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Archives pour 06/2012

La Messe de la Sorbonne

 Lors de mon arrivée à la Bibliothèque de l’UFR de Musique et Musicologie en 1981, je me souviens du ton mystérieux et confidentiel avec lequel la bibliothécaire alors en poste avant moi, Madame Gilberte Bernard, m’avait révélé l’existence du seul manuscrit musical précieux que nous possédions. Dénommé par Jacques Chailley « Messe de Besançon », il consistait en quatre pages de parchemin en notation noire sur lignes rouges datant du XIVe siècle (époque de l’Ars Nova). Il était « conservé » on ne peut plus sommairement et rangé horizontalement dans une armoire, caché à l’abri des regards, avec l’ordre de ne le communiquer qu’avec d’extrêmes précautions. Il n’y avait pas de salle de réserve, pas de moyen de reproduction, pas de système antivol. Lorsqu’un chercheur souhaitait le consulter, il devait justifier d’une recherche précise et avoir obtenu préalablement l’autorisation écrite du Directeur de l’UFR.

Il fallut attendre 1991 pour que l’UFR prenne la décision de faire restaurer le manuscrit par la Bibliothèque nationale pour la somme « astronomique » de 3 000 Francs. La Bibliothèque nationale joignit également des diapositives avant et après restauration.

En décembre 2006, sous l’impulsion de Frédéric Billiet, directeur actuel de l’UFR, le service audiovisuel de la Sorbonne se chargea de réaliser de nouveaux clichés en haute définition du manuscrit original. Ce fut le point de départ d’un grand projet qui vient d’aboutir à la publication en 2012, aux PUPS, d’un magnifique ouvrage intitulé La Messe de la Sorbonne (autre nom de la « Messe de Besançon »).

Comment du bi-folio original, unica fragmentaire et mal connu malgré plusieurs éditions et études réservées jusque-là aux seuls spécialistes[1], passer à une large diffusion d’une œuvre aussi exceptionnelle ? Ainsi que le dit Isabelle Ragnard :

« Malgré toutes ces zones d’ombre, le manuscrit conservé à la Sorbonne représente une des plus importantes découvertes du XXe siècle concernant la messe polyphonique au XIVe siècle. Connu depuis plus d’un demi-siècle, il n’a pas encore révélé tous ses secrets. » (La Messe de la Sorbonne, p. 20)

À travers l’histoire du manuscrit et l’évocation des figures de Paul-Marie Masson, Jacques Chailley, Édith Weber, notamment, c’est aussi tout un pan de l’histoire de l’Institut (devenu UFR) de Musicologie et de sa bibliothèque qui réapparaît, quelque mois avant le transfert des fonds musicaux de la Bibliothèque Michelet à la Bibliothèque Clignancourt.

L’ouvrage préparé par Frédéric Billiet et son équipe est remarquable en tous points : par la qualité de la reproduction du manuscrit, par l’étude musicologique, codicologique, philologique poussée de celui-ci ; par la tentative de reconstitution-recomposition de la Messe de la Sorbonne en son entier par les soins de Raphaël Picazos ; enfin, grâce à cette version, nous disposons également pour la première fois d’un très bel enregistrement, sur disque compact, réalisé par les étudiants du Master professionnel « Pratique de la musique médiévale » avec les professeurs Benjamin Bagby, Katarina Livljanic et Isabelle Ragnard.

Un manuscrit, un livre, une interprétation à découvrir absolument. La Messe de la Sorbonne mérite bien d’être reconnue en effet comme « un des trésors de la Sorbonne. » (F. Billiet)

 Références : La messe de la Sorbonne [Multimédia multisupport] / [ouvrage préparé par Frédéric Billiet]. – Paris : Presses de l’Université Paris-Sorbonne ; Cité du Vatican : Libreria Editrice Vaticana, cop. 2012. – 1 vol. (65 p.) : ill., fac-sim., mus., couv. ill. en coul. ; 29 cm + 1 disque compact (17 mn). – (Musiques-écritures, Série études). Disponible en prêt à la bibliothèque Michelet sous la cote : 782.32 mes

Page de couverture, reprod. avec l’aimable autorisation des PUPS. Remerciements à Sébastien Porte, éditeur, Presses de l’Université Paris-Sorbonne et Catherine Jalouneix, chargée de communication.

[1] Le manuscrit est aussi signalé dans le RISM (Répertoire international des sources musicales, Manuscripts of polyphonic music (c. 1320-1400), by Gilbert Reaney, München-Duisburg, G. Henle, cop. 1969, p. 201-203.

 

Zoom… sur la bibliothèque du centre d’enseignement et de recherche d’Oc

Per s’embanhar dins l’occitan…

La bibliothèque du Centre d’Enseignement et de Recherche d’Oc est l’une des bibliothèques de composantes du Service commun de la documentation de Paris-Sorbonne.  Riche d’environ 18 000 volumes, ainsi que de revues et périodiques consacrés à la langue, à la littérature et à la civilisation des pays d’oc, les fonds de cette bibliothèque couvrent les disciplines suivantes : Littérature et philologie occitanes, langues et littérature médiévales d’oc,  langue et littérature modernes d’oc, linguistique romane et linguistique occitane. La bibliothèque possède également un fonds d’ancien français (langue et littérature), d’italien, d’espagnol et de catalan. En dialectologie, le centre possède une importante documentation, notamment des atlas linguistiques.

« Histoire littéraire des troubadours ». Photo : Jocelyne Farouault

Les collections :

Salle Frank. Photo : Jorge de Vilhena.

Le legs de la bibliothèque personnelle de Istvan Frank, professeur de philologie romane à l’Université de la Sarre, est à l’origine de la création de la bibliothèque du CEROC en 1956. Ce fonds comprend plus de deux milles ouvrages (études, grammaires, dictionnaires, revues, textes et biographie) consacrés à la langue et à la littérature des Pays d’Oc, ainsi qu’à l’ancien français, au catalan, à l’espagnol et à la dialectologie ; c’est un des principaux fonds à la disposition des chercheurs et étudiants s’intéressant à la littérature des troubadours.

Le classement du fonds est thématique.  Il a été établi par Max Pfister en 1956, alors étudiant de Jean Boutière, (directeur du CEROC à cette époque) et préparant une thèse en philologie romane. Jean Boutière, professeur de philologie romane à la Sorbonne a laissé également une partie de sa bibliothèque au CEROC.

Le fonds dit Perbosc (bibliothécaire, poète et Majoral du Félibrige en 1892) est constitué d’ouvrages sur la langue et la littérature anciennes et modernes. Le poète Perbosc à fait lui même un certain  nombre de reliures thématiques intitulés «Mélanges occitans ». Au décès de celui-ci, les Amis de la langue d’Oc ont donné une partie de sa bibliothèque au CEROC (1960/70)

Le fonds dit Loubet, fondateur des Amis de la langue d’Oc à Paris (1920) dont il fut le président jusqu’en 1938, membre de la société des Félibres de paris, poète et historien, a été également transmis à la bibliothèque par les Amis de la Langue d’Oc. Ce fonds est essentiellement consacré à la langue d’oc moderne auquel s’ajoute quelques ouvrages sur la langue ancienne.

Jean Boutière, professeur de philologie romane à la Sorbonne et directeur du CEROC a laissé une partie de sa bilbliothèque au CEROC. Il a également procédé à quelques acquisitions dans le cadre de ses fonctions. Le fonds dit Boutière est consacré à la langue d’Oc ancienne et moderne. Ce fonds a été complété par Charles Rostaing, son successeur durant son exercice.

Nouvelles courtoises : occitanes et françaises / éditées, traduites et présentées par Suzanne Méjean-Thiolier et Marie-Françoise Notz-Grob. Paris : Le Livre de poche, 2010.

Le fonds dit Méjean, Vice-président des Amis de la Langue d’Oc à Paris (1975-76), prix de littérature provençale 1969, prix Mistral 1972, Majoral du Félibrige en 1979, est une donation de Suzanne Méjean-Thiolier, directeur du CEROC jusqu’en 2001. Ce fonds est consacré à la poésie provençale moderne et comporte également des grammaires et des dictionnaires.

En ce qui concerne le fonds Pompidou, il s’agit d’ouvrages venant de la BPI : il est constitué de livres sur la langue d’oc ancienne et moderne, les langues romanes et quelques ouvrages sur le félibrige.

Lo corbatàs roge / Max Rouquette. Canet : Trabucaire, 2003.

Quant au fonds général, il est constitué des acquisitions du CEROC, en fonction du programme, des demandes des chercheurs ainsi que celles émanant du directeur du Centre, Jean-Pierre Chambon.

Jorge de Vilhena,
responsable de la bibliothèque du CEROC.

Pour en savoir plus :
– Portail de l’Association Internationale d’Etudes Occitanes,
– Bibliothèque Municipale de Sceaux : fonds de l’Institut Florian,
– Pour découvrir l’oeuvre de Frédéric Mistral en ligne, rendez-vous sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF.

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Connaissez-vous les cartes heuristiques ?

Ou cartes mentales ou cartes conceptuelles ou mind map ?

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Des plus austères au plus créatives , elles permettent d’organiser données, idées, informations ou connaissances, non plus de manière linéaire et hiérarchisée, mais sous la forme d’une arborescence de concepts et d’images. Pour une définition très complète, vous pouvez consulter le Wiki de l’Université Paris Descartes.

A quoi peuvent-elles bien servir ? A tout selon Tony Buzan qui a remis au goût du jour une technique finalement assez ancienne.

Dans le cadre de ses études les cartes heuristiques sont utiles pour prendre des notes, mémoriser un cours, composer un plan… Mais elles sont aussi utiles pour organiser un voyage,  transmettre des consignes, ou planifier un projet complexe.

Le mind mapping vous tente ? Alors armez-vous de feuilles de papier et de crayons de couleur et faites un tour sur le site Pétillant.fr ou sur la carte heuristique d’Olivier Legrand qui propose un mode d’emploi dynamique de cette technique.

Tuteur de bibliothèque et professeur au collège

Nazim Ould Ali, étudiant en master 2 de musicologie à Paris-Sorbonne, tuteur à la bibliothèque Michelet, nous raconte son expérience de professeur de musique au collège.

Nazim au piano de la bibliothèque Michelet

« Qu’est-ce qu’être professeur de musique au collège ?

C’est ce que je fais à temps partiel depuis le mois de février dernier dans un collège du 92.
Il faut d’abord savoir que la discipline est désignée dans les textes officiels par l’appellation « éducation musicale ». En effet, on considère qu’il ne s’agit pas d’une formation musicale proprement dit, mais plutôt d’une exploration de cet art qu’est la musique à travers des pratiques de chant et d’écoute.

Les cours de musique au collège du XXIème siècle n’ont peut-être plus rien à voir avec ce que vous avez connu : fini les fastidieuses dictées et lectures de notes, idem pour la flûte à bec qui a tiré sa révérence après avoir rendu fou plus d’un collégien. Place, désormais, au chant et à l’écoute d’œuvres, mais pas n’importe lesquelles.

Leur choix doit étayer le thème de la séquence abordée. Une séquence compte environ six cours. Elle se déroule en six semaines, soit entre deux vacances scolaires, à raison d’une heure par semaine. Je viens d’achever une séquence avec les 3èmes sur l’exotisme : je leur ai fait écouter le Boléro de Ravel que je considère comme exotique de par son intitulé (danse espagnole) et les sonorités hispaniques de la Coda. J’en ai profité pour leur faire remarquer quelques éléments du langage musical présents dans l’œuvre : ostinato rythmique, crescendo.

Nous avons aussi travaillé sur la reconnaissance des deux thèmes du morceau et des timbres des instruments solistes. J’aurais très bien pu leur faire écouter autre chose comme la Symphonie cévenole de D’Indy, tout autant que les Sept Haï-Kaï de Messiaen, ou le French Gagaku de Pierre Barbaud. Côté chant, nous avons entonné Salma ya Salama de Dalida et Sous les sunlights des tropiques de Gilbert Montagné, qui a eu plus de succès, car plus rythmé !

Il y a aussi la gestion de la classe à assurer. Ça n’est pas gagné d’avance quand on est le nouveau professeur qui débarque en milieu d’année dans des classes d’ados en pleine crise, et qu’on est en charge de cette discipline qu’on assimile, bien souvent, à la cerise sur le gâteau dans ce type d’établissements. Ceci dit, ne vous inquiétez pas ! J’ai su développer les bons réflexes qui m’ont permis de rétablir mon autorité !

Il existe pléthore de tâches qui incombent au prof de musique comme la direction de la chorale, le travail collaboratif avec d’autres profs sur des projets comme le montage d’une pièce de théâtre, la préparation de la fameuse épreuve d’histoire des arts, en plus des tâches dont doivent s’acquitter les profs de tout bord : évaluation orale, écrite, conseil des classes, rencontre des parents, achat d’équipements et gestion du budget alloué à la matière, encadrement d’un certain nombre d’élèves de 4ème en stage d’entreprise (contacter l’entreprise pendant le stage pour s’assurer que tout se passe bien, corriger le rapport, assister au jury)….
Bref, qui a dit que l’enseignement est ce qu’il y a de plus pénard ? »

Nazim Ould Ali

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Regesta Imperii : une base de données en médiéval

Sébastien Gougibus, tuteur à la bibliothèque Michelet et doctorant en histoire de l’art médiéval fait le point sur la méthodologie documentaire et présente une base de données gratuite et très riche concernant l’histoire de l’art médiéval : Regesta Imperii.

 

« Dans un billet publié en juin 2011 sur ce même blog, j’avais esquissé à grands traits à destination des étudiants de licence les bases de la recherche bibliographique. Pour facile qu’il puisse paraître de prime abord, ce passage obligé de tout travail universitaire cache en réalité une complexité qui en fait l’un des critères les plus discriminants lors de l’évaluation d’un mémoire ou d’un exposé.

L’écueil qui menace l’étudiant inexpérimenté est bien souvent celui d’une trop faible diversification de ses sources d’informations. Si les grands manuels et collections que j’avais évoqués dans mon précédent billet sont d’une aide précieuse lors de la découverte d’un sujet, il est regrettable qu’ils en constituent l’alpha et l’omega.

Quelle que soit la qualité des textes que l’on puisse y trouver, ils ne suffisent pas à rendre compte de la diversité des approches, des dernières évolutions ou découvertes de la recherche. Et ils rejettent dans l’ombre l’un des organes de diffusion de la connaissance les plus riches : les périodiques scientifiques.
Mais l’étudiant est en général bien en peine pour mener une investigation dans ce vaste répertoire en raison de l’absence de visibilité des articles dans les catalogues des bibliothèques.

C’est ici qu’intervient un des outils les plus appréciables mis au point ces dernières années : les bases de données informatiques.
L’une des plus connues est celle du Getty Institut, la Bibliographie d’Histoire de l’Art, qui a pour elle de couvrir toutes les périodes et tous les styles. Malheureusement, ce bel outil a cessé d’être alimenté depuis l’année 2007.

Plus spécialisée, la base de données Regesta Imperii permet un accès aux publications concernant le Moyen Âge, soit du Vème siècle au XVème siècle, et est toujours l’objet de mises à jour régulières. Disponible en version allemande ou anglaise, elle est d’une redoutable efficacité pour mener à bien une recherche bibliographique. Je ne peux que la conseiller à tous les étudiants souhaitant se spécialiser dans l’étude de cette période.

Je finirai par une remarque d’ensemble concernant ces outils : il faut garder à l’esprit qu’aucun ne prétend à l’exhaustivité et qu’il faut toujours les utiliser conjointement, en lien avec les bibliographies présentes dans les ouvrages de référence et les catalogues des grandes bibliothèques, pour essayer autant que faire se peut de parvenir à une vue si ce n’est complète, du moins assez large du sujet étudié. »

Sébastien Gougibus

Zoom sur… la Bibliothèque Georges Ascoli

bibliothèque de l’UFR de Littérature française et comparée

La bibliothèque porte le nom de Georges Ascoli, éminent historien de la littérature française qui enseigna à la Sorbonne entre les deux guerres. Fait prisonnier en juin 1940, il fut libéré 14 mois plus tard pour se voir, dès son retour à Paris, écarté de son poste d’ enseignant en raison de ses origines israélites. Le 21 février 1944 il fut arrêté ainsi que sa femme par la Gestapo, transféré à Drancy puis déporté à Auschwitz et exécuté. (sources : «Revue belge de philologie et d’histoire » 1946-vol.25)

La bibliothèque

Par arrêté du 16 juin 1931, fut créée la bibliothèque de l’Institut de langue et littérature françaises à partir du fonds du  Laboratoire de philologie française de la faculté des lettres de Paris qui existait depuis 1907. Dès l’origine elle possédait une collection importante de thèses de littérature et langue françaises, un nombre important d’ouvrages de référence, de critiques littéraires et de textes d’auteurs.

La bibliothèque s’est enrichie par la suite de nombreux dons ou legs parmi lesquels ceux de Théodore Reinach (1931), Victor Brochard (1937), Henri Gildès (1937, fonds de théâtre), puis, en 1963, par celui de Gustave Cohen, médiéviste qui s’est particulièrement intéressé au théâtre religieux français du Moyen Âge.

Parallèlement au fonds généraliste, on trouve aussi le fonds Paul Hazard qui fut, en 1925, titulaire de la chaire de littératures modernes et comparées au Collège de France. Son ouvrage majeur « La Crise de la conscience européenne » paru en 1935 est régulièrement réédité. Ce fonds concerne la littérature française du XIXe siècle et la littérature comparée : il comporte de nombreux ouvrages en langues étrangères notamment en espagnol et italien. Il occupe une salle entière donnant directement sur la salle de consultation actuelle.

Il faut enfin mentionner un fonds ancien constitué d’éditions originales des XVIIe et XVIIIe siècles qui fut transféré en 1928 de l’Institut de phonétique vers l’Institut de langue et littérature françaises. La bibliothèque conserve également  une collection très complète d’anciens dictionnaires et encyclopédies notamment « L’Encyclopédie » ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers » de Diderot et d’Alembert (1751-1765) ou le « Dictionnaire universel français et latin » de Trévoux (1752). Aux monographies s’ajoutent les collections complètes de périodiques dont celle de La Nouvelle Revue française dont le tout premier numéro date du 1er février 1909 ou celle de la Revue des études rabelaisiennes fondée en 1903.

Ce n’est qu’en 1971 que la bibliothèque fut rattachée à l’UER de langue française de l’Université de Paris IV. A partir de 1990 fut développé un fonds de littérature comparée pour accompagner la création de nouveaux enseignements comparatistes.

 

Le Théâtre de P. Corneille – A Paris, chez Louis Billaine – 1664

 Par littérature française, il faut entendre la période qui va du Moyen Age à la période actuelle, incluant les auteurs contemporains. Depuis la rentrée 2006, un fonds de base en « littérature et cinéma » accompagné de DVD et un fonds relatifs à l’édition ont été développés pour répondre à la demande des enseignements professionnels de master. En raison des activités du CIEF (Centre international d’études francophones), localisé en Sorbonne, les acquisitions font une moindre part aux littératures francophones en dehors des ouvrages généraux.

Actuellement la Bibliothèque Georges Ascoli de l’UFR de Littérature française et comparée riche de ses 35000 documents environ, accueille les étudiants en littérature à partir du master, en doctorat ou en préparation d’agrégation.

Exemplaire de l’édition originale de L’Emile
« Chez Jean Neaulme, Libraire » édité en 1762

« Il me fit faire connaissance avec Jean Neaulme, libraire d’Amsterdam, son correspondant et son ami, qui dans la suite imprima l’Émile » (Jean-Jacques Rousseau, Confessions X)

 

 

 

 

 

Dramaturges du Nord

Trois pièces d’auteurs des pays nordiques sont actuellement à l’affiche de théâtres parisiens. C’est l’occasion de vous proposer quelques ressources sur ces œuvres, qu’elles soient sur papier ou en ligne.

Peer Gynt, mès Tormod Skagestad (Oslo, 1963). Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Peer Gynt de Henrik Ibsen (1828-1906) est un poème dramatique, sans doute l’œuvre la plus foisonnante et la plus lyrique du dramaturge norvégien. Jeune homme bagarreur et menteur, qui déshonore une jeune fille le soir de ses noces alors qu’il est lié à Solveig, Peer Gynt s’enfuit sillonner le monde. Tour à tour marchand d’esclaves, empereur des fous, il mène une existence chaotique et ses aventures relèvent à la fois de la farce et du drame.
On peut voir cette pièce rarement montée jusqu’au 14 juin, dans le salon d’honneur du Grand-Palais, dans une très belle mise en scène d’Éric Ruf de la Comédie-Française. Ce dernier a imaginé un dispositif bi-frontal qui place les spectateurs le long d’une route. Elle n’est autre que le chemin que parcourra Peer Gynt, émaillé de rencontres magiques ou éprouvantes.

Ce soir Mademoiselle Julie est encore folle !

Mademoiselle Julie, mès Jacques Falguières, Théâtre des deux rives, Rouen. Photo : Môsieur J. CC : BY-SA. Source : flickr.

Mademoiselle Julie, du suédois August Strindberg (1849-1912), est une de ses pièces les plus jouées. Tragédie pour trois personnages, Mademoiselle Julie se déroule le soir de la Saint-Jean, où les domestiques sont en liesse. Tandis que tous s’amusent, Mademoiselle Julie, la fille du comte, badine avec Jean, son valet. Lorsque Julie le provoque, Jean tente un moment de résister et de lui faire comprendre qu’elle est l’objet des railleries de ses gens, avant d’entrer dans ce jeu de séduction. Perte du contrôle de soi, rupture des conventions entre les classes sociales sous-tendent leur huis-clos cruel, sous le regard sévère de Kristin, la cuisinière.
La pièce est actuellement représentée au théâtre de l’Odéon, dans une mise en scène de Frédéric Fisbach, jusqu’au 24 juin.

Le Fils de Jon Fosse (1959- ) est une pièce écrite il y a déjà une quinzaine d’années par l’artiste norvégien. C’est pourtant celle-là que Jacques Lassalle a choisi de mettre en scène au théâtre de la Madeleine (jusqu’au 15 juin). Cette courte pièce montre un couple âgé, elle cousant, lui avec son journal. Ils vivent dans un village d’où les jeunes sont tous partis, leur fils compris. Ils l’attendent. La seule présence à leurs côtés est celle du voisin, dont les lumières de la maison sont un sujet de discussion, et l’événement de la journée est le passage du car qui amènera, peut-être, le fils.

La bibliothèque Malesherbes possède les trois œuvres, en langue française et en version originale, si vous souhaitez lire les textes (voir le catalogue : Peer Gynt – texte d’Ibsen, partition de Grieg, Mademoiselle Julie, Le Fils).

Vous pouvez aussi constituer des revues de presse des pièces de théâtre qui vous intéressent en faisant une recherche par titre et metteur en scène sur la base Europresse. Vous découvrirez ainsi nombre des critiques publiées dans des quotidiens et hebdomadaires français et étrangers à l’occasion de représentations de ces pièces.

Pour des recherches de niveau académique, l’archive de revues en ligne Jstor vous fournira nombre de ressources. Vous obtiendrez des résultats plus complets en effectuant votre recherche avec le titre en langue originale, en anglais et en français. Pensez aussi à consulter la grande bibliographie des études littéraires MLA.

Si le spectacle vivant vous intéresse, n’hésitez pas à vous reporter aux Archives du spectacle, qui répertorient les mises en scène et les distributions d’un nombre très important de représentations.

Pour vous familiariser avec les procédés de mise en scène et la genèse des spectacles, vous pouvez consulter l’ouvrage très intéressant de Bénédicte Boisson, Alice Folco et Ariane Martinez, La mise en scène théâtrale de 1800 à nos jours aux PUF, présent dans les bibliothèques Ascoli, Clignancourt et Malesherbes.

De manière plus générale, vous trouverez sur nos signets plusieurs bases de données spécialisées sur le théâtre.

Enfin, si vous souhaitez franchir le quatrième mur et apprendre le théâtre, sachez que le service culturel de l’université met en place de nombreux ateliers de pratique artistique.

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Les manuels ont une histoire : présentation de quelques manuels incontournables

Depuis qu’il y a enseignement, il existe des manuels. « In Quarto » propose de se pencher sur trois manuels importants dans l’enseignement en France :

  • Le Tour de France de deux jeunes enfants. (ARES34406) : Ce manuel du XIXe siècle est un récit qui emmène les jeunes lecteurs à travers la France en suivant les pérégrinations de deux enfants. C’est un prétexte pour apprendre la géographie, mais aussi l’histoire et toutes les autres disciplines. On retiendra la volonté d’inculquer profondément le sentiment patriotique, notamment par le rappel de la perte de l’Alsace et de la Lorraine par la France après la guerre de  1870 (les deux personnages principaux, André et Julien, sont d’ailleurs lorrains). Le manuel véhicule les préjugés de l’époque – par exemple sur le racisme. Il fonctionne de façon ludique. La période de sa première parution est marquée par deux mouvements : la forte scolarisation en primaire après les lois Ferry d’une part et le développement de l’industrie de l’édition d’autre part. Le Tour de France est un succès en terme de tirage. Il a marqué de nombreuses générations, jusqu’à la moitié du XXe siècle. Une édition en fac-similé a été publiée pour le centenaire du manuel en 1977.

Plus récemment, d’autres manuels ont marqué l’histoire de l’éducation :

 

  • Le « Malet et Isaac », Histoire est un manuel d’histoire (940.2 MAL) :  Issu de la rencontre entre un historien, Albert Mallet, et un jeune agrégé, Jules Isaac leur travail est devenu une institution. Il a formé en histoire plusieurs générations d’écoliers. Ces manuels proposent une histoire fidèle à la chronologie, à la narration, aux détails sur l’ensemble de la période historique, des premiers hommes à la période contemporaine. Ils sont issus des débats historiographiques du début du XXe siècle et sont fidèles aux différents programmes. Une réédition est proposée par Hachette dans un regroupement en 4 volumes de poche, supprimant les illustrations. Ce livre reprend la dernière édition de 1960. Chacun des volumes couvre une période bien distincte : de la fondation de Rome à 1492 pour le premier, de 1492 à 1789 pour le deuxième, de 1789 à 1848 pour le troisième et de 1848 à 1914 pour le quatrième.

  • Le  « Lagarde et Michard » :  la littérature présentée  en 5 volumes. (ARES 27561-27564, 27565) : présentation des textes classiques à étudier en classe, écrits en français moderne. Les volumes sont eux aussi découpés par périodes. Pour chaque thème, l’ouvrage propose une page de présentation de chaque auteur suivies d’extraits d’œuvres accompagnés d’un appareil didactique pour une utilisation en classe. La présentation des textes fait la part belle aux auteurs, à leur vie et leur psychologie. Les textes peuvent être coupés ou raccourcis. Le manuel propose de nombreuses illustrations.

  •  La Méthode Boscher ou La journée des tout petits (LE CP BEL) est un manuel d’apprentissage de la lecture selon la méthode syllabique. Très utilisée dans les années 1920 à 1950, cette méthode est tombée en désuétude dans les années 1960 avec l’arrivée de la méthode globale. Bien que toujours controversée, la décrédibilisation récente de la méthode globale a poussé Belin a rééditer à de nombreuses reprises la Méthode Boscher, l’accompagnant de divers cahiers d’exercices, ardoises effaçables et autres supports ludiques. Ses illustrations et ses textes d’un autre temps (« Toinon garde ses oies », « allez chercher un béret chez le chapelier », « Leontine a déchiré le galon de son jupon »…) ont conquis de nombreux parents. Son succès est tel, qu’une version de cette méthode est sortie en 2009 pour la console Nintendo DS.

A consulter également en vitrine de la médiathèque Molitor :  Manuel de l’enseignement primaire : pédagogie, théorie et pratique, Eugène Rendu, Hachette, 1881 qui participe du fonds patrimonial de la bibliothèque.

Billet réalisé avec la participation d’Aurélie Gandour.

Une puce, épargnez-la

Naomi Wallace - Comédie du Livre 2010 - P1390793
Naomi Wallace. Photo : Esby. CC-BY-SA. Source : Wikimedia Commons

Dramaturge américaine contemporaine, Naomi Wallace est actuellement jouée à la Comédie-Française. Une puce, épargnez-la est un huis clos pour cinq personnages, qui se déroule à Londres pendant la grande peste de 1665.

Tandis que les époux Snelgrave sont retenus en quarantaine dans leur demeure par crainte de contagion, un marin et une très jeune domestique s’introduisent chez eux. La présence inopportune de ces deux intrus va bouleverser les rapports policés de ce couple d’aristocrates puritains. La crainte de la maladie, associée à la rupture des conventions entre les classes sociales, fait ressurgir des désirs interdits et de cuisants ressentiments. La peste qui menace en permanence conduira chacun à se révéler de façon trouble, dans une lutte douloureuse avec les autres.

On peut voir cette pièce, jusqu’au 14 juin 2012 au théâtre éphémère de  la Comédie-Française. Quelques articles parus dans la presse et disponibles en ligne sur la plate-forme Europresse (accès via la bibliothèque en ligne) :
– Héliot, Armelle. « Huis clos américain dans la maison de Molière ». Le Figaro. 3 mai 2012.
– Chevilley, Philippe. « Cérémonie funèbre ». Les Echos. 3 mai 2012.
– Darge, Fabienne. « Une puce trop démonstrative ». Le Monde. 5 mai 2012.
– Liban, Laurence. « A suivre… Naomi Wallace ». L’Express. 23 mai 2012.
– Mereuze, Didier. « Une Américaine au Français, Naomi Wallace ». La Croix. 7 mai 2012.

Des textes de Naomi Wallace sont disponibles à la bibliothèque Clignancourt, en langue originale et en traduction.