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La fête de Sant Jordi en Catalogne : des roses pour l’amour, des livres pour toujours

Le 23 avril, la Catalogne est le seul endroit au monde où amour rime avec culture. Ce jour-là, les hommes offrent une rose à leur bien-aimée et les femmes répondent à leur déclaration d’amour en leur offrant un livre (le livre étant symbole de connaissance, la fleur incarnant le sentiment). C’est en quelque sorte une Saint-Valentin catalane ! Mais voyons comment on est arrivé à la liaison des livres et des roses.

On ne sait pas exactement à quand remonte le début de la Foire des roses qui se tient dans le patio gothique de la Generalitat et aux environs du Palais. Il se pourrait que ce soit au 15e siècle car il existe des documents attestant sa célébration dès cette époque. Il est fort probable qu’il y ait un lien entre cette tradition populaire et le symbolisme de l’amour courtois représenté par la rose : on ne saurait oublier que Sant Jordi est à la fois chevalier et protecteur des cueillettes de céréales comme l’indique son nom grec Georgios, « travailleur de la terre ». La tradition veut que les hommes offrent aux femmes des roses, rouges de préférence, en souvenir de Jordi libérateur de la princesse menacée par le dragon (voir billet précédent). Pour cette raison, la Sant Jordi est aussi, en Catalogne, la fête des amoureux.

Cette fête, qui se célèbre depuis des siècles, a été enrichie à l’époque moderne par la Fête du livre. En 1926, un écrivain et éditeur valencien établi à Barcelone, Vicenç Clavel, propose à la Chambre officielle du livre de Barcelone d’instaurer une fête consacrée à Miguel de Cervantès (qui accessoirement fait allusion à Saint Georges dans le Don Quichotte de la Manche). On a d’abord voulu  commémorer la date de sa naissance, le 7 octobre, mais on a choisi ensuite le 23 avril, date de sa mort (1616). Le 23 avril coïncide aussi avec la mort ou la naissance de grands écrivains tels que l’anglais Shakespeare et le péruvien Garcilaso de la Vega dit l’Inca (morts en 1616 également), le catalan Josep Pla (1981), le français Maurice Druon (1918), l’islandais Halldor K. Laxness (1902), le russe Vladimir Nabokov (1899) ou le colombien Manuel Mejía Vallejo (1923). Cette date est donc symbolique pour la littérature universelle, si bien qu’elle a été déclarée, lors de la conférence générale de l’UNESCO (Paris, 1995), Journée mondiale du livre et du droit d’auteur.
La fête du livre est l’occasion pour les auteurs catalans confirmés de rencontrer leurs publics et pour les débutants de se faire connaître. Les librairies réalisent leurs plus grandes ventes de l’année durant cette journée.

La Catalogne est ainsi un pays qui sait maintenir ses traditions et ses dévotions, et en créer de nouvelles. Mais qui sont les mieux placés pour parler de la Sant Jordi ? Les catalans bien sûr !
Voici donc le témoignage d’une catalane, Judit Rodríguez, bibliothécaire au Centre d’études catalanes :

Pour moi, la Sant Jordi est une fête très spéciale, peut-être la plus importante de l’année. D’une part pour être la journée consacrée aux livres et à la littérature en général, l’une de mes passions. Ce jour-là, je sors de très bon matin dans les rues de Barcelone ; elles sont envahies par des milliers de gens qui circulent, infatigables, entre des tables d’exposition des librairies et maisons d’édition. J’aime beaucoup passer des heures à regarder, parfois acheter, des ouvrages, voir que les autres font pareil, savoir ce qu’ils achètent, voir la disposition des livres sur les tables, écouter les libraires faire des suggestions, etc. Et tout cela en plein air, avec une température idéale qui normalement nous accompagne. Ce jour est aussi pour moi la meilleure opportunité pour accroître ma collection de livres dédicacés et de rencontrer de grands auteurs ; je ne manque pas pour cela de m’informer sur les horaires de dédicaces aux stands et d’emporter avec moi les ouvrages de mes auteurs préférés. Ce n’est pas tout : j’assiste également à toute sorte de présentation, à des manifestations culturelles, à des lotos, etc. qui se déroulent dans la rue et qui sont habituellement très sympas et amusants. Chaque année, je me dis que cette journée est beaucoup trop courte pour profiter de tout ce qui nous est offert !
D’autre part, la Sant Jordi est pour moi, comme pour beaucoup de catalans, le jour des amoureux. Loin de fêter la célèbre Saint-Valentin, trop commerciale et artificielle, je profite de cette journée pour offrir, non seulement à mon copain, mais aussi à tous ceux que j’aime de bons cadeaux pas trop chers et toujours personnalisés : des livres et des roses. De plus, j’aime beaucoup l’aspect romantique de ce jour parce qu’il incite les gens à sortir pour se promener parmi les livres, les roses de mille couleurs, des personnes souriantes,…
L’ambiance de Barcelone à la Sant Jordi est unique et je ne rate jamais cette fête. Je ne pourrai pas!


Pour en savoir plus sur la fête de Sant Jordi et les autres fêtes et traditions en Catalogne, voici une petite sélection de documents que vous pourrez consulter et/ou emprunter à la Bibliothèque d’études catalanes :

– CAROL Màrius. Parmi les livres : une fête qui a soixante-dix ans. Federación de Gremios de Editores de España, 1996 [cote 394 CAR]
– SOLER I AMIGÓ Joan. Sant Jordi : la diada, la tradició, l’actualitat. Generalitat de Catalunya, 2000 [cote 394 SOL]
– OLLER Josep. La Sardana : dansa universal de la solidaritat ; Sant Jordi : símbol de llibertat. Barcelona : Fundació Videoteca dels Països Catalans, 2003 [cote DVD 398 SAR]
– DALMAU Antoni. Les tradicions que no hem de perdre. Columna, 2010 [cote 398.1 DAL]
– AMADES Joan. Guía de festes tradicionals de Catalunya : itinerari per tot l’any. Editorial Aedos, 1958 [cote 394 AMA]
– MOYA Bienve. La llegenda dels sants : creadors de mites. El Mèdol, 1996 [cote 398.2 MOY]
Calendari de festes de Catalunya, Andorra i La Franja. Editorial Alta Fulla : La Fundació, 1989 [cote 394 CAL]

Photos de Judit Rodríguez, avec son aimable autorisation.

La fête de Sant Jordi en Catalogne : la légende de Saint Georges

Le 23 avril, les Catalans célèbrent la fête de Sant Jordi (Saint Patron de Catalogne), la foire des roses et le Jour du livre. Trois éléments de fête et de culture qui s’unissent pour en faire l’une des journées les plus importantes de l’année en Catalogne, mais qui est aussi,  proclamée par l’UNESCO en 1995, la « Journée mondiale du livre et du droit d’auteur ». Avant d’en venir à cette journée proprement dite, voici un petit panorama historique (et légendaire) pour mieux comprendre la signification de cette fête.

Sant Jordi (Saint Georges), dont le nom signifie « celui qui travaille la terre », était un soldat romain sous l’Empire de Dioclétien au début du IVe siècle. Il serait né en Cappadoce (province romaine d’Asie mineure, actuelle Turquie) vers le milieu du 3e siècle et mort à Lydda (ville actuelle de Lod, Palestine) le 23 avril 303. Fils d’une famille noble chrétienne, il a intrégré l’armée romaine et par sa bravoure et son courage, a gravi les échelons…
Mais en l’an 303, l’empereur Dioclétien publie un édit (contre les chrétiens) ordonnant à tout le monde de rendre un culte à Apollon. Jordi, partagé entre sa prometteuse carrière militaire et la fidélité à son dieu, choisira cette dernière. Pour avoir refusé de pourchasser les chrétiens et manifesté publiquement sa foi chrétienne, il sera martyrisé et décapité.
De ces faits plus ou moins historiques naîtra une dévotion à ce personnage dans l’est de l’Empire romain, mais surtout naîtront de nombreuses légendes. La plus populaire est celle de Saint Georges et du dragon :

Il y avait, dans le village de Montblanc, un monstrueux dragon qui terrorisait tout le monde. La bête ravageait les récoltes, détruisait les maisons et dévorait les villageois. Pour apaiser sa faim,  ceux-ci  décidèrent  de tirer au sort chaque jour l’un d’entre eux et de le laisser en sacrifice à l’entrée du village. Les jours passèrent jusqu’à ce que la fille du roi soit tirée au sort. La jeune fille était si jolie et tant aimée de son peuple que certains villageois proposèrent de se donner en sacrifice à sa place, mais le roi, son père, ne le permit pas.
Quand se fut l’heure, la princesse sortit du village et resta assise à l’endroit  convenu, très calme, attendant le  dragon. La bête féroce ne tarda pas à arriver, mais quand elle fut sur le point de dévorer la jeune fille, surgit un chevalier, Jordi  chevauchant son cheval blanc, qui transperça avec son épée le cœur du dragon et libéra la princesse et son peuple. Il y eut  un miracle : du sang versé du dragon naquit un rosier de fleurs rouges et le chevalier en offrit une à la princesse

En Catalogne, la dévotion pour Sant Jordi est devenue populaire à partir du 10e siècle. Au début du 13e siècle, le roi Pere el Catòlic a créé l’ordre militaire de Sant Jordi d’Alfama (l’habit blanc des chevaliers avec la croix rouge de Sant Jordi). D’autres ordres militaires ont porté son nom ; mais c’est le 23 avril 1456 que le roi Jaume I (Jacques 1er le Conquérant) va nommer Sant Jordi patron de la Catalogne (Saint Georges est aussi patron de l’Angleterre, de la Grèce, de la Géorgie, etc.). De nombreux édifices religieux, sculptures, iconographies, poèmes, etc. lui sont dédiés ou le représente.
De nos jours, cet élément de la fête se manifeste par des représentations théâtrales de la légende du saint (notamment dans les écoles), des marchés médiévaux, des feux de joie, des tournois et jeux, des expositions, des conférences, etc.

Vous en saurez plus sur la « Diada » du 23 avril dans un prochain billet. En attendant vous pourrez consulter, entre autres, les ouvrages suivants :

– BOFILL Francesc, SERRA Salvador. El cavaller Sant Jordi. Ed. Claret, 1962 [cote 394 BOF, Bibliothèques d’études catalanes]
– SOLER I AMIGÓ Joan. Sant Jordi : la diada, la tradició, l’actualitat. Generalitat de Catalunya, 2000 [cote 394 SOL, Bibliothèques d’études catalanes]
– ANGUERA Pere. Sant Jordi, Patró de Catalunya. Rafael Dalmau Ed., 2010 [cote 394 ANG, Bibliothèque d’études catalanes]
– DIDI-HUBERMAN Georges, et al. Saint Georges et le dragon : versions d’une légende. A. Biro, 1994 [cote QG 900, Bibliothèque Malesherbes]

 

 

SANT JORDI GLORIÓS

Sant Jordi té una rosa mig desclosa,
pintada de vermell i de neguit;
Catalunya és el nom d’aquesta rosa,
i sant Jordi la porta sobre el pit.

La rosa li ha contat gràcies i penes
i ell se l’estima fins qui sap a on,
i amb ella té més sang a dins les venes
per plantar cara a tots els dracs del món.

Josep María de Sagarra
(1894-1961)

 

 

Photos :
1 – Judit Rodríguez Carmona, Centre d’études catalanes.
2 – Dissortat. CC : By-NC-ND. Source : En el bosque de la larga espera.

Antoni Tàpies

Le 6 février dernier décède à l’âge de 88 ans le peintre et sculpteur catalan Antoni Tàpies, l’un des représentants majeurs du mouvement d’avant-garde en Espagne.

Artiste autodidacte, Antoni Tàpies i Puig (1923, Barcelone) a été créatif jusqu’au bout malgré ses problèmes de vue et d’audition.
Né dans une famille de tradition libérale, Tàpies étudie le droit qu’il abandonne, contraint par une affection pulmonaire, pour se consacrer à sa passion, le dessin et la peinture (1946).
Il expérimente des œuvres de plus en plus abstraites, de nouvelles techniques de dessin et de collage, de nouveaux supports plastiques, des éléments iconographiques et anthropomorphiques ou des signes d’écriture; mais exprimant toujours l’histoire et la politique, la religion, le temps qui passe, les blessures et cicatrices du passé, etc. Opposé au régime franquiste, il défend la politique catalane et le surréalisme dans des tableaux comme L’esperit català, Pintura romana amb barretina et Sardana (1971).
Tàpies connaît très vite du succès, ses œuvres sont exposées dans les plus grands musées d’art contemporain du monde. En 1992, il participe à l’Exposition universelle de Séville, au Pavillon Catalan. En 1984 sera créée à Barcelone une fondation portant son nom et dédiée à l’enseignement de l’art moderne et contemporain.  Il reçoit en avril 2010 du roi d’Espagne le titre de Marquis de Tàpies pour sa grande contribution aux arts plastiques espagnols et mondiaux. Il laisse 8000 œuvres pour la plupart dispersées dans les plus grands musées du monde.

Pour en connaître plus sur l’artiste, vous pourrez consulter à la Bibliothèque d’études catalanes les documents suivants :

- TÀPIES Antoni. La pratique de l’art. Gallimard, 1974 [cote 70 TAP]
– VICENS Francesc, et al. Antoni Tàpies o L’escarnidor de diademes. Ed. Polígrafa, 1971 [cote C 70.07 (TAP) TAP, ouvrage multilingue]
– PENROSE Roland. Tàpies. Ed. Galilée-Dutrou, 1977 [cote 70 (TAP) PEN]
Tàpies : das graphische Werk = Tàpies : l’oeuvre gravée : 1947-1972. Erker-Verlag, 1984 [cote C 70.07 (TAP) TAP]
– RAILLARD Georges. Tàpies. Maeght, 1976 [cote 70 (TAP) RAI]
– GIMFERRER Pere. Antoni Tàpies et l’esprit catalan. Ed. Cercle d’art, 1976 [cote 70 (TAP) GIM]
A.T  : Alfabet Tàpies. Barcelona Multimèdia, 2004 [cote DVD 75 TAP]

Plusieurs ouvrages sont aussi disponibles à la bibliothèque Michelet, n’hésitez pas à consulter le catalogue du SCD Paris Sorbonne.

Photo :
Antoni Tàpies i la fundació IDIBELL. Par canalhub.fotos. CC : BY-SA. Source : Wikimedia Commons

Cycle de conférences sur le cinéma catalan

Le 28 octobre 2011 à 18h30 se tiendra à la Bibliothèque d’études catalanes la conférence de Pau Martínez Muñoz, historienne du cinéma espagnol, « El cinema a Catalunya durant la Segona República ». Cette conférence débutera un cycle de conférences consacrées au cinéma catalan.

À cette occasion, la Bibliothèque d’études catalanes met à la disposition de ses usagers des feuillets d’une sélection de sources web et d’ouvrages (disponibles à la BEC) sur l’histoire du cinéma catalan . En voici quelques titres :

- RIAMBAU Esteve. Paisatge abans de la batalla : el cinema a Catalunya (1896-1939). Llibres de l’Index, 1944. Cote : 77 « 1896/1939″ RIA

- CAPARRÓS LERA Josep Maria, BIADIU CUADRENCH Ramon. Petita història del cinema de la Generalitat : 1932-1939. Ed. Robrenyp, 1978. Cote : 77 « 1932/1939″

- Cinematògraf : la historia cinematogràfica a Catalunya. Ed. Societat catalana de comunicaciò, 1993. Cote : 77 (063) JOR

- PORTER i MOIX Miquel. Història del cinema a Catalunya : 1895/1990. Generalitat de Catalunya, 1992. Cote : 77 « 1895/1990″ POR

- COMAS PUENTE Àngel. Diccionari de llargmetrages : el cinema a Catalunya durant la Segona República, la guerra civil i el franquisme (1930-1975). Cossetània, 2005. [Bientôt disponible]

- COMAS Àngel. Panorama du cinéma en Catalogne [en ligne]. (consulté le 14.10.2011)

Sans oublier que la Bibliothèque d’études catalanes est dotée d’une DVDthèque d’une soixantaine de titres de films de fiction et documentaires empruntables pour une durée de 15 jours (jusqu’à 2 DVD par emprunt). Les fictions, en version originale catalane, sont pour la plupart en version doublée espagnole et pour certaines sous-titrées en français. Les bibliothécaires de la BEC sont à votre disposition pour tous renseignements complémentaires.

 

Bibliothèque du Centre d’études catalanes
9 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
Tél: 01.42.77.65.69
bibliotheque.etudes-catalanes@paris-sorbonne.fr

 

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