, n° 276, janvier-février 2010.
(7) : texte : Aimé Césaire. Impression numérique et gaufrage à partir de métal travaillé à l’acide et gravure monotype. Format : 23 x 30 cm. (Tirage : 30 exemplaires sur Velin d’Arches 160 g)

Photographies publiées avec l’aimable autorisation de l’artiste

 

  1. Pas encore de commentaire
  1. Pas encore de trackbacks