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Articles taggués ‘In Quarto’

Vous avez dit « In Quarto » ?

Savez-vous ce que signifie In Quarto, le nom de baptême du blog de vos bibliothèques ?

Eh bien celui-ci n’est évidemment pas étranger au monde du livre et prend sa source dans le nom donné au pliage en quatre des feuilles de parchemin qui constituaient les premiers livres tels que nous les connaissons aujourd’hui. Actuellement cette appellation subsiste. Il suffit de vous rappeler ces chiffres que vous mentionnez parfois en début de cote pour demander un livre en magasin. Le quatre correspond alors au format de l’in-quarto. L’in-quarto est un volume qui mesure entre 25 et 30 centimètres de hauteur.

Les premiers in-quarto au Moyen Age

Les premiers in-quarto apparaissent au cours du Moyen Age et constituent un tournant dans l’histoire du livre. Le codex est à cette époque en usage et a remplacé dès le deuxième siècle avant Jésus Christ les rouleaux de papyrus et parchemin jugés trop volumineux et encombrants.

Il est constitué d’un assemblage de cahiers cousus ensemble et préfigure avec son écriture recto verso le livre d’aujourd’hui. La nouveauté est que ces cahiers de parchemin sont faits de feuilles pliées, ce qui leur donne un format spécifique, variable toutefois selon la taille de la feuille.

L’in-quarto correspond alors à une feuille qui a été pliée deux fois soit huit pages, l’in-folio à une feuille pliée une fois soit quatre pages,  l’in-octavo à une feuille pliée trois fois soit 16 pages. Dans ces cahiers au format défini, le texte connait une nouvelle organisation.

Les mots sont désormais espacés.  Bien que la page de titre n’existe pas encore et soit simplement précédée de l’incipit (formule contenant les premiers mots d’un livre), ailleurs les titres et les chapitres font leur apparition. De même si encore beaucoup d’ouvrages se terminent par un explicit (mention faite sur sa fabrication), de plus en plus de copistes ont pris l’habitude de regrouper dans une formule finale (colophon) quelques informations sur l’identité du livre : titre, auteur, date et lieu de la copie.

Au XIIIe siècle, on commence à numéroter les feuillets en chiffres romains et le papier remplace le parchemin au siècle suivant. Différents types d’écriture sont alors en vogue : la capitale carrée, l’onciale, la semi onciale, la minuscule caroline, la lettre gothique. La forme du codex se prêtant bien à l’illustration, on assiste avec lui à la naissance de l’enluminure.

A côté des peintures en pleine page, les enlumineurs multiplient les détails ornementaux. Au XIVe siècle la pratique de l’encadrement se développe. Il s’agit souvent d’une bordure végétale qui prolonge dans les marges l’initiale ornée et finit par entourer complètement le texte. Ces tiges peuvent porter des feuilles de vignes, des figures grotesques et fantaisistes.

Avec le codex les livres sont devenus un bien précieux. La reliure la plus courante est faite de cuir. Pour protéger le cuir on utilise de gros clous ou des cornières en cuivre ou en laiton. On les décore et certains ouvrages plus rares sont recouverts d’ivoire, d’étoffe, de pierres précieuses, de cuivre d’or ou d’argent.

L’in-quarto et l’invention de l’imprimerie

Avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au milieu du XV ème siècle le livre connait une petite révolution. Les premiers livres contemporains de cette invention prennent le nom d’incunables. Si le format le plus utilisé reste l’in-folio, l’in-quarto par son coté pratique et peu encombrant se voit plébiscité pour la publication de manuels, de romans et de livres de droits.

De même si la mise en page reprend celle du codex, le texte lui, est peu à peu divisé en paragraphes et la ponctuation se met en place. Les accents, trémas, cédilles, apostrophes apparaissent. La page de titre et les liminaires (dédicace, avertissement) deviennent systématiques. La pagination en chiffres arabes remplace la foliotation.

Des caractères à nouveau voient le jour comme le type romain antiqua, l’italique, et le Garamond. Avec la technique nouvelle de la gravure sur bois l’ornementation du livre se développe à l’aide de culs de lampe, de fleurons, de lettres stylisées.

Les in-quarto du XVIII ème siècle à aujourd’hui

Les grands formats sont de moins en moins en vigueur ce qui signifie que le in-quarto gagne un terrain considérable aux cotés des in-octavo et même des in-12. La mode est désormais aux livres de petit format, largement utilisés pour les livres de piété et de romans.

La page de faux titre se généralise et les notes de bas de page remplacent les manchettes autrefois utilisées. Au XVIII ème de nouveaux  caractères sont encore une fois crées  comme le Didot et le Bodoni. L’illustration même si elle concerne un nombre limité de livres prend un nouveau  virage.

La gravure sur cuivre et l’estampe remplacent  la gravure sur bois et devient un art à part entière. Puis à la fin du XVIIIe siècle, c’est la lithographie qui prend sa place avant d’être une nouvelle fois supplantée par la gravure sur bois en bout. La reliure évolue quelque peu.  A partir du milieu du XIXe siècle, les couvertures comportent une illustration en rapport avec le contenu du livre.

Avec les progrès techniques en continu, l’école obligatoire en 1882, la production explose et le livre devient un bien courant. Grâce à l’avènement du livre de poche en Angleterre en 1935 puis en France quelques années après, l’in-octavo (20-25 cm)  et l’in-seize (15-17,5 cm) conquièrent leurs lettres de noblesse et on assiste à la multiplication des formats.

Aujourd’hui, ceux-ci sont ainsi précisément calibrés. Ils se déploient de l’in-plano  feuille non pliée à l’in-64 feuille pliée six fois (inférieure à 7,5 cm). L’in plano et l’in folio restent  très présents pour les éditions de luxe. Les in-quarto sont beaucoup utilisés pour les manuels et les dictionnaires  et sont largement représentés au SCD.

Reste à parier alors que le nom du blog In Quarto a comme une évidence quelques liens avec le fonds quelque peu encyclopédique de vos bibliothèques…

Illustrations :
Papyri d’Oxyrhynque (P. Oxy. VI 932). Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Scriptorium Monk at Work. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
Photo d’un manuscrit lors d’une exposition sur Morimond à Chaumont en 1992. Par Frédéric Brice. CC : BY-SA. Source : Wikimedia commons.
Johannes Gutenberg (139*-1468); Kupferstich; 16th century; 19:14 cm. Domaine public. Source : Wikimedia commons.
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