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Une bibliothèque de papyrus à la Sorbonne ?

Voilà qui pourrait paraître incroyable ! Car la Sorbonne, c’est certes une des universités de sciences humaines les plus prestigieuses, mais de là à avoir ce que même la mythique bibliothèque d’Alexandrie n’a plus …
Et pourtant, la réponse serait plutôt du genre normande « A la fois oui et à la fois non ! ».

I/ L’Institut de Papyrologie de la Sorbonne :
C’est à « l’Institut de Papyrologie de la Sorbonne » que vous trouverez l’épicentre de cette énigme. Il fut créé en 1920 par Pierre Jouguet qui est l’initiateur de la papyrologie en France. (cette discipline existait en effet depuis bien plus longtemps en Allemagne et en Italie) Buste Jouguet (Institut Papyrologie)
Mais qu’est-ce que la papyrologie ? Quel est au fond le travail d’un papyrologue ? Il semble utile de repréciser certaines choses.
L’Antiquité – qu’elle soit grecque, latine, égyptienne ou autre – peut être aujourd’hui connue et étudiable en grande partie grâce à l’archéologie, qui fait bien sûr ressurgir par exemple des sanctuaires, mais exhume aussi de temps en temps des traces écrites, reflets directs de ces cultures anciennes. Ces traces peuvent être non seulement gravées sur pierre (il s’agit dans ce cas d’épigraphie), mais aussi rédigées à l’encre sur des morceaux de poterie (on parle alors d’« ostraca ») ou encore mieux sur l’ancêtre du papier. Autrement dit, non pas sur du parchemin, mais encore plus ancien : sur du papyrus, réalisé à partir des tiges découpées puis assemblées de cette plante fort répandue dans l’Antiquité du delta du Nil.
Pas de quoi en fonder un Institut, vous direz-vous, puisqu’il y a déjà l’archéologie en temps que telle ? Sauf que – en admettant que vous ayez déjà fait du grec ou du latin – allez déchiffrer ce type de support ! Car les papyrus arrivent rarement jusqu’à nous en bon état.. Dentelle (Institut Papyrologie). Et même une excellente restauration ne parvient jamais à contrer l’effacement dû au temps, aux intempéries, aux éraflures … ni même à reformer les trous laissés par les souris ou autres vermines (comme par hasard, toujours dans les passages les plus intéressants. Ajoutez à cela la fâcheuse manie qu’avaient ceux qui ont rédigé ces documents d’imiter les griffonnements votre médecin sur une ordonnance… Ecriture médecin (Institut Papyrologie)
Aujourd’hui encore, l’Institut est une équipe de recherche, chargée à la fois de ce travail d’étude des papyrus et de la transmission universitaire de ces savoirs. Evidemment, un tel travail nécessite un bon paquet d’ouvrages, permettant de résoudre – et encore, rarement de façon complète ! – les différentes énigmes posées par toute cette documentation d’époque.

II/ La bibliothèque de l’équipe de recherche : C’est ainsi que dès sa fondation, l’Institut fut doté d’une bibliothèque, continuellement agrémentée jusqu’aux 10 000 livres et quelques d’aujourd’hui. Si vous passez nous rendre visite, vous découvrirez qu’elle comporte différentes sections.
La plus prestigieuse, certainement, est ce que nous appelons le « corpus ». En effet, les papyrus sauvés du désert égyptien ou des cendres d’Herculanum sont conservés dans plusieurs endroits dans le monde : à Berlin, à Vienne, à Oxford, à Ann Arbor, à Florence, au Caire, etc. A chaque lieu le devoir de publier ses trésors, afin de pouvoir les diffuser au propre pour les autres savants du monde entier. Il n’est pas rare, grâce à ces volumes d’édition, de constater que son fragment de papyrus se raccorde à un autre, conservé à quelques milliers de kilomètres de distance !
La dernière grande section de notre bibliothèque offre de nombreuses monographies, sur divers sujets permettant d’éclairer les contenus des papyrus par rapport à leur contexte historique, économique ou social. Elle est la première bibliothèque associée du Service Commun de Documentation à être intégralement cataloguée informatiquement (janvier 2009). Ainsi, tous nos ouvrages apparaitront lors de vos recherches sur le catalogue du SCD. Vous trouverez toutes les informations utiles sur notre page.
Nous vous proposons dans un second billet à paraitre ultérieurement de vous présenter la collection de papyrus de la Sorbonne.

Nelson Mandela, mort d’une grande figure politique du XXe siècle

Nelson Mandela à Johannesburg, le 13 mai 2008.

Nelson Mandela à Johannesburg, le 13 mai 2008.
Source : South Africa The Good News, Wikimedia Commons

Nelson Mandela, né le 18 juillet 1918, entre au Congrès national africain (ANC) en 1944 afin de lutter contre la ségrégation raciale exercée par la minorité blanche en Afrique du Sud. Devenu avocat, il lutte contre les lois de l’apartheid d’abord de façon non-violente, puis en créant et dirigeant la branche militaire de l’ANC, qui mène à partir de 1961 des actions de sabotage contre des installations publiques. Arrêté en 1963, il est condamné aux travaux forcés à vie et emprisonné au pénitencier de Robben Island. Durant ses années de détention, il devient un symbole de la lutte contre l’apartheid et fait l’objet de campagnes internationales réclamant sa libération.

Relâché le 11 février 1990, Mandela œuvre pour la négociation avec le gouvernement du président Frederik De Klerk, avec qui il reçoit conjointement le prix Nobel de la paix en 1993. Élu président en 1994, il mène une politique de réconciliation entre les communautés et de lutte contre les inégalités sociales et économiques. Il se retire après un unique mandat en 1999, tout en continuant à s’engager via sa fondation ou aux côtés d’autres associations défendant l’accès de tous à l’éducation ou luttant contre la pauvreté et le sida. Considéré comme le père de l’Afrique du Sud moderne, salué au niveau international comme un ardent défenseur des droits de l’homme et de la non-violence, Nelson Mandela est décédé le jeudi 5 décembre 2013.

Pour en savoir plus sur son parcours et sa pensée, une exposition virtuelle créée par le Nelson Mandela Centre of Memory en partenariat avec l’Institut Culturel Google permet de consulter en ligne de nombreuses archives personnelles, des travaux inédits ou des photographies : http://archives.nelsonmandela.org/home

Vous trouverez par ailleurs dans les collections de la bibliothèque Clignancourt plusieurs documents consacrés à Nelson Mandela ou à l’histoire de l’Afrique du Sud. En voici une petite sélection :

  • Un long chemin vers la liberté / Nelson Mandela ; autobiographie traduite de l’anglais (Afrique du sud) par Jean Guiloineau. Paris : Librairie Générale Française, cop. 1995.

Cote : 320.968 MAN

  • Nelson Mandela : au nom de la liberté / film documentaire réalisé par Joël Calmettes ; 1 DVD (2h02 min). Paris : Chiloé Productions, 2010.

Cote : 968 MAN

  • « Le temps est venu » : discours de Nelson Mandela lors de son investiture à la présidence de la République démocratique d’Afrique du Sud, 10 mai 1994 [traduit de l’anglais par Pascale Haas]. Paris : Éd. Points, DL 2010.

Cote : 323 MAN

  • L’ Afrique du sud : le long chemin vers la démocratie / Raphaël Porteilla. Gollion [Suisse] : Infolio, 2010.

Cote : 320.968 POR

  • Histoire de l’Afrique du Sud : des origines à nos jours / Bernard Lugan. Paris : Ellipses, 2010.

Cote : 968 LUG

Formation aux ressources numériques en histoire

Illustration de 1786 disponible sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF

L’informatique occupe de plus en plus une place fondamentale dans les pratiques des historiens. C’est pourquoi l’Urfist de Paris organise entre la fin de cette année et le début de l’année 2014 un cycle de formations sur les ressources numériques utiles à la recherche en histoire. Le premier atelier aura lieu le jeudi 12 décembre, à la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (BIS), de 9h30 à 12h30. Les inscriptions sont gratuites et se font en ligne directement sur le site de l’Urfist.

L’objectif principal de cette première séance est de présenter aux professionnels de l’information et aux historiens, toutes périodes confondues, un panorama critique des ressources documentaires numériques qui leur sont actuellement disponibles : instruments de recherche, bases de données, périodiques électroniques, entre autres.

Les intervenants, tous issus de centres de références dans le domaine, feront également connaître l’offre proposée par leurs établissements. Il s’agit de Gaëlle Béquet, directrice de la bibliothèque de l’École nationale des chartes ; Catherine Breux-Delmas, de la BIS, responsable du CADIST[1] d’histoire médiévale et moderne ; Sébastien Dalmon, aussi de la BIS, responsable du CADIST Antiquité ; et Jean-Jacques Petit, de la bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), responsable du CADIST Relations internationales et monde contemporain.

A la fin de la rencontre, une table ronde sera aussi l’occasion d’échanger entre les intervenants et le public, ainsi que de discuter d’autres questions liées au thème, comme la complémentarité entre ressources papier et électroniques, le contexte et les changements inhérents au numérique, les licences nationales, etc.

Nous vous rappelons également que les bibliothèques de Paris-Sorbonne proposent aux étudiants en master et en doctorat des ateliers individuels de formation à la recherche documentaire électronique. Pour plus d’informations, adressez-vous aux moniteurs-étudiants Giovana Pastore et Juan Carlos Rendon.


[1] Un centre d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique (CADIST) est un établissement chargé, pour une discipline donnée,  d’acquérir et de diffuser la documentation française et étrangère la plus complète possible.

Le Bulletin administratif du ministère de l’Instruction publique

Couverture BAMIPOui, il est possible de passer un agréable moment en épluchant les volumes du Bulletin officiel de l’Education Nationale.

Il s’agit en l’occurrence ici de son ancêtre, le Bulletin administratif du ministère de l’Instruction publique, qui fut édité de 1850 à 1932 et dans lequel on voit se dessiner, au fil des décrets, arrêtés et autres circulaires, le contexte historique, culturel et social de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème.

  • On y trouve par exemple les programmes scolaires des établissements de jeunes filles, où l’économie domestique, la lingerie et la couture figurent parmi les enseignements :

 

Economie domestique 1907

Programme des cours d’économie domestique, 1907

On trouve également les programmes des cours de morale :

Morale

Programme des cours de morale, 1902

Et des cours d’hygiène, qui témoignent des conditions sanitaires de l’époque :

hygiène

Programme des cours d’hygiène, lycées de jeunes filles. 1907

  • En 1914, lorsque la guerre éclate, nombre d’enseignants sont mobilisés, et les années qui passent voient se multiplier les pertes humaines :

 

Tués à l'ennemi

Livre d’or, année 1916

 

Citation ordre de l'armée

Citation ordre de l’armée Citations à l’ordre de l’armée, 1916

Dans le même temps, le système éducatif s’adapte aux circonstances et une circulaire du 29 février 1916 rappelle le dévouement dont ont fait preuve ceux qui ont pu continuer à assurer les enseignements pendant la période de guerre :

Remerciements recteur 1916

Remerciements recteur 1916 Lettre du ministre de l’Instruction publique, 1916

 

Enfin, à la fin de l’année 1918, s’amorce la reconstruction :

facilités

1918

 

Régions envahies

1918

 

 

  • A signaler également, une mention sur l’utilisation du cinématographe dans l’enseignement en 1916 :

 

Cinématographe

1916

 

 

Ainsi ces documents officiels de l’éducation fourmillent-ils de données historiques qui rendent leur consultation captivante et qui ne manqueront pas d’intéresser les amateurs d’Histoire.

 

Les années 1873 à 1927 du Bulletin officiel du ministère de l’Instruction publique sont consultables sur demande à la médiathèque Molitor.

A l’abordage !

Les pirates : forbans, flibustiers, boucaniers et autres gueux de mer, par Gilles Lapouge, éditions Libella, 2012, Paris.

pirates

« Dieu tout-puissant ! Il y a

dans toute chose mauvaise

une essence de bien pour les hommes

qui savent la distiller. »

 

C’est sur cet extrait de Henry V de Shakespeare que s’ouvre l’ouvrage. Gilles Lapouge a pour ambition de lever le voile sur la vie réelle qu’ont mené les « forbans, flibustiers, boucaniers et autres gueux de mer » en s’appuyant sur des écrits véridiques et non sur les mythes construits par la littérature et les films.

Force est de constater que les sources sont peu nombreuses. Reviennent régulièrement comme références les écrits d’Exmelin, d’Avery, de Philip Gosse, … Dans le domaine littéraire, Defoe, Borges, Stevenson, Conrad et Melville se démarquent par la fidélité de leurs ouvrages à la réalité.

Mais, de la même façon qu’ils ne vouaient aucun culte au corps après le trépas, leurs vies et œuvres n’avaient pas vocation à passer à la postérité : « Les forbans ont choisi le néant ou la résurrection, non la confuse survie des épitaphes. »

En effet, choisir la piraterie était un véritable choix de vie. Cela signifiait abandonner sa terre natale sans espoir d’y revenir, et par conséquent abandonner sa famille. C’est un choix qui se faisait par révolte, par colère. Car c’est aussi contre la société dans son entier que le pirate se place. Face à elle, certains ont tenté de donner vie à leurs rêves utopistes. Ces êtres sortis de l’Histoire et du temps en quittant la terre se vouaient à une vie courte, si bien qu’ils acceptaient de mourir sans appréhension. Ils l’acceptaient même dès qu’ils décidaient de rejoindre les rangs des révoltés, comme le fit remarquer Mary Read lors de son jugement : c’est l’acceptation de sa propre mort au cours d’une bataille ou au bout d’une corde qui permettait de distinguer les véritables assoiffés de liberté.

Dans cet ouvrage, vous pourrez découvrir des figures particulières de la piraterie, comme les célèbres Rackham, Black Beard, ou les rares femmes pirates que sont Ann Bonny et Mary Read.

Sont aussi rétablies, entre autres, des vérités sur les tenues ; les rapports avec les femmes, et avec la mer, espace infini tandis qu’une microsociété régie par un règlement strict se crée dans l’espace clos du navire ; leur vision de l’or, purement substantielle. Par exemple, il apparaît que, si les pirates s’en prenaient principalement aux navires marchands, c’était aussi pour leur signification symbolique, la représentation de la société abhorrée.

Si vous désirez en apprendre davantage sur ces thèmes, sur ce « curieux mélange d’horreur et d’utopie », sur « la révolte la plus extrême et probablement la plus longue qu’ait connue l’humanité » (Michel Le Bris), vous trouverez ce livre dans le fonds géographie de la bibliothèque Clignancourt, sous la cote 910.4 (récits de voyage). Vous y trouverez également les deux tomes de L’Histoire générale des plus fameux pyrates, par Daniel Defoe (Les chemins de fortune et Le grand rêve flibustier).

Enfer et Paradis

Entre paradis et enfer : Mourir au Moyen Age, 600-1600. Sous la direction de Sophie Balace et Alexandra de Poorter. Bruxelles : Musées royaux d’art et d’histoire, 2010.
Un catalogue d’exposition sur la mort au Moyen Age dans les fonds de Michelet.

Très Belles Heures Notre-Dame - Scène de Martyrs - Louvre RF2023r

Prière aux Saints Martyrs : Scène de martyrs, extraite du livre de prière de Turin des Très Belles Heures de Notre-Dame du duc Jean de Berry / Maître du Groupe de Saint-Jean-Baptiste. Photo RMN, domaine public, via Wikimedia Commons.

Au Moyen Age la mort occupe une place centrale. Elle est partout et peut survenir à chaque instant. Il y a bien sûr les maladies de l’enfance, les disettes, mais aussi les périodes de guerre et les grandes épidémies. Si bien que l’homme médiéval est obsédé par son salut. Depuis sa naissance l’Église lui enseigne qu’il y a des gentils et des méchants. Et c’est plus par peur de l’enfer, enfer cent fois représenté par les peintres et les poètes, que véritable désir  de plaire au curé qui le pousse à vouloir se ranger parmi les premiers. Localisé dans les entrailles de la terre sous forme d’un gouffre, le supplicié prisonnier des flammes voit son âme broyée par une roue édentée. Cette vision brandie par l’Église est à l’homme médiéval parfaitement épouvantable. Pour gagner le paradis, ou tout est calme et volupté, il a une série de petites astuces. Et l’Ars moriendi  « l’art de bien mourir » en est la forme la plus aboutie. Après les livres d’heures qui l’aident à prier, ce manuel du XIVe siècle conçu sur un essai de Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris, fait le pari ultime d’aider le mourant en le préparant lui et son entourage à la mort. Avec pour seul remède l’unique consigne : mener une vie sage et vertueuse.

Les dernières tractations

Pour aller au paradis, mieux vaut ne pas se montrer trop cupide, ou au moins faire semblant de ne pas trop s’attacher aux biens de ce monde. Pour montrer sa bonne volonté on fait des dons. A l’église surtout. Des coussins, des calices, des chaussures, des retables. Et bien sûr ces dons, il va de soi ne sont pas tout à fait gratuits. Outre leur fonction honorable, ils ont pour but que moines et hommes d’Église prient pour leur âme et s’attirent ainsi les bonnes grâces de Dieu. Le nec plus ultra est la concession d’obits. Sorte de pack tout en un qui comprend : office de prière pour le mourant, messe de requiem, puis visite de la tombe. De même les dernières paroles du moribond, loin de s’attacher à quelque marque d’affection à la famille par un dernier je t’aime implorant, n’ont plus que pour ultime obsession l’appel convulsif à la Vierge et au Saint Michel peseur d’âmes. Croyance encore que peut-être le défunt dans une ultime chance se verra accorder la dernière miséricorde. Quoi qu’il en soit son dernier ordre se résumera à cette action : prier pour lui. Et sa famille s’exécutera sans la moindre résistance.

Châsse de Saint Potentin. Musée du Louvre. Photo : Catherine Zérini.

La mise en terre

Le commun des mortels est enterré dans le cimetière paroissial. Le défunt est inhumé sur le dos et paré d’un linceul. D’abord en pleine terre, puis à la fin du Moyen Age dans un  cercueil. A partir du XIIIe siècle, les nobles obtiennent le privilège de se faire inhumer au cœur de l’église, dans la nef ou l’abside, tout près des reliques afin d’accroitre les chances de salut. Les plus pauvres ont évidemment un sort moins glorieux : ils sont tout simplement enterrés dans la fosse commune. Une place à part est faite aux enfants. Comme si il leur fallait compenser le bonheur volé qu’ils n’auront pas la chance de connaître sur terre, l’Église leur réserve la meilleure part. Sur le parvis, le long du mur des églises,  dans le chœur, là s’établit leur dernière demeure. Et en dernier lieu il y a encore des exceptions : le cimetière opère encore une dernière discrimination voulant reléguer bien loin les mauvais morts qui auraient souillés sa terre : les criminels non repentis, les chevaliers morts au combat et les juifs.

Crossbones (PSF)

Pearson Scott Foresman. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le cimetière

Tout comme la mort est au cœur de la vie, le cimetière est au cœur de la ville. Si le mort est toujours aimé il peut parfois être redouté. Et circule à voix basse ces histoires où on aurait vu le mort sortir attaquer le passant. On prend alors très vite l’habitude, de planter près des tombes des accoudoirs de bois pour prier, en s’asseyant au passage sur les dalles funéraires. Et à vrai dire on se bouscule un peu. Car au Moyen Age le cimetière est un lieu de grande fréquentation. On a toutes les chances de traverser le cimetière au moins une fois par jour. Et y faire ses petites affaires. Car ils sont nombreux à faire commerce de pains, de poissons, viandes, là étalés sur les tombes. Les artisans eux-mêmes n’hésitent pas à installer leur atelier. Le curé y fait école et dans certains coins à l’abri des herbes hautes, des parties de boules ont lieu avec la plus grande ferveur. Certains vont même jusqu’à y bâtir leur résidence, sans doute très pratique pour le futur. Mais le cimetière est aussi le lieu de pratiques inavouables : les prostituées aguichent les passants, les criminels, sûrs d’y trouver un lieu d’asile s’y réfugient. Et quand, lassés de tourner en rond, ils quittent l’enceinte, sont par malheur attrapés par les gardes, eh bien ils peuvent être emprisonnés sur place dans une cellule de pierre accolé à l’église. Bref le cimetière sert à tout !

Vous pouvez trouver cet ouvrage à la cote : Cat M 2010-9

Le cahier de Leïla

Le cahier de Leïla présente sous la forme d’un journal intime et d’illustrations en regard le parcours d’une jeune Algérienne migrant en France dans les années 1960.

L’ouvrage participe d’une collection éditée par Autrement et la Cité de l’immigration, intitulée « Français d’ailleurs », présentant des parcours migratoires sous la forme de docu-fiction. Un dossier est proposé en fin d’ouvrage sur le thème du volume.

Le cahier de Leïla : de l’Algérie à Billancourt, Valentine Goby et Ronan Badel, Autrement jeunesse, 2007, 325 GOB.

 

 

Histoire de la cour, histoire du corps

Un très riche ouvrage qui vient de paraitre aux PUPS sous la direction de Catherine Lanoë, Mathieu da Vinha et Bruno Laurioux vient enrichir les collections des bibliothèques de Paris-Sorbonne :

« Cultures de cour, cultures du corps XIVe-XVIIIe siècle ».

 

Ce livre, fruit de nombreuses contributions, aborde le traitement stratégique du corps à la cour sur une large période chronologique. Les soins à y apporter, son éducation et sa représentation ainsi que les objets et les métiers qui y sont associés constituent ses trois grands axes.

Catherine Lanoë a bien voulu se prêter à un jeu de questions/réponses :

 

-Depuis quand le corps est-il considéré comme un sujet et un objet d’étude historique ? Qu’en était-il avant ?


« C’est environ depuis une trentaine d’années que le corps est devenu un objet historique à part entière. Les anthropologues avaient ouvert la voie dans la première moitié du XXe siècle, avec les travaux de Marcel Mauss sur les techniques du corps en particulier (Marcel Mauss, « Les techniques du corps », in Id., Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1960), mais ce n’est que peu à peu et de manière indirecte que les historiens s’en sont emparé : les approches de l’histoire quantitative et de la démographie historique, puis celles de l’histoire des mentalités et de la culture matérielle ont favorisé la découverte de nouveaux objets d’étude, la mort,  l’alimentation, le vêtement etc… qui sont devenus des biais pour saisir le corps. L’ouvrage de Georges Vigarello, « Le corps redressé. Histoire d’un pouvoir pédagogique » (Paris, J.-P. Delarge, 1978) est peut-être le premier à être spécifiquement dédié à cet objet. Aujourd’hui, l’histoire du corps a conquis l’espace historiographique et éditorial, au point que l’on s’interroge à juste titre sur sa définition et ses limites. »

 

-Vous écrivez dans l’introduction que les travaux concernant l’histoire de la cour ont acquis une nouvelle dimension depuis trente ans, dépassant le cadre anecdotique. Peut-on en situer les jalons ?

 

« Il faut se souvenir d’abord que l’ouvrage de Norbert Elias, « La société de cour », n’a été traduit en français qu’à la fin des années soixante (Paris, Calmann-Lévy, 1974)  et qu’il demeure une référence sur la question, tant son approche sociologique a donné à penser aux historiens, désireux de rompre avec les anecdotes. Ces dernières années, plusieurs ouvrages ont marqué cette historiographie renouvelée, parmi lesquels figure le livre de Frédérique Leferme Falguières, « Les courtisans. Une société de spectacle sous l’Ancien Régime », Paris, PUF, 2007. Aujourd’hui, ce sont aussi des approches comparatistes, à l’échelle des cours européennes, qui permettent un renouvellement prometteur des images de la cour, de ses rituels et de son personnel. On verra, par exemple, « Les cours d’Espagne et de France au XVIIe siècle », dir. Chantal Grell et Benoît Pellistrandi, Madrid, 2007. »

 

-La cour manipule-t-elle le corps afin de fixer des normes sociales ?

 

« Le monde de la cour plie, façonne les corps suivant une esthétique de la contrainte qui devient la norme, du moins jusque dans les premières années du XVIIIe siècle. L’enjeu de cet ouvrage était de montrer comment se fabrique cette esthétique, qui en sont les acteurs, quels en sont les techniques et les objets, mais aussi de souligner, en particulier à l’époque des Lumières, l’impact d’une culture du corps différente, inspirée d’une société en plein bouleversements. »

 

-La cour a un rôle moteur dans la production culturelle. Mary Gayne dans son étude concernant la taxe sur les perruques de 1706 montre qu’un projet monarchique peut déterminer une esthétique physique. L’adoption des perruques longues ne révèle-t-elle pas également l’existence de métiers et d’une société marchande peu connue ?

 

« En effet, le texte de Mary Gayne éclaire des pans méconnus de cette histoire du corps, en particulier avec cette idée que le corps est intégré dans une société marchande qui multiplie les objets de son entretien et de sa parure, non plus seulement à destination des élites mais de tous, ou presque. Ce faisant, le monde des métiers qui ont un rapport avec le corps se diversifie, se recompose, se réordonne autour de logiques marchandes qui rendent caduques les traditionnelles lignes de partage entre les communautés de métiers. Ce sont des questions qui méritent d’être approfondies. »

 

-Bruno Laurioux dans sa contribution parle de prendre en considération le corps paré, le corps policé et le corps vécu. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

« Il souligne cette ambition de saisir le corps, non plus seulement du côté des discours qui décrivent et produisent la norme, mais aussi du côté des pratiques, en somme du côté de ceux qui font vivre cette culture du corps, qui en sont les acteurs directs. »

 

- Cet ouvrage explore plusieurs aires géographiques et chronologiques, se fondant sur une grande variété de sources parfois méconnues comme les séries comptables. Est-ce ce décloisonnement qui détermine sa grande richesse ?

 

« Oui, je pense que cette volonté de décloisonnement dans le temps et l’espace associée à l’exploitation de sources inédites et à leur confrontation avec d’autres, constitue l’un des apports de cet ouvrage. Les séries comptables, malgré leur caractère parfois aride et lacunaire, se révèlent particulièrement riches pour aborder les objets du corps, les rythmes de leur acquisition, la diversité de leurs couleurs, de leurs formes, de leurs matériaux, de leurs prix… En amont de la consommation, on peut aussi penser que les archives comptables des artisans mériteraient d’être exploitées plus systématiquement. »

 

Ce livre est disponible aux bibliothèques Michelet et Clignancourt en plusieurs exemplaires et empruntable à domicile.

Cotes Michelet : 8 A 865 et 8 A 865+1

Cote Clignancourt : 940 CUL

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Vous avez dit « In Quarto » ?

Savez-vous ce que signifie In Quarto, le nom de baptême du blog de vos bibliothèques ?

Eh bien celui-ci n’est évidemment pas étranger au monde du livre et prend sa source dans le nom donné au pliage en quatre des feuilles de parchemin qui constituaient les premiers livres tels que nous les connaissons aujourd’hui. Actuellement cette appellation subsiste. Il suffit de vous rappeler ces chiffres que vous mentionnez parfois en début de cote pour demander un livre en magasin. Le quatre correspond alors au format de l’in-quarto. L’in-quarto est un volume qui mesure entre 25 et 30 centimètres de hauteur.

Les premiers in-quarto au Moyen Age

Les premiers in-quarto apparaissent au cours du Moyen Age et constituent un tournant dans l’histoire du livre. Le codex est à cette époque en usage et a remplacé dès le deuxième siècle avant Jésus Christ les rouleaux de papyrus et parchemin jugés trop volumineux et encombrants.

Il est constitué d’un assemblage de cahiers cousus ensemble et préfigure avec son écriture recto verso le livre d’aujourd’hui. La nouveauté est que ces cahiers de parchemin sont faits de feuilles pliées, ce qui leur donne un format spécifique, variable toutefois selon la taille de la feuille.

L’in-quarto correspond alors à une feuille qui a été pliée deux fois soit huit pages, l’in-folio à une feuille pliée une fois soit quatre pages,  l’in-octavo à une feuille pliée trois fois soit 16 pages. Dans ces cahiers au format défini, le texte connait une nouvelle organisation.

Les mots sont désormais espacés.  Bien que la page de titre n’existe pas encore et soit simplement précédée de l’incipit (formule contenant les premiers mots d’un livre), ailleurs les titres et les chapitres font leur apparition. De même si encore beaucoup d’ouvrages se terminent par un explicit (mention faite sur sa fabrication), de plus en plus de copistes ont pris l’habitude de regrouper dans une formule finale (colophon) quelques informations sur l’identité du livre : titre, auteur, date et lieu de la copie.

Au XIIIe siècle, on commence à numéroter les feuillets en chiffres romains et le papier remplace le parchemin au siècle suivant. Différents types d’écriture sont alors en vogue : la capitale carrée, l’onciale, la semi onciale, la minuscule caroline, la lettre gothique. La forme du codex se prêtant bien à l’illustration, on assiste avec lui à la naissance de l’enluminure.

A côté des peintures en pleine page, les enlumineurs multiplient les détails ornementaux. Au XIVe siècle la pratique de l’encadrement se développe. Il s’agit souvent d’une bordure végétale qui prolonge dans les marges l’initiale ornée et finit par entourer complètement le texte. Ces tiges peuvent porter des feuilles de vignes, des figures grotesques et fantaisistes.

Avec le codex les livres sont devenus un bien précieux. La reliure la plus courante est faite de cuir. Pour protéger le cuir on utilise de gros clous ou des cornières en cuivre ou en laiton. On les décore et certains ouvrages plus rares sont recouverts d’ivoire, d’étoffe, de pierres précieuses, de cuivre d’or ou d’argent.

L’in-quarto et l’invention de l’imprimerie

Avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au milieu du XV ème siècle le livre connait une petite révolution. Les premiers livres contemporains de cette invention prennent le nom d’incunables. Si le format le plus utilisé reste l’in-folio, l’in-quarto par son coté pratique et peu encombrant se voit plébiscité pour la publication de manuels, de romans et de livres de droits.

De même si la mise en page reprend celle du codex, le texte lui, est peu à peu divisé en paragraphes et la ponctuation se met en place. Les accents, trémas, cédilles, apostrophes apparaissent. La page de titre et les liminaires (dédicace, avertissement) deviennent systématiques. La pagination en chiffres arabes remplace la foliotation.

Des caractères à nouveau voient le jour comme le type romain antiqua, l’italique, et le Garamond. Avec la technique nouvelle de la gravure sur bois l’ornementation du livre se développe à l’aide de culs de lampe, de fleurons, de lettres stylisées.

Les in-quarto du XVIII ème siècle à aujourd’hui

Les grands formats sont de moins en moins en vigueur ce qui signifie que le in-quarto gagne un terrain considérable aux cotés des in-octavo et même des in-12. La mode est désormais aux livres de petit format, largement utilisés pour les livres de piété et de romans.

La page de faux titre se généralise et les notes de bas de page remplacent les manchettes autrefois utilisées. Au XVIII ème de nouveaux  caractères sont encore une fois crées  comme le Didot et le Bodoni. L’illustration même si elle concerne un nombre limité de livres prend un nouveau  virage.

La gravure sur cuivre et l’estampe remplacent  la gravure sur bois et devient un art à part entière. Puis à la fin du XVIIIe siècle, c’est la lithographie qui prend sa place avant d’être une nouvelle fois supplantée par la gravure sur bois en bout. La reliure évolue quelque peu.  A partir du milieu du XIXe siècle, les couvertures comportent une illustration en rapport avec le contenu du livre.

Avec les progrès techniques en continu, l’école obligatoire en 1882, la production explose et le livre devient un bien courant. Grâce à l’avènement du livre de poche en Angleterre en 1935 puis en France quelques années après, l’in-octavo (20-25 cm)  et l’in-seize (15-17,5 cm) conquièrent leurs lettres de noblesse et on assiste à la multiplication des formats.

Aujourd’hui, ceux-ci sont ainsi précisément calibrés. Ils se déploient de l’in-plano  feuille non pliée à l’in-64 feuille pliée six fois (inférieure à 7,5 cm). L’in plano et l’in folio restent  très présents pour les éditions de luxe. Les in-quarto sont beaucoup utilisés pour les manuels et les dictionnaires  et sont largement représentés au SCD.

Reste à parier alors que le nom du blog In Quarto a comme une évidence quelques liens avec le fonds quelque peu encyclopédique de vos bibliothèques…

Illustrations :
Papyri d’Oxyrhynque (P. Oxy. VI 932). Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Scriptorium Monk at Work. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Photo d’un manuscrit lors d’une exposition sur Morimond à Chaumont en 1992. Par Frédéric Brice. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons.
Johannes Gutenberg (139*-1468); Kupferstich; 16th century; 19:14 cm. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
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La vie de la première bibliothèque du collège de la Sorbonne

Vous souhaiteriez connaître le fonctionnement de la toute première bibliothèque du collège de la Sorbonne ? Quelles collections  conservait-elle ? Comment le bibliothécaire gérait-il le fonds ? Et que dire des lecteurs ? Avaient-ils les mêmes droits ? Y avait-il beaucoup de différences avec nos SCD ? Pas si sûr…

Au XIIIe siècle naît l’université de Paris et le collège de la Sorbonne est fondé en 1257 près de la montagne Sainte-Geneviève. À l’origine, l’université est une association spirituelle regroupant maîtres et étudiants dans la défense d’intérêts communs. Le collège est un pensionnat destiné à loger les plus pauvres des étudiants avant de s’étendre aux autres. Au fur et à mesure de leur développement, les maîtres suivent leurs élèves et viennent y dispenser leur enseignement.

Le collège de la Sorbonne  abrite dès son édification des manuscrits, la plupart en latin. La majeure partie provient des dons de clercs, sociétaires d’alors. Durant les 15 premières années, peu nombreux, ils sont déposés dans des coffres, au trésor, salle où l’on conserve les objets de valeur. Difficile alors de parler de véritable bibliothèque.

Les dons continuent à affluer. En 1289, on organise enfin une bibliothèque digne de ce nom. Grâce à son nombre de volumes (près de 1 000), elle est déjà la plus grande de Paris et une des plus importantes d’Europe.

Comment est organisée la bibliothèque ?

La première bibliothèque est aménagée au premier étage du collège dans une pièce longue et étroite. Elle mesure 40 pas de longueur et 12 pas de largeur. Elle est éclairée par 38 fenêtres. Les subdivisions du catalogue ornent les murs et les vitraux. Cette salle est la bibliothèque commune bientôt appelée « magna libraria » (grande bibliothèque). C’est l’actuel libre accès. La « parva libraria » (petite bibliothèque) renferme les doubles, les volumes rarement consultés et ceux réservés au prêt. C’est l’actuel magasin.

Dans la bibliothèque commune, les livres sont enchaînés à des pupitres inclinés (26) disposés en rangées. Ils sont posés à plat sur le pupitre et sur un rayon placé en dessous. Une ferrure rivée à la reliure du manuscrit retient l’un des bouts de la chaîne. Une tringle commandée par une serrure à l’extrémité relie l’autre bout. Ces chaînes ont pour but de prévenir les vols.

Dans la petite bibliothèque, dans le même souci, les livres sont déposés dans des armoires et coffres fermés à clé. On y appose des marques de propriété, équivalent des tampons sur la page de garde. Au début, l’autorisation d’emprunter est  réservée aux sociétaires. Puis, à la fin du XIIIe siècle, elle s’étend à un plus large public. C’est le cas des anciens sociétaires, étudiants extérieurs, maîtres en théologie et universitaires extérieurs. Pour emporter à domicile il faut s’identifier. On  inscrit les noms et les ouvrages sur des feuilles volantes ou sur les pages de garde blanches. On découpe ces mentions une fois le retour fait. Les prêts sont gratuits. A partir de 1321, les lecteurs extérieurs devront s’acquitter d’une caution.

Quelles sont les règles ?

La bibliothèque est régie dès son origine par un règlement draconien. Il se précise en 1321. La bibliothèque est considérée comme un lieu sacré. Les lecteurs ne peuvent  ni parler,  ni  chuchoter. Ils ne doivent pas déranger quiconque en marchant.

Les ouvrages sont fragiles. Ils sont menacés de toute part. Par la poussière, l’eau, l’huile, le feu, les taches de cire et de graisse. Les lecteurs doivent alors se laver les mains et refermer le livre après chaque consultation à l’aide du fermoir. Les œuvres ne sont pas non plus à l’abri des coups de canifs et de ciseaux. Faire des signets est d’un usage courant. De même que de découper le folio pour s’en faire du brouillon. Pour chaque délit, on exige six deniers. Et dans certains cas on recourt à l’excommunication.

La bonne conservation des collections passe aussi par le contrôle strict de l’entrée de la bibliothèque. Elle est interdite aux enfants et aux illettrés. Les étrangers doivent être accompagnés par un membre du collège. Il se reconnaît à sa tenue composée  d’une robe et d’un bonnet. Il est responsable de son hôte. Il possède une clé de la bibliothèque et doit fermer la porte après chaque passage.

Les professeurs ne sont pas des lecteurs ordinaires. Ils ont quelques privilèges, dont celui de pouvoir consulter en priorité les ouvrages demandés. Et certains folio leurs sont seuls réservés. Il s’agit pour la plupart d’écrits interdits.

Comment le bibliothécaire gère-t-il son fonds ?

Un premier catalogue est mis en place à la fin du XIIIe siècle. Les manuscrits sont classés par sections et, à l’intérieur de chacune d’entre elles, les auteurs par ordre alphabétique.

La première section comprend le trivium (grammaire, rhétorique, logique). La deuxième, le quadrivium (arithmétique, astronomie, musique, alchimie, géométrie, médecine). La troisième, la partie religieuse (textes sacrés, commentaires, concordances, pères de l’Église).

Le bibliothécaire donne à chaque volume un numéro d’ordre à l’intérieur de chaque section, par exemple le numéro 8 parmi les livres de Saint Bernard.

En 1321, un nouveau catalogue est mis en place. La bibliothèque comprend, en 1338, 1 720 ouvrages dont 300 dans la « magna libraria » et  1 400 dans la « parva libraria ». Désormais deux catalogues coexistent. Le premier donne la liste des volumes avec un titre abrégé dans l’ordre où ils figurent sur les pupitres. Le titre de chaque volume est accompagné des premiers mots du texte. Une cote ABC leur est attribuée. Un deuxième catalogue est une sorte d’index du contenu des volumes répartis par matière (grammaire, logique, écritures…) car un ouvrage peut porter sur plusieurs sujets. Ici les mots du second ou de l’avant-dernier feuillet remplacent les premiers mots du texte.

Ces catalogues sont constitués pour la commodité des bibliothécaires eux-mêmes, afin d’assurer la bonne gestion du fonds. Les étudiants et les maîtres n’y ont pas accès.

Au fil des ans, le fonds ne cesse de s’accroître. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la première presse s’installe  à la Sorbonne et le nombre d’imprimés dépasse celui des manuscrits. En 1770, une partie des collections du collège rejoint la toute nouvelle bibliothèque de la Sorbonne sous le nom de Bibliothèque de l’Université de Paris.

Photos :
– vue du collège de Sorbonne en 1550. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Rector of the University of Paris and Doctor of the Sorbonne. Domaine public. Source : Wikimedia commons,
– Miniature Prayer Book In Latin, illuminated manuscript on parchment. Domaine public. Source : Wikimedia commons.