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Archives pour 04/2016

Roland Barthes, écrivain.

35 ans après sa mort, la figure de Roland Barthes semble toujours mouvante, ne cesse d’évoluer encore sous nos yeux, de s’enrichir. Rare sont les penseurs qui ne se trouvent pas figés (souvent glorieusement) dans leur pensée, leur démarche, après leur mort. Sartre reste jusqu’à aujourd’hui cet intellectuel engagé, ce philosophe de la Liberté, et n’en bouge plus vraiment. Jacques Lacan demeure ce psychanalyste et théoricien de la psychanalyse, faisant basculer Freud dans le tout-langage et le symbolique. Leur pensée est liée à un geste particulier.

Mais Barthes ? Sémiologue ? Intellectuel structuraliste ? Critique littéraire ? Penseur de la littérature, et même, plus exactement, de l’écriture et du discours ? On sent bien qu’il échappe à tout cela, qu’aucun de ces qualificatifs ne peut lui faire tenir sa place.

Barthes n’a-t-il pas cessé, justement, de vouloir défaire et se défaire de toutes les idéologies, de tous les enfermements et encombrements du corps et du langage, par les signes et les discours ? Son travail a été une tentative minutieuse et passionnée pour trouver ce sujet délesté, allégé (rêvé ?) de tout discours, et en équilibre sur tous…

Au fond, peut-être que la véritable passion de Barthes n’aura pas été la peur, comme il le dit dans Le Plaisir du texte (1973), mais la subjectivité : se rapprocher de plus en plus de son désir, au-delà des postures et des discours tout faits, de ses « préférences » comme il le disait. La subjectivité n’est pas coller à « son » hypothétique vérité, mais aller, à pas d’esquive, vers son désir. Un mouvement de tension… Soi-même étant toujours une fuite en avant vers « autre chose »…

Roland Barthes, le théâtre du langage

Roland Barthes, le théâtre du langage

Barthes danseur ? très probablement…

Si l’écriture de Barthes nous touche autant aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’elle n’a jamais été un simple outil, un véhicule au service d’une pensée, d’une théorie, mais quelque chose permettant une mise en jeu de soi comme projet et comme désir, défiant les regards et « machines ressassantes » du langage, qui montre son derrière au père politique (Le Plaisir du texte).

Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman. notait-il en épigraphe du Roland Barthes par Roland Barthes (1975), un des ouvrages où il se tenait au plus proche de lui-même. La pensée, le langage – même le plus critique, le métalangage – deviennent avec désinvolture, une fiction passionnante ou le sujet s’invente, se risque lui-même, hors du sens.

La bibliothèque Clignancourt vous invite à découvrir son œuvre et son parcours à travers un DVD disponible dans l’espace Philosophie, à la cote 194 BAR 4 THO.

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A propos de La société de la fatigue

Soyez votre propre bourreau !

Nous venons juste d‘entrer dans une nouvelle ère… Encore !.. Elles s’enchaînent si vite, que nous ne nous en sommes même pas aperçus… C’est le constat du livre du philosophe allemand, d’origine coréenne, Byung-Chul Han, La Société de la fatigue.

Byung-Chul Han (@ByungChulHans) | Twitter

Byung-Chul Han (@ByungChulHans) | Twitter

La société de la discipline (sur laquelle a porté tout le travail de Michel Foucault), vient de céder la place selon Byung-Chul Han, à une société de la performance, où le travail, la construction de l’individu ne sont plus la résultante dialectique d’une contrainte imposée par un tiers extérieur, précipitant toujours la nécessité de l’action, de la révolte dans notre société. Cette négativité, ce principe dialectique, cette « énergie noire », qui appelle la réaction, n’aurait plus lieu d’être…

Nous serions, selon Byung-Chul Han, dans cette société libérale, prisonnier de nous-même, livrés à notre seule volonté désormais sans limites, vouer à nous dépasser. Nous avons perdu cet horizon qu’était l’altérité, qui nous inquiétait, nous surprenait, nous déplaçait sans cesse hors de nous-même.

Ce nouveau « sujet performant« , comme le nomme l’auteur « n’a plus d’instance de domination extérieure qui le force à travailler et l’exploite. Il n’est assujetti à personne si ce n’est à lui-même. La suppression de l’instance de domination extérieure ne supprime toutefois pas la structure contraignante. Elle fait s’écrouler la liberté et la contrainte. Le sujet performant se livre librement à la contrainte pour maximiser son rendement. Il s’exploite lui-même. L’auto-exploitation est plus efficace que l’exploitation par un tiers dans la mesure où elle est accompagnée d’un sentiment de liberté trompeur. » (p.32)

Ce désir absolu de n’être que soi (où est la passion d’être un autre ?), d’être son auto-évaluateur ne serait rien d’autre qu’un nouvel esclavage post-moderne. Mais celui-ci est à l’intérieur de nous, comme une manie, plus fort que tout, sans limites…

Courir en panique, et sans espoir de rattraper vraiment ce Moi idéal, devient une sorte de morale, qu’on ne peut contredire, puisqu’elle n’émane que de nous-même, de cette injonction à se vivre pleinement.

On voit donc que c’est d’un excès de positivité que viendra notre péril : « Pouvoir sans limite est le verbe positif de la société de la performance » (p. 52). Quel bénéfice incommensurable pour notre société qui n’a plus aucune contrainte à exercer pour pousser l’individu à donner le meilleur de lui-même !..

Une immense fatigue plombe cet individu positif, comme une nouvelle maladie de la société. Pas d’autre explication, selon Byung-Chul Han aux nouvelles pathologies sociales désormais massives : le Burn-Out, le TDAH (trouble de déficit de l’attention-hyperactivité), ou la dépression (impossibilité d’être à la hauteur de soi-même) que l’auteur voit comme une fatigue « de créer et de pouvoir«  (p.56).  Ce « trop-plein de même«  (p.50) nous mène à une rupture d’autant plus violente et profonde qu’il n’y plus désormais aucune instance à laquelle imputer la faute.

Cette absence de négativité transforme la pensée en calcul (p.79). Le calcul est le propre d’un ordinateur que rien ne saurait arrêter. Le sujet performant se cale lui-même sur le temps-machine, ce temps sans interruption, du mouvement et de la production. Seul un brusque blackout du système central (le Burn-Out, l’infarctus) peut faire cesser cette inflation de positivité.

La Société de la fatigue pose en une centaine de pages le cinglant constat d’une sorte d’individualisme forcené et suicidaire.

Le livre pose rapidement et simplement les lignes d’une réflexion sur les mutations, nouvelles formes d’exploitation et d’asservissement de la société libérale. Il propose en creux, et comme en écho, une réflexion sur la liberté : Que se  passe-t- il quand l’individu s’est affranchi de toutes ses entraves, de toute négativité ? Cette liberté totale lui-est-elle vivable, supportable, que va-t-il en faire, peut-il le supporter, va-t-il s’inventer de nouvelles dépendances ?

La Société de la fatigue

La Société de la fatigue

 

La Société de la fatigue, Byung-Chul Han, Circé 2014 (213 p.)
disponible à la bibliothèque Clignancourt sous la cote 128 HAN

Article en lien: Philosophie magazine N°88 d’avril 2015 disponible à la bibliothèque Clignancourt dans l’Espace Généralités

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Réaménagement des bibliothèques de Paris Sorbonne

Projet de réaménagement et de modernisation des bibliothèques de Paris Sorbonne : travaux dans les bibliothèques Malesherbes, Marcel Bataillon, Clignancourt et Serpente.

Projet pour les bibliothèques de Paris-Sorbonne

Projet pour les bibliothèques de Paris-Sorbonne

Le projet de réaménagement des bibliothèques universitaires, financé par Sorbonne Universités dans le cadre du volet Vie étudiante et lieux de vie de l’IDEX, est actuellement en phase de réalisation.

Le SCD de Paris Sorbonne avait engagé en 2014 un projet de réaménagement des bibliothèques universitaires, issu d’une réflexion menée par les équipes des bibliothèques en 2013. Une enquête menée en 2015 auprès des étudiants a permis de repérer leurs attentes, notamment d’espaces de travail en groupe.

Projet pour la bibliothèque Marcel Bataillon

Projet pour la bibliothèque Marcel Bataillon

À l’issue d’un dialogue compétitif, c’est le cabinet Lambert Lénack qui a été sélectionné pour mettre en œuvre un projet déclinant un concept de bibliothèque idéale dans quatre bibliothèques.

La bibliothèque Malesherbes et la bibliothèque Marcel Bataillon de l’Institut d’études hispaniques seront fermées pendant toute la durée des travaux, de février à la fin de l’année universitaire 2016. La bibliothèque Serpente sera fermée du 7 mars au 30 juin 2016.

Comment obtenir un livre de nos collections?

Les collections des bibliothèques resteront cependant accessibles, en communication indirecte: les livres pourront toujours être empruntés.

Pour la bibliothèque Marcel Bataillon:

Tous les livres sont déménagés à Clignancourt, en accès indirect. Pour faire une demande en ligne :

Pour la bibliothèque Malesherbes:

Les livres de la salle de lecture sont déménagés à Clignancourt, en accès indirect : ils sont à emprunter et rendre à la BU Clignancourt, du lundi au vendredi de 13h à 18h. Les livres des magasins restent à Malesherbes et pourront être empruntés et rendus au bureau d’accueil temporaire, escalier du Grand Amphi, niveau -1, du lundi au vendredi de 13h à 18h.

N’hésitez pas à contacter les bibliothécaires pour toute question : bibliotheque.malesherbes@listes.paris-sorbonne.fr

Pour les étudiants du centre Malesherbes, l’amphi 111 sera ouvert du lundi au vendredi de 12h à 18h pour permettre de travailler au sein du centre. La salle informatique en accès libre au 3e étage reste ouvert aux horaires habituels.

Pour la bibliothèque Serpente

Pendant la fermeture de la bibliothèque Serpente, la consultation des thèses restera possible : pour les thèses en format papier, depuis un accueil temporaire à la Bibliothèque d’histoire des religions (BHR) du lundi au vendredi, 10h-13h et 14h-17h30 Pour les thèses électroniques en intranet, depuis un ordinateur connecté au réseau de la Maison de la Recherche : salle de lecture de la BHR, aux horaires indiqués ci-dessus.

Pour toute question, contactez emmanuel.descubes@paris-sorbonne.fr

 Amélie Church et Catherine Bourgade
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