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La Maison de la Recherche entourée de fantômes …

La force de l’habitude et le manque de curiosité nous amènent souvent à négliger le passé.

Combien sommes-nous, en effet, à nous demander ce qui a bien pu se passer ici ou là ? Qui a vécu ici ? Pourquoi ce nom de rue ? Etc.

Figurez-vous que, de la rue Hautefeuille à la rue de l’Eperon en passant par la rue Suger et bien d’autres encore, d’innombrables fantômes nous observent.

Ils sont les témoins discrets et silencieux de l’évolution et de l’histoire du quartier à travers leur propre histoire.

Certains d’entre eux bénéficient d’un repos éternel. Ils logeaient au 7-9 rue Suger, anciennement rue du Cimetière Saint André (de 1356 à 1844). Cette rue s’appelait aussi communément la rue des 2 portes car à chacune de ses extrémités, se trouvait une porte.

Celle donnant du côté de la rue de l’Eperon, ouvrait depuis le 13ème sur un cimetière. Ce dernier s’étendait sur 460m² et recevait au 18ème siècle entre 130 et 150 corps par an. Puis tous les ossements et ceux des 300 lieux de sépultures de Paris furent transférés, petit à petit, aux Catacombes.

 

Plan 1908 - Cimetière

Parmi eux, on peut estimer certaine, la présence d’un capitaine de cavalerie, un aventurier dit-on : Jean-Baptiste Godin de Sainte-Croix .Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose,  pourtant avec sa mort débute une des affaires criminelles les plus retentissantes de toute notre Histoire :

Notre aventurier habitait la maison à tourelle d’angle dite cul-de-lampe, au 5 de la rue Hautefeuille, dans cette partie de la rue qui encore au 13ème siècle portait le nom de rue Serpente.

A sa mort (naturelle) en 1672, on découvrit chez lui, suite à l’inventaire après décès, un coffret contenant neuf lettres de sa maîtresse, la marquise de Brinvilliers ainsi qu’une reconnaissance de dette de cette dernière et de nombreux flacons. Ces derniers furent analysés par un apothicaire et révélèrent avoir contenu divers poisons laissant peu de traces dans l’organisme. Dans une des neuf lettres, la marquise de Brinvilliers reconnaît avoir empoisonné son père (le fameux lieutenant civil du Châtelet : Antoine Dreux d’Aubray) et ses deux frères afin de récupérer l’héritage … Recherchée, arrêtée puis torturée, la marquise finira décapitée et brûlée en place de Grève. L’histoire semblait terminée et pourtant ce n’était que le début de la célèbre Affaire des Poisons !

5 rue Hautefeuille, photographie d’Eugène Atget (1857-1927)

Non loin du fantôme de Sainte Croix, flotte surement une âme en peine, celle d’un médecin, journaliste et physicien. Malade depuis le mois de juin 1793, il n’est plus présent à la Convention. Sa compagne s’occupe de lui dans leur maison, rue de l’école de médecine au niveau de la place Henri-Mondor (il semblerait d’ailleurs que la statue de Danton nous indique son emplacement !).

Montagnard affirmé, ce médecin journaliste est opposé aux Girondins et semble faire partie de ceux qui ont ordonné les massacres de Septembre 1792.

Une femme, proche des Girondins, va quitter Caen pour Paris, acheter un couteau dans une échoppe du Palais Royal, griffonner un mot qu’elle cachera derrière un tableau posé sur le manteau de sa cheminée et qu’on retrouvera plus tard : « Le ferais-je ? Ne le ferais-je pas ? », se rendre chez le député et l’assassiner. Nous sommes le 13 juillet 1793, il est environ 19h45, Charlotte Corday vient d’assassiner Marat.

La maison (disparue) de Marat, photographie d’Eugène Atget (1857-1927).

D’autres âmes en peine flottent aux abords du quartier. Il ne s’agit ni d’hommes ni de femmes mais d’animaux. Pour les deviner, prenez la rue de l’éperon en direction de la rue du Jardinet. Si la chance vous sourit, la grille sera ouverte. Vous aurez alors l’occasion de rentrer dans la Cour de Rohan, un lieu unique en plein cœur de Paris, un lieu en dehors du temps, magique et merveilleux et qui pourtant recèle un bien sombre secret …

La Cour de Rohan est constituée de 3 petites cours dont la dernière donne sur la Cour du Commerce Saint André. Au n°9 se trouvait l’atelier du menuisier Tobias Schmidt. C’est à lui que fut commandée la guillotine et c’est dans cette cour qu’elle fut testée sur des moutons.

La légende voudrait que Louis XVI soit venu voir l’avancement des travaux chez Schmidt et lui aurait conseillé de faire le couperet de la guillotine en biseau et non en croissant de lune !

La Cour de Rohan par Eugène Atget, vers 1915

La Cour de Rohan par Eugène Atget, vers 1915

Bibliographie Serpente :

- Figures de femmes criminelles de l’Antiquité à nos jours dirigé par Loïc Cadiet, Frédéric Chauvaud, Claude Gauvard…

Serpente : Salle de lecture – 364.908 2 fig

- Jean-Paul Marat et l’Antiquité / Valérie Hendrikx

Serpente : Document à demander au personnel de la bibliothèque  – 930.02 HEN

- Histoire de la décapitation / Paul-Henri Stahl

Serpente : Document à demander au personnel de la bibliothèque  – LMA 67

- Villes et cimetières en France de l’Ancien régime à nos jours : le territoire des morts / Madeleine Lassère

Serpente : Document à demander au personnel de la bibliothèque : LHSE 282

 

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