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Le labyrinthe de la fortune (1517), un livre unica du fonds rare, ancien et précieux de la bibliothèque Marcel Bataillon

            De nombreux volumes du fonds ancien[1] de la bibliothèque Marcel Bataillon sont considérés comme des unica. Ce sont des ouvrages rares, possédés par un seul établissement dans un réseau documentaire[2]. De plus en plus d’ouvrages anciens sont  numérisés et disponibles sur le web.

Nonobstant l’indéniable progrès de la numérisation, la Bibliothèque Marcel Bataillon conserve quelques éditions d’ouvrages qui n’ont pas encore été numérisés à ce jour. Ce sont de véritables bijoux de la littérature et de l’histoire en langue espagnole qui témoignent de l’évolution du goût et de la pensée dans la péninsule ibérique du Bas Moyen Âge – prerrenacimiento – jusqu’à l’Ilustración – fin du dix-huitième siècle.

Première de couverture Juan de Mena

Ainsi, le plus ancien volume daté de la Bibliothèque Marcel Bataillon est un exemplaire du fameux Labyrinthe de Fortune (1444) de Juan de Mena – imprimé à Séville en 1517 chez Jacobo Cronberger. Le poème, qui s’ouvre par des invocations à Calliope et Apollon, raconte l’itinéraire du poète qui est ravi par le char de Bellone et conduit ensuite au palais de la Fortune. Cette dernière lui présente trois roues, deux immobiles (représentant le passé et le futur) et une dernière qui bouge et qui représente le présent. Les roues sont composées par des cercles concentriques, déterminés par les sept planètes, d’après le système de Ptolémée. Le poème se clôt par la prédiction de la fortune au roi Juan III. Il y a une certaine unanimité de la part de la critique qui affirme qu’il s’agit d’un poème moral et politique[3]

Le Labyrinthe de la Fortune est le fruit de la redécouverte de la culture humaniste en Espagne et de l’adaptation de la langue espagnole à une nouvelle manière d’écrire la poésie, plus savante que celle employée au Moyen Âge. Certains spécialistes y voient un renouveau de la langue espagnole comparable à celui que Virgile insuffla au latin. Juan de Mena aurait ainsi retrouvé quelque chose comme « l’instrumentation incantatoire » dont parle Pierre Klossowski[4] à propos de L’Enéide.

Achevé d'imprimer Labyrinthe de Fortune

Achevé d’imprimer. L’exemplaire de Marcel Bataillon a une reliure en veau glacé datée du XVIIIe siècle, un encadrement au plat et un emblème de la « Biblioteca de Salvá ».

Fueron empremidas las ccc. del famoso poeta Juan de Mena en la muy noble ciudad de Sevilla: por Jacobo Cronberger aleman año de mil y quinientos y diezisiete a veinte y quatro de setiembre.

Les CCC du célèbre poète Juan de Mena furent imprimées dans la très noble ville de Séville par Jacob Cronberger, allemand, le quatre septembre de l’an  mille cinq cent dix-sept.


[1]  Le site Theleme de l’Ecole des Chartes fournit des conseils et recense les outils bibliographiques nécessaires à l’identification des livres anciens. http://theleme.enc.sorbonne.fr/cours/livres_imprimes_anciens/introduction

[2]  Pour la définition des unica se rapporter au site de l’Agence Bibliographique de l’enseignement supérieur (ABES) http://fil.abes.fr/2012/11/12/les-chiffres-du-sudoc-presque-60-dunicat/

[3] Pour la présentation de l’intrigue et une mise en contexte historique de l’ouvrage consulter l’édition critique du Laberinto de fortuna de Maxim Kerkhof.  Cote 8°5812 bibliothèque Marcel Bataillon.

[4] BATTESTI PELEGRIN, Jeanne, Avant-propos dans La poésie castillane de la fin du Moyen Age au début du Siècle d’Or : « Laberinto de Fortuna » Juan de Mena, « Poesías castellanas completas » Garcilaso de La Vega, Éditions du temps, 1997. Cote 8°5832  Bibliothèque Marcel Bataillon.

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