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Une histoire de la Maison de la Recherche

Ne vous êtes-vous jamais demandé quelle pouvait bien être l’histoire de cet étonnant bâtiment qu’est la Maison de la Recherche occupée par l’Université de Paris-Sorbonne et situé 28 rue Serpente dans le 6ème arrondissement de Paris ?

Prenez le temps de prendre votre temps, même quelques instants et levez la tête :

rue Danton - Hôtel des Sociétés Savantes - 1900 - DR

Vous voilà devant l’ancien Hôtel des Sociétés Savantes, construit en 1900 par Paul Sédille, l’architecte des magasins du Printemps.

L’édifice présente une longue façade qui se développe autour des rues Danton (dénommée ainsi le 18 avril 1890 et ouverte le 6 décembre 1895) et Serpente et composée autour de deux rotondes monumentales.

Il s’agit de la dernière œuvre de Paul Sédille qui devait mourir peu après.

Remarquez la porte d’entrée de la Société centrale des architectes français, composition néo-renaissance qu’il dessina et que sculpta André-Joseph Allar.
Approchez-vous un peu plus près, levez la tête, que lisez-vous ? :
La devise des architectes « Le beau, le vrai, l’utile».
Au-dessus de cette dernière, la figure allégorique de l’Architecture coiffée d’une couronne de monuments de différentes époques, est entourée par des motifs de fleurs, de fruits et de végétaux.

Les photos qui alimentent ce billet, nous montrent l’Hôtel des Sociétés Savantes au début du XXème siècle. Sur la 1ère photo ci-dessous, nous apercevons la coupole correspondant à l’entrée actuelle du lieu et ayant pour adresse le 28 rue Serpente, vue depuis la rue Mignon (partie aujourd’hui disparue). La 2ème photo nous offre une vue de la seconde coupole, ayant pour adresse aujourd’hui le 8 rue Danton.

Rue Danton, vue de l'hôtel des sociétés savantes - 1900          3595146

© Archives de Paris – Fonds UPF                     © D.R/L.L

 Cote : 11FI3268

L’Hôtel des Sociétés Savantes est situé sur l’emplacement de l’hôtel de Thou qui fut l’hôtel des États de Blois sous Louis XV. L’escalier subsiste encore, quant à la cour des carrosses et des écuries, elle a été métamorphosée en salle de conférences …

Un nombre étonnant de sociétés y on établi leur siège. En 1910 on trouve, en plus de la société d’architecture, la société de médecine publique et d’hygiène professionnelle, la société d’ophtalmologie, la Société pour l’instruction et la protection des sourds-muets, la Société zoologique de France, la Société française de navigation aérienne, la Société française d’hygiène, la Société d’Hypnologie, la Société de sociologie de Paris mais aussi et surtout la Société Astronomique de France créée par Camille Flammarion le 28 janvier 1887 rue Cassini, dans son appartement. Ce dernier, devenu trop exigu, la Société fut transférée rue Danton à l’Hôtel des Sociétés Savantes.

Toutefois qui, mieux que Mme Gabrielle Camille Flammarion, femme de l’astronome, bachelière (fait rarissime pour l’époque) et scientifique de renom,  pour évoquer ce lieu au mois de juin 1958 ? :

« Dans quelques jours, à partir du 1er juillet, presque tous les locataires de l’Hôtel des Sociétés Savantes auront dû déguerpir, tous, sauf notre Société Astronomique de France, solidement campée sous les toits, à l’abri de ses deux coupoles.

Les Domaines ont acheté l’Hôtel des Sociétés savantes, qui gardera son nom, pour le compte de l’Université de Paris et la Faculté des Lettres, trop à l’étroit dans la Sorbonne, va établir l’une de ses branches sous notre toit.

( …) Nous resterons chez nous, haut perchés avec les coupoles. Heureusement ces coupoles nous appartiennent et elles jouent un rôle important dans la vie de notre Société. On peut en juger par le fait que les 18 visites spéciales, organisées par M. Tartois, administrateur de notre observatoire, ont connu un effectif de 337 visiteurs.»

Reconnue d’utilité publique, la Société Astronomique de France a pour but de promouvoir le développement et la pratique de l’astronomie. Premier présidente de la Société, Mr Camille Flammarion éditera un bulletin mensuel « L’Astronomie », revue qui paraît toujours aujourd’hui.

A la suite du passage de la Comète de Halley dans la nuit du 18 au 19 mai 1910 (Comète qui aurait dû frôler la Terre mais qui resta invisible), Mr Camille Flammarion en fera le sujet de l’une de ses « causeries » dans la grande salle, bondée, de l’Hôtel des Sociétés Savantes, le 1er juin 1910.

fin du monde 1910

Aujourd’hui, le souvenir de cette aventure astronomique de l’Hôtel des Sociétés Savantes  n’est plus présent que par, peut-être, un petit clin d’œil : une fois encore, il va vous falloir lever la tête mais à la nuit tombée cette fois …

Soyez curieux et vous aurez la tête dans les étoiles !

Bibliographie Serpente :

Camille Flammarion de Philippe de La Cotardière, Patrick Fuentes.

Paris : Flammarion, 1994

Cote : 944.070 92 FLA

Sociabilité et érudition : les sociétés savantes en France : XIXe-XXe siècles

De Jean-Pierre Chaline

Paris : Éd. du CTHS, 1995

Cote : 060 CHA

Histoire urbaine et architecture à Madagascar

Le fonds Afrique de la bibliothèque Michelet qui compte plus d’un millier de volumes est à découvrir. On y trouve un large éventail de sujets allant de l’archéologie à l’art contemporain africain.

L’histoire de l’architecture est également présente, nous aimerions vous en faire découvrir une facette par le livre suivant, issu d’une excellente thèse soutenue en 1997 et parue chez Karthala en 2005 : « Maisons royales, demeures des grands à Madagascar. L’inscription de la réussite sociale dans l’espace urbain de Tananarive au XIXe siècle », par Didier Nativel, agrégé et docteur de l’Université Paris VII.

Didier Nativel

Architecture à Madagascar

L’auteur dresse avec brio le tableau d’une architecture originale dans la région centrale de Madagascar, l’Imerina. Tananarive, ancienne capitale du royaume merina, regroupe, outre les palais royaux (dont le plus somptueux fut ravagé par un incendie en 1995), des demeures particulièrement riches, construites par les notables, dans la foulée du souverain.

Didier Nativel analyse cette architecture dans une perspective historique et éclaire ainsi les mutations socio-économiques du royaume.

Une thèse brillante que l’élégance du style rend particulièrement agréable à emprunter. Bonne lecture !

Frank Lloyd Wright et le Japon

Frank LLoyd Wright (1867-1959), architecte américain emblématique du style Prairie, est très connu par ses œuvres phares : Fallingwater (la maison sur la cascade), en 1936, où les lignes horizontales, les toits plats suggèrent les grandes plaines, ou par sa dernière réalisation, le musée Guggenheim (1956-1959) à New-York.

Fallingwater. By Serinde, CC-BY-SA-3.0, via Wikimedia Commons.

Moins connue, sa passion de collectionneur pour les estampes japonaises dont il écrit :

« Les estampes choisissent qui les aiment, mais il n’est alors d’autre salut que la capitulation. » En 1912, il publie un essai sur l’estampe japonaise, qui sera traduit à l’étranger et dont on vient de recevoir à la bibliothèque Michelet une magnifique réédition :

« L’estampe japonaise, une interprétation », exemplaire numéroté édité chez Klincksieck. D’autres textes sont joints à cet essai : le récit de ses aventures de collectionneur d’estampes et les préfaces écrites pour les catalogues accompagnant l’exposition de sa propre collection. Celle-ci est impressionnante : Hiroshige ; Hokusai ; Utamaro, etc.

L’architecte, p.13, parle de l’art japonais comme d’un art structurel dont l’ossature serait la géométrie. A noter les liens qu’il suggère puis entrelace avec les mathématiques et la musique.

« En termes très généraux, le principe suprême de l’esthétique japonaise consiste en une simplification drastique par l’élimination de l’insignifiant, et donc une mise en relief de la réalité. » (p.17)

wright

Frank LLoyd Wright, entre 1905 et 1923, fait de nombreux voyages au Japon et réalise notamment l’Hôtel Impérial à Tokyo ainsi qu’une école de filles en 1921.

L’architecte explique la constitution de sa collection d’estampes, ses rencontres avec un couple de collectionneurs américains, les Spaulding, qui le chargent de « chasser les estampes » pour eux, et ses accointances avec les connaisseurs japonais. La collection, particulièrement riche, des Spaulding, sera donnée au Boston Museum of Fine Arts.

Plus d’une trentaine d’ouvrages sur Frank LLoyd Wright sont disponibles à la bibliothèque Michelet, soyez les bienvenus !

 

Mangapolis : la ville japonaise contemporaine dans le manga

MANGAPOLIS : c’est le titre d’une très belle exposition qui a lieu jusqu’au 7 octobre à Angoulême après avoir démarré à Poitiers avant l’été.  Elle explore la représentation de la ville japonaise contemporaine dans le manga. Un bel ouvrage paru au éditions du Lézard Noir accompagne l’exposition.

5 contributeurs décortiquent les planches des mangas et tracent des pistes d’analyses : Xavier Guilbert ; Claude Leblanc ; Jean-Christophe Boudet ; Adrian Favell et Marie-Ange Brayer. L’ouvrage démarre par une anatomie de la rue japonaise. On y apprend que la superficie de Tokyo est vingt fois supérieure à celle de Paris et que la ville s’articule en un réseau ancien de petits quartiers dont l’habitat ne dépasse généralement pas deux étages. Les buildings et gratte-ciels des centres financiers accentuent le contraste avec le reste de l’agglomération.

Les gares ferroviaires constituent des points centraux, véritables structures d’empilement de centres commerciaux. Les magasins s’étendent des sous-sols aux étages les plus élevés de la ville, d’où les guirlandes d’enseignes verticales. Un labyrinthe de néons se dessine.

L’imaginaire des dessinateurs est exploré par les thèmes du chaos urbain, de la vertiginosité nippone, de l’architecture ouverte. Un très bel ouvrage disponible à la bibliothèque Michelet ainsi qu’au prêt à domicile.

Pour aller plus loin dans le domaine de la BD, voici un site foisonnant, du9.org

 

 

Le château perché d’Henri IV

Un bel ouvrage, fruit d’un travail collectif, a paru en décembre 2010 à l’occasion de l’exposition consacrée à « Henri IV, prince de paix et patron des arts » au musée d’archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye.

Le livre retrace l’histoire d’un château disparu, demeure de Henri II et de Henri IV, qui s’épanouissait jadis sur les pentes d’un site exceptionnel de la vallée de la Seine.

ChateauNeufgros

« Le Château-neuf de Saint-Germain-en-Laye » paru aux Presses franciliennes sous la direction de M. Emmanuel Lurin, professeur d’Histoire de l’art à Paris IV, retrace avec beaucoup d’élégance l’histoire d’une grande demeure royale aujourd’hui disparue.

M. Lurin a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses sur le sujet :

 

-Le Château-Neuf, dont l’architecture est singulière, évoque l’idée d’une villa à l’italienne, lieu de délassement entre demeure et jardins : est-il significatif du règne d’Henri IV ?


« Le Château-Neuf a pour origine une simple maison de plaisance, demeurée inachevée à la mort de son commanditaire le roi Henri II (1559). Trente-cinq ans plus tard, Henri IV relance les travaux et agrandit cette maison aux dimensions d’un château, qui conserve néanmoins le caractère intime et les fonctions d’une villa.

On y reconnait le goût du roi pour les galeries d’apparat, les portiques ouverts sur des terrasses et de beaux jardins – autant d’éléments que l’on retrouve dans d’autres constructions du règne, comme le château de Fontainebleau ou le « palais-villa » des Tuileries. Mais c’est au Château-Neuf que le goût d’Henri IV en matière de bâtiments et de jardins apparaît avec le plus d’évidence. »

350px-Saint-Germain-en-Laye_château2_dessinLe Château Neuf en 1637,
par Auguste Alexandre Guillaumot (1815-1892) (Gallica)


-Le site à flanc de colline, courant jusqu’à la Seine, regroupe plusieurs monuments, le Château-neuf et le Château-Vieux : quelles sont leurs différences et leurs spécificités ?


« À la fin du XVIe siècle, le domaine royal de Saint-Germain-en-Laye comportait en effet deux résidences, dont la principale et la plus ancienne était le Château-Vieux. C’est la demeure historique des rois, reconstruite par François Ier en vue d’accueillir le souverain et toute la cour. À partir de 1557, Henri II fait bâtir dans le parc une maison de plaisance dont le principal attrait – outre le calme et l’isolement qu’elle offre au roi et à son entourage – est la belle vue sur la vallée de la Seine.

Par la suite, Henri IV donne beaucoup d’ampleur et de faste à ce « Bâtiment-Neuf » dont il fait sa résidence personnelle à Saint-Germain. Sans abandonner le Château-Vieux, il le réserve à ses courtisans et surtout à sa famille, d’abord le dauphin (1601), puis tous ses enfants, légitimes et illégitimes, qu’il fait élever ensemble dans le grand château de Saint-Germain. Ce rapport de complémentarité entre le château principal et une maison satellite, réservée au roi, se retrouve au XVIIe siècle : Louis XIII fera aménager pour lui-même le petit château du Val dans la forêt de Laye tandis qu’à Versailles, Louis XIV fera construire le Grand Trianon dans les années 1680. »

 

-Le déploiement en terrasses du Château-Neuf témoigne-t-il d’un renouveau architectural ? Et qu’en est-il des grottes artificielles et des jardins qui recèlent des merveilles d’hydraulique ?


« Rappelons que la vue panoramique sur la vallée de la Seine avait déjà « attiré » la maison d’Henri II en bordure de plateau. Mais la décision d’aménager la pente entre le Château-Neuf et la Seine revient certainement à Henri IV.

Il y fait bâtir un immense jardin en terrasses, dont la partie supérieure s’ordonnait autour de deux galeries monumentales, ouvertes en portiques : la galerie dorique et la galerie toscane. Celles-ci abritaient des grottes artificielles, agrémentées de fontaines à automates, qui sont l’œuvre de Tommaso Francini, un ingénieur italien qui avait travaillé auparavant dans les villas du duc de Toscane.

Si les jardins de pente étaient nombreux en Italie centrale, ils étaient beaucoup plus rares en France et celui de Saint-Germain est une œuvre exceptionnelle, dont la composition s’inspire du complexe hellénistique du temple de la Fortune à Préneste, près de Rome. C’est là que réside le caractère fondamentalement « italien » du projet, avec les grottes et les fontaines ajoutées par les Francini. Pour le reste, on est bien loin des jardins maniéristes d’Italie centrale : le jardin du Château-Neuf privilégie l’espace, la perspective et la symétrie, annonçant déjà les grands jardins « à la française ». »

 

-L’ouvrage que vous avez dirigé est extrêmement riche en iconographie :
était-il aisé de dénicher et rassembler toutes ces eaux-fortes, gravures
et plans ?


« L’iconographie du livre est le fruit de longues recherches documentaires dans les fonds de la Bibliothèque nationale, de l’École nationale des Beaux-Arts, des Archives départementales des Yvelines ou encore des musées de Saint-Germain (mais il reste encore bien d’autres pièces à exhumer, notamment aux Archives nationales).

S’agissant d’un château disparu et encore peu étudié, il était important de reproduire dans le livre l’essentiel de la documentation, des vestiges et des œuvres conservées. Dans la composition des catalogues et la rédaction des notices, nous avons mené un travail assez complexe d’analyse et de composition : chaque pièce est étudiée pour elle-même (en particulier les gravures qui, on l’oublie trop souvent, sont des œuvres d’art avant d’être des « documents » d’architecture) mais aussi reliée au projet d’ensemble qui est une description raisonnée du Château-Neuf. Un vrai travail de mosaïste qui choisit et assemble ses pièces dans une composition d’ensemble, sans oublier la valeur de chacune d’entre elles… »

 

-Vous dites dans le prologue que le livre s’ouvre sur une absence
irrémédiable, celle du château disparu : au-delà de l’écriture, l’élégance que dégage l’ensemble de l’ouvrage serait-elle due à un brin de nostalgie ?

 

« Ce soin que je porte à l’écriture, et que je partage avec mes auteurs, n’a rien à voir avec le sujet du livre. N’oublions pas que les œuvres d’art sont des pensées formelles, qui imposent à l’historien une forme très particulière d’exégèse : la réflexion, en histoire de l’art, est presque indissociable du regard que l’on porte sur les œuvres et des termes que l’on choisit (non sans mal) pour les commenter.

Quant à la nostalgie, je ne crois pas qu’elle soit vraiment présente dans notre livre. La nostalgie est un sentiment de perte et de regret, que l’on peut éprouver à titre individuel, mais qui n’a pas sa place dans le travail et le discours d’un historien. Je n’ai aucune nostalgie envers le règne d’Henri IV et n’aspire en aucun cas à voir « restaurés » un jour la culture ou l’art de cette époque (ainsi, le projet de reconstitution des Tuileries est pour moi une aberration culturelle). De même, je n’ai rien à dire sur la destruction du Château-Neuf, qui est un fait historique comme un autre, si ce n’est qu’elle conditionne fortement mon enquête. Je suis sensible en revanche aux ruines, comme aux documents d’archives et à tous les témoignages fragmentaires du passé. »

 

Le « Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye » est disponible à la bibliothèque Michelet en plusieurs exemplaires ainsi qu’au prêt à domicile aux cotes : CAT 2010-59  et CAT 2010-59+1

Article wikipedia sur le Château-Neuf de Saint-Germain-en-Laye.