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Filmique (II)

Pour celles et ceux qui n’auraient encore eu le plaisir de le découvrir, le cycle de projections intitulé « Filmique » a lieu pour la 2è année consécutive dans le Grand Amphi de l’Institut d’Art et d’Archéologie Michelet.

Ce cycle, initié et programmé par notre enseignant Arnaud Maillet, se propose d’aborder le cinéma conçu par les artistes. Très tôt, les artistes du XXè siècle se sont emparés de ce nouveau medium, apte à capter la vitesse, les mouvements des machines, de la ville en construction, de l’inconscient humain.

Entre leurs mains, la caméra s’est révélée un extraordinaire outil de créations de nouvelles formes. Les grands mouvements d’avant-garde tels que le cubisme, le futurisme ou le surréalisme eussent-ils été les mêmes sans le cinéma ? Cet œil mécanique et magique qui enregistre en direct la beauté fulgurante du monde en marche, qui fonce comme un train à travers la nuit de la modernité.

Après s’être penché, lors du premier « Filmique », sur la construction et la déconstruction de l’image-film – via des procédés d’inversion, de superposition, d’exposition et de défilement de la pellicule -, après s’être arrêté sur les reflets, la lumière, le découpage du cadre, et autres effets hypnotiques, Arnaud Maillet se consacre cette année aux aspects graphiques du film, notamment à travers les différentes interactions entre le film et la peinture.

Nous vous invitons à venir visionner ces œuvres rares, choisies et agrémentées des commentaires pertinents de notre enseignant. Gageons que cette rêverie éveillée saura troubler vos sens et vos esprits.

Filmique (II) – Les vendredis de 12h à 14h – Grand Amphi.
Programme détaillé à retrouver sur le site de Paris-Sorbonne et en version papier à la bibliothèque Michelet

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L’alphabet de la mort, Holbein

Penchons-nous aujourd’hui sur un intéressant ouvrage intitulé L’alphabet de la mort par Holbein, que l’on trouve dans la réserve de la bibliothèque Michelet. C’est un petit livre rouge, à l’apparence modeste, solidement relié et orné d’arabesques dorées. Une petite tablette compacte en somme. On apprend à l’intérieur que le livre a été imprimé pour Edwin Tross, 28 rue des Bons-Enfants à Paris, en 1856, et qu’il a été donné par l’éditeur Edwin Tross, en dédicace manuscrite à la plume, à Monsieur Duplessis. Une étiquette ajoutée nous informe que le livre a été donné en 1900 à l’Université de Paris (salle des Arts) par Mme Veuve Duplessis en souvenir de son défunt mari.

Dans le contenu, l’alphabet lui-même est « entouré de bordures du XVIe siècle et suivi d’anciens poèmes français sur le sujet des trois mors et des trois vis, publiés d’après les manuscrits par Anatole de Montaiglon ». Les bordures du XVIe siècle entourent en effet admirablement le texte, qui apparaît comme condensé dans la page, orné de multiples motifs floraux et animaux, ainsi que de scènes infernales ou funèbres, sur le thème répété de la grande faucheuse, qui porte parfois une pelle. Une préface d’Anatole de Montaiglon nous apporte quantité de précisons sur l’Alphabet de la Mort. En réalité, celui-ci n’occupe qu’une toute petite partie du livre : 24 lettres (le J et le U sont absents) ornées de gravures qui, hors la qualité du dessin (qui l’ont fait attribuer constamment à Holbein), ont la particularité d’avoir renouvelé le motif de la danse des morts.

Penchons-nous maintenant sur une « remarque curieuse » sur laquelle s’arrête M. de Montaiglon : les premières lettres sont dans l’ordre hiérarchique traditionnel de la danse des morts : après les funèbres musiciens (en forme de squelettes il va sans dire), viennent le pape, l’empereur, le roi, le cardinal, l’impératrice, la reine, l’évêque, le noble, le marchand, le prêtre.

A partir de la lettre M, c’est l’intiale qui désigne la profession de l’infortuné: ainsi de Medicus/le médecin; Numerarius/le banquier; Obesus monachus/le moine obèse; Praeliator/le soldat; Quaeritans monacha/la religieuse résignée; Ridiculus/le fou; Scortum/la prostituée; Titubans homo/l’ivrogne; Velox eques/le cavalier véloce; V(W)etustissimus homo/le vieil ermite; Xycophantes/les tricheurs; Ynfans/l’enfant au berceau; enfin le Z pour la fin de toutes choses, le jugement dernier.

Toute la société humaine, de A à Z, est ainsi passée au filtre du langage et boit tour à tour le philtre de la mort. Laquelle, toujours rieuse, n’épargne personne. Ainsi ce petit livre, rieur et diabolique.

 

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