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PAUL GRAHAM : THE PRESENT

Paul Graham

Un très beau catalogue d’exposition «The Present» à la bibliothèque Michelet

Paul Graham, né en 1956,  objet d’une exposition au bal à Paris jusqu’au 9 décembre, donne à voir, à travers cette série de photographies prises en 2011 à New York le quotidien délibérément banal de ses concitoyens. Ces scènes de rues sont littéralement dépourvues d’événements. Rien ne se passe sinon ces gestes ordinaires du quotidien et cette déambulation de gens à travers la ville. Ils forment en surbrillance, comme une constellation, à travers le ciel vide et épuré de l’instant.

Scènes de rues

On imagine Paul Graham jubilant à capter ces moments anodins de la vie quotidienne. Car à travers ces circonstances les plus ordinaires, cette femme buvant un soda, cette autre promenant son chien, cet homme faisant ses courses il s’agit de jouer avec le spectateur. Avec lui s’invite un peu la mise en abîme de notre propre histoire. Dans ces scènes de rues captées en diptyques ou triptyques à quelques secondes d’intervalles il joue avec le flou, le net et le plan afin de permettre à chacun de suivre le héros qu’il se sera choisi suivant son humeur, son goût, son état d’esprit du moment. Ainsi de ce triptyque, où l’homme au premier plan à la première image se retrouve à l’arrière-plan à la troisième image. Ou cette femme qui à l’arrière-plan derrière cet homme se retrouve à l’avant-plan quand celui ci se dirige vers le hors-champ. Paul Graham imprime à ce mouvement harmonieux et contrôlé, une cadence et un rythme, dont le spectateur recompose la danse avec son propre vécu.

L’obsession du temps

Si Graham appelle le spectateur à reconstruire le temps, à travers l’idée de mouvement que les images côte à côte suggèrent, il semble aussi vouloir questionner le temps. Le pur événement, né d’une rencontre entre un espace et un temps, paraît aboli au profit d’un temps linéaire, incapable de contenir le réel. A travers le désir de photographier le réel, il y a sans doute le désir de mettre en chemin le spectateur vers le rêve, cette espace interstellaire fait de vide et de forces, où le réel loin de s’engouffrer laisse place aux fantasmes les plus débridés.

La couleur au service de la vie

Dans les photos de la série «The present» une couleur chaque fois  un peu vive coupe la scène baignée par la lumière du soleil. Tel ce taxi jaune vif, cette robe d’un orange criard, cette chevelure d’un auburn ardent. Chez lui cette façon de faire n’est pas neuve. Lors de sa série de photos «Beyond Caring» réalisée en 1984  dans les services sociaux de l’Angleterre de Tchatcher, il l’est un des premiers photographes à utiliser la couleur pour ses reportages. Peut-être y a t-il le souhait de montrer les choses telles qu’elles sont, de lutter contre la morosité ambiante et de favoriser la vie, après le traumatisme des attentats du 11 septembre.

Paul Graham reporter

Paul Graham est un photographe documentaire. Il ambitionne de montrer la vie de ces gens mais aussi de dénoncer les travers de la société américaine. Ainsi de ce diptyque où se superposent les images d’un homme à la stature droite, altière portant un attaché case  et celle d’un autre en défroque, aux épaules tombantes, à l’allure lasse traversant la même rue à quelques secondes d’intervalle. On peut y voir le dessin d’amener le spectateur à réfléchir sur les ravages d’une société à plusieurs vitesses, minée par la compétitivité et la fracture sociale, et du toujours plus. Et là  une nouvelle fois de revenir à l’obsession du temps, plus visible, car directement éprouvée.

« The Present » est un très beau catalogue. Paul Graham s’est toujours refusé à capturer l’instant, le moment «idéal». C’est un photographe, de la multitude, de la quotidienneté, de la succession, bref de la vie.

Cet ouvrage est en cours d’acquisition à la bibliothèque Michelet, vous le retrouverez très prochainement sur les rayonnages.

Photo :
Sarah Harlin. Domaine public. Source : Wikimedia commons.

Qui étaient les Gaulois ?

Qui étaient les Gaulois ? sous la direction de François Malrain et Matthieu Poux

Un très beau catalogue que vient d’acquérir la bibliothèque Michelet sur une exposition qui se tient actuellement à la cité des sciences et de l’industrie jusqu’au 2 septembre 2012 : Gaulois, une expo renversante.peuples gaulois

Le catalogue d’exposition nous invite à partir à la découverte de ce gaulois « peau neuve ». En effet grâce à l’archéologie et à la multiplication des fouilles depuis les années 70, le gaulois sauvage et hirsute, tel que la seule histoire nous l’a enseigné a subi un formidable lifting. N’en déplaise à Astérix, il a pris un sacré coup dans l’aile, qui le rend plus intéressant que jamais. Si on doit le mettre à nu face à un miroir, voilà ce qu’un observateur voit de lui :

Avant…

Le gaulois est un barbare. C’est l’image dressée par les peuples méditerranéens qui les ont combattus. A cet égard une des principales sources de l’histoire officielle demeure «  la guerre des Gaules » de Jules César. Barbare…oui, qui en dit long sur leur rapport à eux. Le barbare c’est l’étranger, le non civilisé. D’ailleurs le terme à lui seul est chargé de sens, enfin si on peut dire. Il est une onomatopée censée reproduire les borborygmes prenant la place d’un langage formé naturellement de mots. Le gaulois sait à peine parler, alors on imagine sans difficulté qu’il n’écrit pas. D’ailleurs il n’y a pas de source écrite, oui le gaulois, appartient définitivement à la protohistoire. Le gaulois est haut de taille, blond et se promène vêtu de peau de bête. Il vit dans les forêts évidemment noires et profondes. Il a un goût immodéré pour la chasse, ce qui le pousse, plus par vice, que par nécessité à courir toute la journée après ces malheureux sangliers. Privé des lumières, du jour, de l’esprit et de la civilisation, il est économiquement peu développé. Il vit en autarcie, ne pratique pas l’échange, et est comme une épine dans les caligae des romains. Son habitat, à l’image du reste est rustre et fort simple : une hutte en terre et en paille arrondie. Il y mange  le sanglier à l’arrache après un dernier tour de broche. Et tout ceci explique cela : il est bagarreur, indiscipliné et franchement mauvais à la guerre : Rome ne l’a-t-il pas conquis ?


Après…

Le gaulois n’est plus tout à fait le même. Ces vêtements dont on le pare, ont été pas mal confectionnés par les romains et autres peuples méditerranéens. Et ces sacrés romains fiers de leur victoire ont sans doute eu la main un peu lourde ! D’abord il est faux de voir un gaulois inculte. Le gaulois écrit. Certes quelques mots par ci par là mais assez pour avoir recours à un système d’écriture. On a retrouvé des tessons avec des inscriptions de comptes de marchandises et des petits textes commémoratifs sur certains édifices. Ensuite il est faux de voir un gaulois replié sur lui-même. N’en déplaise à leurs détracteurs il est ouvert sur le monde. Il connait l’usage de la monnaie. Il achète, vend, troque et construit des ateliers hautement spécialisés dans les oppida. Ses goûts culinaires sont variés. Et le sanglier, non franchement, ce n’est pas vraiment son truc. Il préfère de loin le porc, le bœuf, le mouton et un peu le chien et le cheval. Il pratique la culture des céréales à grande échelle sur tout le territoire. Autant dire que les forêts sombres et denses c’est très peu pour lui. Sa maison non plus ne rechigne pas à une certaine sophistication. Les murs de terre sont faits d’enduits peints colorés, les bâtiments couverts de tuiles en terre cuite. Enfin il est faux de voir un gaulois n’entendant pas grand-chose à l’art de la guerre. Pour preuve très longtemps il a été utilisé comme mercenaire. Il est même très fort dans la métallurgie, et ses armes sont hautement qualifiées. Non alors vraiment qui ose encore dire que le gaulois c’était mieux avant ?

gaulois

Le gaulois et ses avatars

La France à partir de la révolution redécouvre le gaulois. Il sort du grenier poussiéreux où on l’a remisé et fait une entrée fracassante dans le panthéon collectif. Le peuple français désormais souverain y voit un père et le garant de ses origines. Les gouvernements par la suite  le mitonnent, chacun à leur sauce. Napoléon III redore encore son blason. Il loue son courage, valeur précieuse pour lutter contre les envahisseurs …. De cet idéal recherché Astérix en est le plus bel avatar. Le régime de Vichy brandit son portrait. Il veut montrer qu’une défaite accepté peut être bénéfique. A partir de la seconde guerre mondiale il est de nouveau relégué bien loin de la cour des grands et perd à nouveau de son emprise. Mais l’archéologie et les progrès fulgurants de sa connaissance ces dernières années nous prouve qu’il est plus que jamais d’actualité.

Ce catalogue d’exposition est disponible à la bibliothèque Michelet à la cote : 930.409 364 GAU

Illustrations :
– carte : Catherine Zérini
– « Gaulois revenant de la chasse », Evariste Vital Luminais. Domaine public. Source : Wikimedia commons.

Enfer et Paradis

Entre paradis et enfer : Mourir au Moyen Age, 600-1600. Sous la direction de Sophie Balace et Alexandra de Poorter. Bruxelles : Musées royaux d’art et d’histoire, 2010.
Un catalogue d’exposition sur la mort au Moyen Age dans les fonds de Michelet.

Très Belles Heures Notre-Dame - Scène de Martyrs - Louvre RF2023r

Prière aux Saints Martyrs : Scène de martyrs, extraite du livre de prière de Turin des Très Belles Heures de Notre-Dame du duc Jean de Berry / Maître du Groupe de Saint-Jean-Baptiste. Photo RMN, domaine public, via Wikimedia Commons.

Au Moyen Age la mort occupe une place centrale. Elle est partout et peut survenir à chaque instant. Il y a bien sûr les maladies de l’enfance, les disettes, mais aussi les périodes de guerre et les grandes épidémies. Si bien que l’homme médiéval est obsédé par son salut. Depuis sa naissance l’Église lui enseigne qu’il y a des gentils et des méchants. Et c’est plus par peur de l’enfer, enfer cent fois représenté par les peintres et les poètes, que véritable désir  de plaire au curé qui le pousse à vouloir se ranger parmi les premiers. Localisé dans les entrailles de la terre sous forme d’un gouffre, le supplicié prisonnier des flammes voit son âme broyée par une roue édentée. Cette vision brandie par l’Église est à l’homme médiéval parfaitement épouvantable. Pour gagner le paradis, ou tout est calme et volupté, il a une série de petites astuces. Et l’Ars moriendi  « l’art de bien mourir » en est la forme la plus aboutie. Après les livres d’heures qui l’aident à prier, ce manuel du XIVe siècle conçu sur un essai de Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris, fait le pari ultime d’aider le mourant en le préparant lui et son entourage à la mort. Avec pour seul remède l’unique consigne : mener une vie sage et vertueuse.

Les dernières tractations

Pour aller au paradis, mieux vaut ne pas se montrer trop cupide, ou au moins faire semblant de ne pas trop s’attacher aux biens de ce monde. Pour montrer sa bonne volonté on fait des dons. A l’église surtout. Des coussins, des calices, des chaussures, des retables. Et bien sûr ces dons, il va de soi ne sont pas tout à fait gratuits. Outre leur fonction honorable, ils ont pour but que moines et hommes d’Église prient pour leur âme et s’attirent ainsi les bonnes grâces de Dieu. Le nec plus ultra est la concession d’obits. Sorte de pack tout en un qui comprend : office de prière pour le mourant, messe de requiem, puis visite de la tombe. De même les dernières paroles du moribond, loin de s’attacher à quelque marque d’affection à la famille par un dernier je t’aime implorant, n’ont plus que pour ultime obsession l’appel convulsif à la Vierge et au Saint Michel peseur d’âmes. Croyance encore que peut-être le défunt dans une ultime chance se verra accorder la dernière miséricorde. Quoi qu’il en soit son dernier ordre se résumera à cette action : prier pour lui. Et sa famille s’exécutera sans la moindre résistance.

Châsse de Saint Potentin. Musée du Louvre. Photo : Catherine Zérini.

La mise en terre

Le commun des mortels est enterré dans le cimetière paroissial. Le défunt est inhumé sur le dos et paré d’un linceul. D’abord en pleine terre, puis à la fin du Moyen Age dans un  cercueil. A partir du XIIIe siècle, les nobles obtiennent le privilège de se faire inhumer au cœur de l’église, dans la nef ou l’abside, tout près des reliques afin d’accroitre les chances de salut. Les plus pauvres ont évidemment un sort moins glorieux : ils sont tout simplement enterrés dans la fosse commune. Une place à part est faite aux enfants. Comme si il leur fallait compenser le bonheur volé qu’ils n’auront pas la chance de connaître sur terre, l’Église leur réserve la meilleure part. Sur le parvis, le long du mur des églises,  dans le chœur, là s’établit leur dernière demeure. Et en dernier lieu il y a encore des exceptions : le cimetière opère encore une dernière discrimination voulant reléguer bien loin les mauvais morts qui auraient souillés sa terre : les criminels non repentis, les chevaliers morts au combat et les juifs.

Crossbones (PSF)

Pearson Scott Foresman. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le cimetière

Tout comme la mort est au cœur de la vie, le cimetière est au cœur de la ville. Si le mort est toujours aimé il peut parfois être redouté. Et circule à voix basse ces histoires où on aurait vu le mort sortir attaquer le passant. On prend alors très vite l’habitude, de planter près des tombes des accoudoirs de bois pour prier, en s’asseyant au passage sur les dalles funéraires. Et à vrai dire on se bouscule un peu. Car au Moyen Age le cimetière est un lieu de grande fréquentation. On a toutes les chances de traverser le cimetière au moins une fois par jour. Et y faire ses petites affaires. Car ils sont nombreux à faire commerce de pains, de poissons, viandes, là étalés sur les tombes. Les artisans eux-mêmes n’hésitent pas à installer leur atelier. Le curé y fait école et dans certains coins à l’abri des herbes hautes, des parties de boules ont lieu avec la plus grande ferveur. Certains vont même jusqu’à y bâtir leur résidence, sans doute très pratique pour le futur. Mais le cimetière est aussi le lieu de pratiques inavouables : les prostituées aguichent les passants, les criminels, sûrs d’y trouver un lieu d’asile s’y réfugient. Et quand, lassés de tourner en rond, ils quittent l’enceinte, sont par malheur attrapés par les gardes, eh bien ils peuvent être emprisonnés sur place dans une cellule de pierre accolé à l’église. Bref le cimetière sert à tout !

Vous pouvez trouver cet ouvrage à la cote : Cat M 2010-9

« A bord des paquebots, 50 ans d’arts décoratifs » de Frédéric Ollivier, Franck Sénant, Ameyric Perroy

A bord des paquebots, 50 ans d’arts décoratifs, de Frédéric Ollivier, Franck Sénant, Aymeric Perroy : un ouvrage passionnant entré récemment dans les collections de la bibliothèque Michelet. Il y est question de paquebots, d’arts décoratifs et du célèbre France mis en service en 1912 puis reconstruit en 1960. Afin de vous replonger dans l’histoire des paquebots de légende, voici une petite revue du France de 1960…

11 mai 1960 : Le France est lancé !

Le 11 mai 1960 Mme de Gaulle coupe le fameux ruban. Le France est lancé ! Pendant près de quatorze ans, il n’aura de cesse de parcourir les mers.  Sa ligne régulière le Havre-New-York est un franc succès. Au plus fort de son triomphe il accueille jusqu’à deux mille passagers. Très vite la compagnie générale transatlantique décide de lui donner cette french attitude en organisant des croisières. En 1972, le France, pour la première fois parcourt le monde en moins de quatre-vingt-huit jours, pas loin du record de Phileas Fogg…

Parcours guidé…

Le France ne compte pas moins de vingt-deux ponts. Le pont le plus élevé est le pont d’observation. Il supporte les fameuses cheminées si emblématiques de la physionomie du France. En descendant on accède à la passerelle du commandant et de ses adjoints. Leurs appartements particuliers y sont installés. En dessous le « pont de salut » réunit les canots de sauvetage au cas où… Le pont principal est le pont d’embarcation. Il supporte les trois halls d’embarquement et les bureaux administratifs. Le pont C abrite les cabines du personnel.  Les cabines des passagers et les installations diverses occupent le reste de la hauteur du paquebot. Cependant l’esprit de classe, il faut bien le dire, guide la répartition de l’espace. La première et la seconde classe (dite classe Touriste) disposent de ponts qui leur sont dédiés. Chacune a son propre salon, sa propre salle à manger, son fumoir, sa promenade couverte…

Être à bord du France c’est profiter de…

Être à bord du France c’est l’assurance d’être en vacances 24 heures sur 24 et d’avoir pour unique occupation se divertir, se divertir et encore se divertir. La cuisine y est excellente. Le saumon de Gaves braisé Castel de Nérac avec ses truffes est une des nombreuses spécialités. On prend l’habitude de profiter du spectacle de la mer sur ces fameux fauteuils pliants « Transat » dont le terme nous vient tout droit de la compagnie transatlantique. Et la vie à bord est pourtant loin d’être de tout repos. D’abord on s’amuse un peu. On joue sur les ponts au suffle-board (marelle), au ball-trap (jeu de tir), au squash, au bowling, au golf. Ensuite on fait du sport. Du footing, de la natation, du tennis, du basket, de la boxe, de l’escrime et même du vélo sur le pont promenade où des tournois sont organisés. Pour finir, surtout on fait la fête ! Jusqu’au petit matin dans les salons où des artistes se produisent, sur les pistes de danse au son des yéyés, dans les bars où l’on refait le monde. Accessoirement on boit un peu, beaucoup, en l’honneur du commandant et de ce formidable voyage… pendant qu’on a laissé les bébés à la nursery ou les animaux au chenil…

Et d’autres choses encore…

Il y a ces réjouissances et il y a les autres… Car le France n’est hélas pas totalement le paradis sur terre, loin s’en faut ! Il s’y passe les choses ordinaires que l’on redoute chaque fois toujours un peu. Il y a là d’abord ces hors la loi qui auraient peut-être franchi un peu trop vite la passerelle. Les voyageurs clandestins et autres scélérats  qui échappent un temps au contrôle de l’embarcation terminent très vite leur agréable voyage entre les murs de béton de la vénérable prison. Il est rapporté que le voleur de bijoux de Mme Eric B s’y est vu assigné à résidence. De même que l’agresseur de MME Dorothy B ruée de coups dans sa cabine. Il y a ensuite ces moribonds trop pressés d’embarquer, qui n’auraient rien vu venir. Un hôpital abrite des malades parfois à l’article de la mort, et près des réserves alimentaires, un réfrigérateur fait même office de morgue ! En attendant on dispose toujours de la chapelle pour prier…

Mais Le France c’est surtout et encore…

Luxe, luxe, et beauté.  A bord du France la devise semble avoir été tout (ou presque) pourvu que ce soit agréable à l’œil ! Avec une condition ; le choix des matériaux. La bête noire de la compagnie étant l’incendie, on a coutume de dire que tout est en aluminium sauf la baguette du chef d’orchestre et le billot du boucher. Le mobilier en partie signé René Prou et la chapelle recouverts entièrement de ce métal témoignent de ce souci. Pour les plus riches c’est le comble du raffinement. Avec les suites de Provence et de Gascogne, les appartements Ile-de-France et Normandie. Ces logements et les cabines de luxe sont ornés de précieuses tapisseries et toiles de maitre. Dans le salon privé on peut admirer « les jardins de Montmartre » d’Utrillo, dans le fumoir se relaxer devant une tapisserie monumentale de Picart le Doux. La salle de jeux des enfants est recouverte sur une grande partie de sa surface d’une peinture de Jean Adrien Mercier représentant l’arche de Noé. Les plus grands de la déco y ont laissé leur marque. Jean Leleu pour la bibliothèque, le salon de lecture, le salon de bridge. Raymond Subes pour la chapelle. André Arbus pour le fumoir, Georges Peynet pour la salle de spectacles …

Pour prolonger ce merveilleux voyage vous pouvez trouver A bord des paquebots, 50 ans d’art décoratif, de Frédéric Ollivier, Franck Sénant, Aymeric Perroy à la bibliothèque Michelet, cote 4F 647.

La bibliothérapie c’est quoi au juste ?

Lire est indispensable pour vos études. Mais savez vous que cette activité qui peut-être ô combien utile et agréable a des vertus insoupçonnées. Avez-vous déjà entendu parler de bibliothérapie ? Un nouveau concept à la mode ? Une méthode révolutionnaire venue d’Angleterre ? Une énième thérapie à l’ordre du jour ? Et si, la bibliothérapie avant d’être cette nouvelle façon de guérir névroses et pathologies nerveuses, n’était pas simplement avant tout une philosophie de vie ?

Comment cela est-il arrivé ?

De nos jours en Angleterre plus de la moitié des bibliothécaires, et oui, pratique la « prescription de lecture ». L’entretien avec le lecteur, qu’on n’osera encore qualifier de patient dure généralement 40 minutes. Après avoir rempli un questionnaire sur sa personnalité et ses goûts, il repart avec une ordonnance de huit livres à lire. Bon d’accord en France le concept n’existe pas encore. Ce qui est un peu dommage quand on pense que cette médication inédite est loin d’être neuve. Elle est pratiquée depuis plus de 200 ans au Pennsylvania Hospital aux Etats Unis.

Mais en quoi cela consiste t-il ?

C’est très simple. Alors qu’habituellement lorsque  vous lisez un livre l’objectif est d’en avoir une compréhension intellectuelle, pour le bibliothérapeute, il s’agit d’en éprouver une compréhension émotionnelle par une réaction émotive appropriée. La bibliothérapie loin de s’adresser uniquement aux malades peut-être un véritable passeport pour les biens portants afin de partir à la conquête de soi, des autres et du monde. C’est avant tout une philosophie qui peut être une véritable alliée dans la poursuite de vos études. Vous allez découvrir comment.

Propos sur la lecture

La lecture peut donner lieu à un véritable électrochoc. Par l’impulsion de l’auteur, l’esprit un peu paresseux reçoit un choc électrique et sort de sa torpeur. C’est ce qu’avait entrevu Proust. Il le mentionne dans une préface intitulé « sur la lecture » écrite en 1905. La lecture lui procure un vif réveil. Un esprit somnolent peut ainsi être ramené à la vie .Emerson ne se mettait jamais à travailler avant d’avoir lu une page de Platon et Dante de Vigile.

Philosophie

C’est le philosophe contemporain  Marc Alain Ouaknin qui a posé les bases philosophiques de la bibliothérapie. Comme Proust il insiste sur cette donnée fondamentale : la lecture ouvre au jeu en libérant les blocages de l’esprit. Cette perméabilité à la parole de l’autre permet une véritable catharsis au sens qu’Aristote donne à ce concept. Elle permet de résoudre certains conflits en libérant l’agressivité. De plus parce qu’un texte dépasse toujours l’intention de son auteur, le lecteur joue un rôle de véritable créateur. Il interprète et construit du sens. Et en produisant du sens se transforme lui-même. Par cette ouverture au monde  il se protège contre la maladie.

Dans les fonds du SCD aussi on pense bibliothérapie

Vous découvrirez aussi dans les fonds du SCD de Paris Sorbonne des ouvrages fort utiles qui vous éclaireront sur cette nouvelle façon de lire. Dans l’art de lire ou comment résister à l’adversité Michèle Petit montre comment en préservant un espace de rêve et de liberté la littérature peut contribuer au bien être. Notamment dans les pays où sévissent crises économiques, guerres et catastrophes naturelles. Dans façon  de lire, manières d’être Marielle Macé nous expose sa vision de la littérature. Véritable libération, la fiction rejoint le réel en nous permettant d’expérimenter les possibles et de vivre des existences variées .

Oui d’accord mais que puis-je en attendre ?

Eh bien lorsque vous pratiquerez cette activité vous penserez alors à cette nouvelle façon de voir les choses. La bibliothérapie pourrait in fine s’apparenter à cette façon qu’a le lecteur de libérer ses propres fantasmes et émotions en les reconstruisant sous les mots de l’autre. La lecture peut vous aidez alors à réussir à plus d’un titre en plus de vous apporter les informations nécessaires dont vous avez besoin.

Vous trouverez ces ouvrages cités plus hauts :

L’art de Lire ou comment résister à l’adversité de Michèle Petit à la bibliothèque Malesherbes : cote : 028 PET

Façons de lire, manières d’être de Marielle Macé à la bibliothèque philosophie cote Mac 1

Architecture et urbanisme des bords de mer

Voici un ouvrage acquis tout récemment à la bibliothèque Michelet : Architecture et urbanisme. Villégiature des bords de mer. XVIIIe- XXème siècle, sous la direction de Bernard Toulier. Editions du patrimoine.

N’hésitez pas à vous plonger dans ce formidable ouvrage relatant  la naissance des stations balnéaires en France et leur formidable développement.

Et celle-ci est d’une importance capitale tant elle imprègne de son urbanisme et de son architecture nos 5533 kilomètres de cotes.

Voici pour vous mettre l’eau à la bouche un petit aperçu sur cette formidable invention dont l’auteur nous fait goûter la saveur dans une partie de l’ouvrage consacrée uniquement à l’histoire du phénomène. Invention qui a permis au fil du temps à des vacanciers toujours plus nombreux de profiter du soleil et des plaisirs de la mer.

Nous apprenons que la mer, autrefois considérée comme un véritable antre diabolique, connait au XVIIIème siècle un autre destin grâce à l’essor de l’océanographie. Elle se voit débarrassée de son côté maléfique. Les vertus de l’eau salée sont découvertes  et avec elle un nouveau type de bains, dit bain à la lame. Au vu de ces informations, on imagine alors combien il faut  avoir une profonde foi dans la science pour venir plonger dans cette eau froide jusqu’à la suffocation.

Et c’est toute une philosophie qui naît avec elle : on promet de faire de l’homme qui s’y adonne un être pur grâce à la régénération du cerveau et du système nerveux. Cette pratique innovante attire les aristocrates et les riches bourgeois. La station balnéaire est née. Elle est le plus souvent construite ex nihilo, espèce d’enclave en marge des populations locales. Ces riches stations s’avèrent des plus confortables et sont recherchées très vite pour leurs plaisirs et leurs établissements de soins utilisant l’eau de mer, plus que pour les bains de mer froids stricto sensu, jugés somme toute finalement assez désagréables. Au programme : bains de mer dans des cabines roulantes, promenades sur les jetées nouvellement aménagées, bals et jeux dans les casinos, golf, tennis sur gazon.

Au fil des pages, l’auteur nous dévoile que c’est au milieu du XIXème siècle, avec le développement du réseau ferré que la bourgeoisie prend modèle sur ses bienheureux prédécesseurs. Les plus modestes d’entre eux se mettent à rechercher les « petits trous pas chers ».  Et c’est avec un naturel non feint que l’auteur nous dit encore que les divertissements se multiplient : jeux de glisse, régates, courses hippiques. Des jardins d’acclimatation, aquariums, musées océanographiques, port de plaisance pour yachts voient le jour. Bref de nouveau le rêve à portée de main. Et les enfants constituent aussi une nouvelle clientèle privilégiée avec la fondation des colonies de vacances et hôpitaux marins pour les petits chétifs et anémiques.

Enfin, l’historien nous en dit un peu plus sur cette dernière vague de touristes après la première guerre mondiale. En effet les classes populaires font leur grande rentrée sur le front de mer. Les congés payés en 1936 et l’octroi de la troisième semaine de congés payés en 1956 sonnent l’avènement du tourisme de masse. On est plus gourmand. Les résidences hors saison se développent et les équipements sont utilisés toute l’année.

Les vertus de la mer, du soleil, du sport, du farniente, si elles étaient déjà reconnues, sont désormais la chose la mieux partagée. L’inauguration de l’autoroute du soleil devient le symbole de ces voitures prises dans les embouteillages dont les souvenirs heureux ou malheureux perdurent alors  toute l’année et jusqu’à aujourd’hui encore.

Vous pouvez consulter cette ouvrage à la cote 720 TOU en libre accès.

Photos : cartes postales anciennes. Catherine Zerini.

La naissance du livre en bibliothèque

Quel parcours mène le livre de son acquisition à sa mise en circulation ? Comment le choix s’opère t-il ? Quelles étapes franchit-il avant de se retrouver sur les étagères ? Et au final quelle vie lui aura-t-on prédestiné ? Si vous voulez en savoir un peu plus, suivez le guide !

Pourquoi celui-ci et pas un autre ?

Le livre d’abord s’achète, mais pas n’importe comment. Et vous serez peut-être un peu surpris, mais oui lecteurs, on tient compte de votre avis ! Il suffit pour cela de signaler sur les cahiers de suggestions le ou les livres que vous voudriez voir sur les rayons de votre bibliothèque. Bien sûr, à chaque fois vos doux vœux pieux ne deviendront pas systématiquement réalité car vos souhaits sont minutieusement épluchés par les bibliothécaires qui ont l’obligation de respecter certains critères. Inutile de dire que le choix est affaire de budget et de respect de la politique documentaire mise en place par les bibliothèques.

Ces aspirations considérées et traitées, le bibliothécaire sélectionne les nouveautés dans la production récente afin d’enrichir les collections grâce à un système de veille. Il s’appuie sur la politique documentaire qui détermine le niveau des livres à acheter, le nombre d’exemplaires à acquérir pour les manuels mais aussi les éditeurs dont les catalogues doivent être dépouillés systématiquement. Et il s’aidera bien sûr des demandes des enseignants, notamment de leurs bibliographies. Avant tout spécialiste des acquisitions, pour choisir le bon livre le bibliothécaire a un arsenal d’outils bien huilés : il se reporte à la qualité de l’éditeur et de la collection, et pour le contenu il épluche savamment les critiques, les avis du libraire et beaucoup de sites spécialisés. Il vérifie également si une autre bibliothèque spécialisée a acquis cet ouvrage. Enfin, il fait son choix en fonction du niveau de spécialisation de l’ouvrage suivant que la bibliothèque s’adresse à des étudiants de premier, deuxième ou troisième cycle.

A côté des achats, le bibliothécaire a aussi le bonheur d’enrichir le fonds grâce aux legs et aux dons (institutions, particuliers). Mais attention, ici aussi, ils doivent répondre à la politique documentaire.

De plus si accroître les collections est bien le but premier des acquéreurs, ils ne doivent pas omettre de consacrer une partie des sommes allouées, dépense incompressible, à remplacer les ouvrages détériorés et perdus d’où la nécessité peut-être de la part du lecteur d’y apporter le meilleur soin possible !

Le temps des grandes manœuvres

Avant sa mise en circulation, le livre passe par une série d’étapes qui le rend prêt à intégrer définitivement sa bibliothèque d’appartenance. Une fois sorti du carton par des mains habiles et minutieuses,  le livre est catalogué. Cela signifie qu’il rentre dans le catalogue. On lui rattache une notice, sorte de carte qui valide son identité (titre, auteur, éditeur, collection…).

Ensuite le livre est doté d’une adresse, c’est la cotation. Elle lui permet d’être rangé à la bonne place sur les étagères. Un code barre est apposé afin de rendre chaque exemplaire unique. Il est désormais ainsi possible grâce à la recherche dans le catalogue de le retrouver, de l’identifier et de connaitre son statut : disponible, en prêt, à la reliure.

Enfin prêt ?

Il reste une dernière étape. Cruciale. Qui prédestinera en quelque sorte sa longévité. Pour parer en effet à la dégradation et à la moindre tentative de vol il est plastifié, renforcé grâce à la mise en place de charnières et muni d’un antivol. Enfin, pour être reconnu possession de la bibliothèque, on procède à l’estampillage, un coup de tampon qui identifie clairement son propriétaire.

Et voilà l’objet de votre convoitise est là, sous vos yeux, prêt à être consommé sans modération !

Des chiffres sur le dos d’un livre, oui mais pour quoi faire ?

Certes, en bon lecteur, vous savez déjà que les chiffres présents sur le dos d’un livre désignent une cote. Mais sans doute désireriez-vous en savoir un peu plus sur ces codes quelque peu énigmatiques. Car malgré certaines apparences, ceux-ci sont loin d’être arbitraires. Découvrez alors dans les lignes qui suivent le ressort caché de ces merveilleuses formules.

Libre accès et magasin

Ces combinaisons de chiffres obéissent à une logique bien spécifique dans un système de classement conçu pour aider le lecteur et les bibliothécaires  à se repérer facilement dans les domaines de la connaissance. A la bibliothèque Michelet et pour la plupart des bibliothèques du SCD la classification en libre accès est systématique et suit celle élaborée en 1876 par un bibliothécaire devenu alors célèbre, Melvil Dewey.

Ce système aujourd’hui baptisé classification décimale Dewey (CDD) est le plus utilisé dans le monde et la quasi-totalité des bibliothèques universitaires françaises l’ont adopté. Il se traduit par un régime de notation et obéit à une norme élaborée à partir d’indices. Les indices se réfèrent et se construisent par le traitement intellectuel du document. Cette notation vise alors à décrire avec une précision plus ou moins grande selon le souhait du bibliothécaire le contenu du livre.

A l’inverse, les livres rangés en magasin suivent une toute autre logique. Elle n’a rien d’universelle ; c’est ce qu’on appelle une cote « maison ».

Mais alors la Dewey dans tout ça, c’est quoi au juste ?

La Dewey est à la fois une cote et un indice. Elle sert autant à l’indexation qu’à ranger les livres sur les étagères. Les connaissances y sont réparties en dix grandes classes :


000 : Informatique.
100 : philosophie, parapsychologie, occultisme, psychologie.
200
: religion.
300 : sciences sociales.
400
: langues.
500 : sciences de la nature et mathématiques.
600 : technologies.
700 : arts et beaux arts décoratifs.
800
: littérature.
900 : histoire géographie.

Les 10 classes se divisent ensuite en 10 divisions qui se divisent en 10 sections.

Ainsi, par exemple la sculpture au Bénin : 730.966 83

L’indice 730 représente la notation pour la sculpture, 9 la subdivision commune introduisant une ère géographique, l’indice 966 précisant qu’il s’agit de l’Afrique occidentale et 83 du Bénin.

Et avant comment faisait-on ?

Dans la Rome Antique, les livres des bibliothèques étaient simplement classés par sujet. On rangeait ensemble les livres écrits en latin, puis ceux en grec.

Au Moyen Age, principalement dans les bibliothèques ecclésiastiques, les livres étaient encore une fois classés en fonction de leur sujet, mais aussi en fonction de leurs dimensions ou leur ordre d’entrée. Actuellement, le rangement en magasin reprend à certains égards ce système de classification médiéval. Les livres profanes étaient divisés dans le catalogue entre le Trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) et le Quadrium (géométrie, arithmétique, astronomie, musique). Y était ajouté un indice de localisation qui indiquait un numéro de pupitre, de rayon et d’entrée.

Puis Gabriel Naudé, bibliothécaire de Mazarin,  fut l’un des précurseurs de la Dewey. Dans son livre écrit en 1627, L’advis pour dresser une bibliothèque, il préconise de classer les livres par thématiques entre la théologie, les mathématiques, la médecine, la jurisprudence, les humanités, la philosophie, l’histoire.

Finalement, la Dewey constitue une petite révolution  pour les bibliothèques en libre accès. Par une simple combinaison de chiffres il est possible de connaître avec précision le contenu d’un livre. Cette traduction d’un langage sémantique en une formule mathématique peut paraître hermétique néophyte mais s’avère être la source d’une richesse inépuisable pour offrir un classement précis.

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Vous avez dit « In Quarto » ?

Savez-vous ce que signifie In Quarto, le nom de baptême du blog de vos bibliothèques ?

Eh bien celui-ci n’est évidemment pas étranger au monde du livre et prend sa source dans le nom donné au pliage en quatre des feuilles de parchemin qui constituaient les premiers livres tels que nous les connaissons aujourd’hui. Actuellement cette appellation subsiste. Il suffit de vous rappeler ces chiffres que vous mentionnez parfois en début de cote pour demander un livre en magasin. Le quatre correspond alors au format de l’in-quarto. L’in-quarto est un volume qui mesure entre 25 et 30 centimètres de hauteur.

Les premiers in-quarto au Moyen Age

Les premiers in-quarto apparaissent au cours du Moyen Age et constituent un tournant dans l’histoire du livre. Le codex est à cette époque en usage et a remplacé dès le deuxième siècle avant Jésus Christ les rouleaux de papyrus et parchemin jugés trop volumineux et encombrants.

Il est constitué d’un assemblage de cahiers cousus ensemble et préfigure avec son écriture recto verso le livre d’aujourd’hui. La nouveauté est que ces cahiers de parchemin sont faits de feuilles pliées, ce qui leur donne un format spécifique, variable toutefois selon la taille de la feuille.

L’in-quarto correspond alors à une feuille qui a été pliée deux fois soit huit pages, l’in-folio à une feuille pliée une fois soit quatre pages,  l’in-octavo à une feuille pliée trois fois soit 16 pages. Dans ces cahiers au format défini, le texte connait une nouvelle organisation.

Les mots sont désormais espacés.  Bien que la page de titre n’existe pas encore et soit simplement précédée de l’incipit (formule contenant les premiers mots d’un livre), ailleurs les titres et les chapitres font leur apparition. De même si encore beaucoup d’ouvrages se terminent par un explicit (mention faite sur sa fabrication), de plus en plus de copistes ont pris l’habitude de regrouper dans une formule finale (colophon) quelques informations sur l’identité du livre : titre, auteur, date et lieu de la copie.

Au XIIIe siècle, on commence à numéroter les feuillets en chiffres romains et le papier remplace le parchemin au siècle suivant. Différents types d’écriture sont alors en vogue : la capitale carrée, l’onciale, la semi onciale, la minuscule caroline, la lettre gothique. La forme du codex se prêtant bien à l’illustration, on assiste avec lui à la naissance de l’enluminure.

A côté des peintures en pleine page, les enlumineurs multiplient les détails ornementaux. Au XIVe siècle la pratique de l’encadrement se développe. Il s’agit souvent d’une bordure végétale qui prolonge dans les marges l’initiale ornée et finit par entourer complètement le texte. Ces tiges peuvent porter des feuilles de vignes, des figures grotesques et fantaisistes.

Avec le codex les livres sont devenus un bien précieux. La reliure la plus courante est faite de cuir. Pour protéger le cuir on utilise de gros clous ou des cornières en cuivre ou en laiton. On les décore et certains ouvrages plus rares sont recouverts d’ivoire, d’étoffe, de pierres précieuses, de cuivre d’or ou d’argent.

L’in-quarto et l’invention de l’imprimerie

Avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au milieu du XV ème siècle le livre connait une petite révolution. Les premiers livres contemporains de cette invention prennent le nom d’incunables. Si le format le plus utilisé reste l’in-folio, l’in-quarto par son coté pratique et peu encombrant se voit plébiscité pour la publication de manuels, de romans et de livres de droits.

De même si la mise en page reprend celle du codex, le texte lui, est peu à peu divisé en paragraphes et la ponctuation se met en place. Les accents, trémas, cédilles, apostrophes apparaissent. La page de titre et les liminaires (dédicace, avertissement) deviennent systématiques. La pagination en chiffres arabes remplace la foliotation.

Des caractères à nouveau voient le jour comme le type romain antiqua, l’italique, et le Garamond. Avec la technique nouvelle de la gravure sur bois l’ornementation du livre se développe à l’aide de culs de lampe, de fleurons, de lettres stylisées.

Les in-quarto du XVIII ème siècle à aujourd’hui

Les grands formats sont de moins en moins en vigueur ce qui signifie que le in-quarto gagne un terrain considérable aux cotés des in-octavo et même des in-12. La mode est désormais aux livres de petit format, largement utilisés pour les livres de piété et de romans.

La page de faux titre se généralise et les notes de bas de page remplacent les manchettes autrefois utilisées. Au XVIII ème de nouveaux  caractères sont encore une fois crées  comme le Didot et le Bodoni. L’illustration même si elle concerne un nombre limité de livres prend un nouveau  virage.

La gravure sur cuivre et l’estampe remplacent  la gravure sur bois et devient un art à part entière. Puis à la fin du XVIIIe siècle, c’est la lithographie qui prend sa place avant d’être une nouvelle fois supplantée par la gravure sur bois en bout. La reliure évolue quelque peu.  A partir du milieu du XIXe siècle, les couvertures comportent une illustration en rapport avec le contenu du livre.

Avec les progrès techniques en continu, l’école obligatoire en 1882, la production explose et le livre devient un bien courant. Grâce à l’avènement du livre de poche en Angleterre en 1935 puis en France quelques années après, l’in-octavo (20-25 cm)  et l’in-seize (15-17,5 cm) conquièrent leurs lettres de noblesse et on assiste à la multiplication des formats.

Aujourd’hui, ceux-ci sont ainsi précisément calibrés. Ils se déploient de l’in-plano  feuille non pliée à l’in-64 feuille pliée six fois (inférieure à 7,5 cm). L’in plano et l’in folio restent  très présents pour les éditions de luxe. Les in-quarto sont beaucoup utilisés pour les manuels et les dictionnaires  et sont largement représentés au SCD.

Reste à parier alors que le nom du blog In Quarto a comme une évidence quelques liens avec le fonds quelque peu encyclopédique de vos bibliothèques…

Illustrations :
Papyri d’Oxyrhynque (P. Oxy. VI 932). Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Scriptorium Monk at Work. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Photo d’un manuscrit lors d’une exposition sur Morimond à Chaumont en 1992. Par Frédéric Brice. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons.
Johannes Gutenberg (139*-1468); Kupferstich; 16th century; 19:14 cm. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
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La vie de la première bibliothèque du collège de la Sorbonne

Vous souhaiteriez connaître le fonctionnement de la toute première bibliothèque du collège de la Sorbonne ? Quelles collections  conservait-elle ? Comment le bibliothécaire gérait-il le fonds ? Et que dire des lecteurs ? Avaient-ils les mêmes droits ? Y avait-il beaucoup de différences avec nos SCD ? Pas si sûr…

Au XIIIe siècle naît l’université de Paris et le collège de la Sorbonne est fondé en 1257 près de la montagne Sainte-Geneviève. À l’origine, l’université est une association spirituelle regroupant maîtres et étudiants dans la défense d’intérêts communs. Le collège est un pensionnat destiné à loger les plus pauvres des étudiants avant de s’étendre aux autres. Au fur et à mesure de leur développement, les maîtres suivent leurs élèves et viennent y dispenser leur enseignement.

Le collège de la Sorbonne  abrite dès son édification des manuscrits, la plupart en latin. La majeure partie provient des dons de clercs, sociétaires d’alors. Durant les 15 premières années, peu nombreux, ils sont déposés dans des coffres, au trésor, salle où l’on conserve les objets de valeur. Difficile alors de parler de véritable bibliothèque.

Les dons continuent à affluer. En 1289, on organise enfin une bibliothèque digne de ce nom. Grâce à son nombre de volumes (près de 1 000), elle est déjà la plus grande de Paris et une des plus importantes d’Europe.

Comment est organisée la bibliothèque ?

La première bibliothèque est aménagée au premier étage du collège dans une pièce longue et étroite. Elle mesure 40 pas de longueur et 12 pas de largeur. Elle est éclairée par 38 fenêtres. Les subdivisions du catalogue ornent les murs et les vitraux. Cette salle est la bibliothèque commune bientôt appelée « magna libraria » (grande bibliothèque). C’est l’actuel libre accès. La « parva libraria » (petite bibliothèque) renferme les doubles, les volumes rarement consultés et ceux réservés au prêt. C’est l’actuel magasin.

Dans la bibliothèque commune, les livres sont enchaînés à des pupitres inclinés (26) disposés en rangées. Ils sont posés à plat sur le pupitre et sur un rayon placé en dessous. Une ferrure rivée à la reliure du manuscrit retient l’un des bouts de la chaîne. Une tringle commandée par une serrure à l’extrémité relie l’autre bout. Ces chaînes ont pour but de prévenir les vols.

Dans la petite bibliothèque, dans le même souci, les livres sont déposés dans des armoires et coffres fermés à clé. On y appose des marques de propriété, équivalent des tampons sur la page de garde. Au début, l’autorisation d’emprunter est  réservée aux sociétaires. Puis, à la fin du XIIIe siècle, elle s’étend à un plus large public. C’est le cas des anciens sociétaires, étudiants extérieurs, maîtres en théologie et universitaires extérieurs. Pour emporter à domicile il faut s’identifier. On  inscrit les noms et les ouvrages sur des feuilles volantes ou sur les pages de garde blanches. On découpe ces mentions une fois le retour fait. Les prêts sont gratuits. A partir de 1321, les lecteurs extérieurs devront s’acquitter d’une caution.

Quelles sont les règles ?

La bibliothèque est régie dès son origine par un règlement draconien. Il se précise en 1321. La bibliothèque est considérée comme un lieu sacré. Les lecteurs ne peuvent  ni parler,  ni  chuchoter. Ils ne doivent pas déranger quiconque en marchant.

Les ouvrages sont fragiles. Ils sont menacés de toute part. Par la poussière, l’eau, l’huile, le feu, les taches de cire et de graisse. Les lecteurs doivent alors se laver les mains et refermer le livre après chaque consultation à l’aide du fermoir. Les œuvres ne sont pas non plus à l’abri des coups de canifs et de ciseaux. Faire des signets est d’un usage courant. De même que de découper le folio pour s’en faire du brouillon. Pour chaque délit, on exige six deniers. Et dans certains cas on recourt à l’excommunication.

La bonne conservation des collections passe aussi par le contrôle strict de l’entrée de la bibliothèque. Elle est interdite aux enfants et aux illettrés. Les étrangers doivent être accompagnés par un membre du collège. Il se reconnaît à sa tenue composée  d’une robe et d’un bonnet. Il est responsable de son hôte. Il possède une clé de la bibliothèque et doit fermer la porte après chaque passage.

Les professeurs ne sont pas des lecteurs ordinaires. Ils ont quelques privilèges, dont celui de pouvoir consulter en priorité les ouvrages demandés. Et certains folio leurs sont seuls réservés. Il s’agit pour la plupart d’écrits interdits.

Comment le bibliothécaire gère-t-il son fonds ?

Un premier catalogue est mis en place à la fin du XIIIe siècle. Les manuscrits sont classés par sections et, à l’intérieur de chacune d’entre elles, les auteurs par ordre alphabétique.

La première section comprend le trivium (grammaire, rhétorique, logique). La deuxième, le quadrivium (arithmétique, astronomie, musique, alchimie, géométrie, médecine). La troisième, la partie religieuse (textes sacrés, commentaires, concordances, pères de l’Église).

Le bibliothécaire donne à chaque volume un numéro d’ordre à l’intérieur de chaque section, par exemple le numéro 8 parmi les livres de Saint Bernard.

En 1321, un nouveau catalogue est mis en place. La bibliothèque comprend, en 1338, 1 720 ouvrages dont 300 dans la « magna libraria » et  1 400 dans la « parva libraria ». Désormais deux catalogues coexistent. Le premier donne la liste des volumes avec un titre abrégé dans l’ordre où ils figurent sur les pupitres. Le titre de chaque volume est accompagné des premiers mots du texte. Une cote ABC leur est attribuée. Un deuxième catalogue est une sorte d’index du contenu des volumes répartis par matière (grammaire, logique, écritures…) car un ouvrage peut porter sur plusieurs sujets. Ici les mots du second ou de l’avant-dernier feuillet remplacent les premiers mots du texte.

Ces catalogues sont constitués pour la commodité des bibliothécaires eux-mêmes, afin d’assurer la bonne gestion du fonds. Les étudiants et les maîtres n’y ont pas accès.

Au fil des ans, le fonds ne cesse de s’accroître. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la première presse s’installe  à la Sorbonne et le nombre d’imprimés dépasse celui des manuscrits. En 1770, une partie des collections du collège rejoint la toute nouvelle bibliothèque de la Sorbonne sous le nom de Bibliothèque de l’Université de Paris.

Photos :
– vue du collège de Sorbonne en 1550. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Rector of the University of Paris and Doctor of the Sorbonne. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Miniature Prayer Book In Latin, illuminated manuscript on parchment. Domaine public. Source : Wikimedia commons.