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Coup de chapeau à Denis Rouger

Professeur agrégé de Paris IV, Chef de Chœur de Paris-Sorbonne durant vingt ans, il est nommé Professeur de direction de chœurs à la Musikhochschule de Stuttgart. Nous l’avons interviewé avant son départ.


- Dans quel bain musical vivait la famille Rouger ?

« On fait de la musique dans ma famille depuis très longtemps. Mon grand père était chef de chant à l’Opéra Comique. Mes parents sont organistes et nous sommes quatre frères et sœurs musiciens professionnels ! La musique était une évidence ! »

- Qu’est-ce qui t’a décidé à devenir chef de chœur ? Qui t’a enseigné le travail de la gestuelle, l’art de la direction ?

« J’aurais voulu au départ être trompettiste, puis les études m’ont entrainé vers les cours de direction de chœur et d’orchestre. Et vers 25 ans, j’ai voulu devenir chef de chœur. Tous mes choix se sont faits comme des évidences.

J’ai appris auprès de Jacques Grimbert, Andréa Giorgi, Eric Ericson…

En ce qui concerne la gestuelle, le geste doit être conforme à la musique. Il faut savoir ce que l’on veut entendre intérieurement, avoir une image et seulement après, trouver le geste qui correspond à cette impression intérieure. Il y a un équilibre à trouver pour que le chanteur ait la possibilité d’exprimer ce qu’il a à donner sans jamais être en difficulté vocale. »

- Et pourquoi à la Sorbonne ?

« Jacques Grimbert, le créateur de Musique-en-Sorbonne, m’a fait venir comme assistant en 1991. J’ai appris énormément auprès de lui et je me suis attaché à la Sorbonne.

Ce lieu est un foisonnement intellectuel formidable, un stimulant fabuleux grâce à sa tradition séculaire. Et l’enseignement fait partie de ma vie musicale, il m’est indispensable. On suit un étudiant sur trois, quatre ans, son évolution, son fleurissement. C’est parfois bouleversant d’être témoin de l’éclosion d’un nouveau musicien. Il y a des clés : il faut l’amour de la musique, des êtres et un excellent niveau technique ! »

- Qu’est-ce qui fait que le courant passe avec un chœur ? Et quelle est ta conception de l’autorité ?

« À partir du moment où on fait de la musique avec les chanteurs et qu’on essaie de la faire le plus sincèrement possible, le courant ne peut pas ne pas passer. Le grand rôle d’un chef devrait être :

-Regardez, écoutez la chance que nous avons de pouvoir faire cette musique, d’approcher un répertoire magnifique.

-Êtes-vous d’accord ? Et le défi est d’amorcer ce désir, faire goûter une belle sonorité. L’autorité dépend de notre sincérité. Se sentir persuadé d’avoir une mission d’urgence, celle de transmettre ces merveilles. L’autorité sert à dévoiler et à rassembler.

Je travaille beaucoup sur le son, cela m’apporte quelque chose de très énergisant, très nourrissant. Il faut inciter les chanteurs à aller au-delà d’eux-mêmes, d’avoir une exigence au service de la musique. C’est cela la vraie autorité ! Et j’attends d’un choriste une ouverture d’esprit, qu’il soit prêt à partir à l’aventure quelle qu’elle soit ! Et bien sûr qu’il ait une rigueur et une attention aux autres très fortes. »

- Qu’aurais-tu envie de dire au prochain chef de chœur de Paris-Sorbonne ?

« Les étudiants que l’on nous confie ont un immense potentiel que l’on ne découvre pas tout de suite. Ils ont une personnalité qu’il faut aider à épanouir. C’est une occasion unique de leur apporter une formation qui leur fasse goûter aux profondeurs de la musique. Il ne faut pas passer à côté de cela. Avoir aussi l’obsession de les mettre le plus possible en contact avec cette profondeur et pas simplement un beau cadre.

Il y a une particularité à ce chœur de Paris-Sorbonne ; chaque année sur environ quatre-vingt-dix éléments, un bon tiers s’en va, mais il reste un noyau dur, dont des chanteurs extérieurs, plus âgés, ce qui permet un passage de témoin, de relais. Cela apporte une maturité vocale, un brassage et une ambiance différente qui doivent être gardés. »

- Un dernier mot ?

« Aimez ce que vous faites ! »

Propos de Denis Rouger, recueillis par Sabine Vernet

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Musique-en-Sorbonne fête ses trente-cinq ans, prochain concert le mardi 28 juin 2011 au grand amphithéâtre de la Sorbonne.

http://www.musique-en-sorbonne.org
http://www.choeur-figure-humaine.com/
http://www.pianobleu.com/karol_beffa.html

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Ouvrage autour du concert du 28 juin 2011 :
– Guide de la musique de Beethoven de E. Brisson : Bibliothèque Michelet : 780.920 34 BEE bri

Pierre Aubry : les cent ans d’un musicologue

Qui était Pierre Aubry ?

Un grand érudit, un homme a multiples facettes. Il fut théoricien et très vite un des pionniers de la musicologie médiévale, orientaliste et arménologue !

 

pierre aubry

 

Né à Paris le 14 février 1874, Pierre Aubry a fait ses études à l’École des Chartes en 1894. En 1898, sa thèse : La philologie musicale des trouvères, lui vaudra le diplôme d’archiviste paléographe. En parallèle, en 1900,  il apprit à l’ École des Langues Orientales l’arménien.

Diplôme en poche, il partit étudier les origines du chant arménien dans le Caucase, en Arménie et au Turkestan.

De retour en France, il va enseigner à l’Institut Catholique, la musicologie médiévale. Il va participer à la création et au développement de la Schola Cantorum. Et  il sera, entre autres, l’ami du musicien Vincent d’Indy.

Toute sa courte vie fut consacrée à l’art musical du Moyen Age.  Par ses publications, il ressuscita l’art du chant des troubadours et des trouvères. Ce fut également un ethnomusicologue avant la lettre.

En plus de ses cours, il donna nombre de conférences de 1897 à sa mort comme : La conception de la musique à travers les diverses civilisations, L ‘Italie et le chant liturgique, L’ œuvre musicale des troubadours.

Pierre Aubry décèdera prématurément, en 1910 à 35 ans, des suites d’un accident d’escrime.


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Or ce nouvel élan vers la musique du Moyen Âge, initié au tout début du XXe siècle,  portera ces fruits jusqu’au XXIe siècle.

L’ensemble vocal Anonymus s’est appuyé sur les ouvrages de Pierre Aubry pour son disque Tempus Festorum en 1997 et l’immense interprète Jordi Savall dans son disque : Estampies et Danses Royales de 2008 a repris exactement le titre du recueil rassemblé par Pierre Aubry.

 

 

Une partie du fonds musicologique de la Bibliothèque Michelet provient, à l’origine, de la Bibliothèque Pierre Aubry, léguée à l’Université de Paris en 1910.


aubryarmoireblog

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Mélanges de musicologie critique / Pierre Aubry 1900
Bib Malesherbes : WMU 1435

La musicologie médiévale : histoire et méthodes : cours professé à l’institut catholique de Paris 1898-1899 / Pierre Aubry
Bib Malesherbes : WMU 567
Bib Michelet : I3. 4

Les proses d’Adam de Saint-Victor : texte et musique / précédées d’une étude critique par l’abbé E. Misset,… et Pierre Aubry,…. 1900
Bib Michelet : I3. 3

Lais et descorts français du XIIIe siècle : texte et musique / publiés par Alfred Jeanroy, Louis Brandin & Pierre Aubry 1901
Bib Michelet : I3. 6

pierre aubry livre

Cent motets du XIIIe siècle publiés d’après le manuscrit Ed. IV. 6 de Bamberg / par Pierre Aubry 1908
Bib Michelet : I3. 8 (1-3) et I3. 15 (1-3)

Iter Hispanicum  : notices et extraits de manuscrits de musique ancienne conservés dans les bibliothèques d’Espagne / par Pierre Aubry 1908
Bib Michelet : I3. 19

Trouvères et troubadours / par Pierre Aubry  1909
Bib Michelet : L4. 60

La rythmique musicale des troubadours et des trouvères / Pierre Aubry  1907
Bib Michelet : I3. 11 et I3. 23

Huit chants héroïques de l’ancienne France (XII-XVIIIe siècles) : poèmes et musique / recueillis et publiés par Pierre Aubry 1896
Bib Michelet :  I3. 7

Les chansons de croisade / publiées par Joseph Bédier ; avec leurs mélodies publiées par Pierre Aubry 1909
Bib Michelet : I3. 24

Estampies et danses royales : les plus anciens textes de musique instrumentale du Moyen Age / par Pierre Aubry 1907
Bib Michelet : I3. 23
Bib Malesherbes : WMU 2199

La musique et les musiciens d’église en Normandie au XIIIe siècle : d’après le « Journal des visites pastorales » d’Odon Rigaud / par Pierre Aubry 1906
Bib Michelet : I3. 23 et I3. 17

La rythmique musicale des troubadours et des trouvères / Pierre Aubry 1907
Bib Michelet : I3. 23 et I3. 11

La chanson populaire dans les textes musicaux du Moyen Âge / Pierre Aubry 1905
bib Michelet : I3. 22 et I3. 18

Au Turkestan : notes sur quelques habitudes musicales chez les Tadjiks et chez les Sartes / Pierre Aubry 1903
Bib Michelet : I3. 22 et I3. 14

armoire aubry musicienne

Nathalie Cousin et Sabine Vernet

Photos : Nathalie Cousin et Sabine Vernet