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La collection de papyrus de la Sorbonne

(Suite du billet publié le 26 février). Certes le travail papyrologique est possible à partir des excellentes reproductions que l’on est capable de faire aujourd’hui. Il y a déjà ainsi de quoi servir honorablement la science. Mais avouez que c’est tout de même encore plus sympathique avec un vrai papyrus « en fibre et en encre » entre les doigts … ou plutôt entre la pince à épiler et sous la loupe, car attention : c’est très fragile ! Car oui, votre université est pour ainsi dire la seule en France à concrètement posséder plus de 3000 fragments de papyrus. D’ailleurs, si jamais vous êtes motivé, à peine la moitié a pu être éditée en un siècle, depuis Pierre Jouguet. Dans ce lot, certains papyrus sont désormais célèbres et, par exemple, assez fréquemment réclamés pour des expositions.
Pierre Jouguet, en fondant l’Institut de Papyrologie, a donc fait coup double, en fondant en réalité une bibliothèque de papyrologie et une collection de papyrus. Il faudra bien plusieurs billets sur ce blog pour vous détailler cette collection patrimoniale ! Précisons ici juste quelques éléments.

Nos plus vieux papyrus remontent au 4e s. avant J-C. Les plus récents datent, eux, du Moyen-Age. En effet, contrairement à ce que l’on pense trop souvent, le document sur papyrus n’a pas disparu subitement pour laisser place au document sur parchemin (cf. les manuscrits enluminés médiévaux) ou sur papier. Avec sa production de papyrus depuis trois millénaires avant J-C., l’Egypte avait une sorte de monopole du support de l’écriture. C’est pourquoi Pergame, en Asie Mineure, imagina dès le 2e s. avant notre ère d’écrire sur des peaux traitées. Elle appela ce nouveau produit « parchemin », en référence à son propre nom (puisque « parchemin » se dit « pergamina » en latin). Parchemin (Institut Papyrologie) Cela n’empêcha évidemment pas la production de papyrus de continuer jusqu’au 9e / 10e s. Il y eut donc les deux supports d’écriture en concurrence pendant de longs siècles !
Plusieurs langues sont représentées : grec et latin bien évidemment, mais aussi arabe et la langue égyptienne sous ses différentes formes (copte, démotique, hiératique et hiéroglyphe).

Notre collection, telle une bibliothèque lambda, est divisée en plusieurs fonds. En effet, chaque lot de papyrus a sa propre histoire. Certains, par exemple, proviennent directement de campagnes de fouilles. D’autres, furent achetés dans les années 60 et 70, tandis que d’autres encore furent légués à la Sorbonne. C’est ainsi, par exemple, qu’un célèbre savant du siècle dernier, Théodore Reinach, Reinach (Wiki) choisit de léguer à notre Université en 1930 sa collection patiemment acquise pendant près de vingt ans. Enfin, quelques établissements, comme l’EPHE ou le CNRS, nous demandent de conserver leur fonds.
Par ailleurs, indépendamment de ces répartitions en fonds, chaque document est inventorié, comme n’importe quel livre ou objet en bibliothèques ou musées. Sans nous vanter, parmi tous ces numéros, nous avons quelques belles pièces.Certains papyrus ont par exemple de la couleur, des dessins, un sceau toujours intact, etc. Si la curiosité est trop forte, vous pouvez toujours regarder gratuitement quelques-uns de nos papyrus sur notre site internet . Mais tous sont loin d’y être ! En effet, ceux qui sont encore inédits n’y apparaîtront pas, afin d’en garder tout simplement l’exclusivité de l’édition. Enfin, beaucoup ont un grand besoin de restauration avant d’être étudié, ou même photographié ! OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Il n’y a donc bien évidemment pas à proprement parler à la Sorbonne de bibliothèque composée uniquement de papyrus, qu’il suffirait de retirer sur une étagère pour les lire. Cependant, vous savez désormais que votre université possède de vrais papyrus, nécessitant une bibliothèque d’appui dans laquelle vous êtes les bienvenus…

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