Archive

Articles taggués ‘Livres Anciens’

Les livres rares de la Bibliothèque Serpente

La bibliothèque Serpente, en lançant un chantier d’inventaire des livres anciens présents dans son fonds, a découvert dans ses magasins, une vingtaine d’unica. Il s’agit d’ouvrages rares, possédés par un seul établissement dans un réseau documentaire.

Une enquête passionnante où armée de gants blancs, l’équipe Serpente voyage dans le temps page après page, ouvrage après ouvrage. Et où au détour d’une suspension de feuille, la trace du temps qui passe apparaît … c’est un livre en ver ancien !

Trace de d'un ver de livre ayant creusé une galerie encroûtée de poudre excrétée. © Sylvanie de Lutèce

Trace d’un ver de livre ayant creusé une galerie, encroûtée de poudre excrétée. © Sylvanie de Lutèce

Tous ces livres anciens et unica vont être reclassés, restaurés et protégés. Seuls deux sont en attente de catalogage par une spécialiste du livre ancien.

Cette attente n’empêche pas l’équipe Serpente d’enquêter sur l’histoire de ses ouvrages ainsi que celle de leurs propriétaires. Car de temps à autre un de ces unica possède un nom, parfois joliment dessiné d’une écriture qui a traversé le temps, parfois c’est un nom typographié, qui lui aussi a traversé le temps.

E.Lagorce, nom du propriétaire typograpié sur la page titre. © Sylvanie de Lutèce

E.Lagorce, nom du propriétaire typograpié sur la page titre. © Sylvanie de Lutèce

Le nom E.Lagorce est typographié sur plusieurs ouvrages. Mais qui est donc E.Lagorce ? Etienne Lagorce est né le 16 décembre 1718 aux Voivres dans les Vosges. Cultivateur, il entre dans l’armée en qualité de Dragon (militaire se déplaçant à cheval mais combattant à pied) en 1748. Il y restera 40 ans. Le 7 janvier 1772 il épouse Françoise Imatte, qui lui donnera 3 filles : Barbe, Marie et Françoise. On retrouve sa trace à Epinal, le 7 mars 1790 où il participe à la Grande Fête Civique : la Fédération des Vosges. Il a 72 ans, il est le doyen et le commandant de la garde nationale de Trémonzey. Etienne Lagorce trouve dans la générosité du corps qu’il commande, une ressource à ses besoins. On lui donne un revenu de 2 000 livres. Il meurt en 1792.

Parmi les livres que possédait Etienne Lagorce, l’un date de 1752 et a pour titre Le siècle de Louis XIV publié par M. de Francheville.

© Sylvanie de Lutèce

© Sylvanie de Lutèce

Mais qui est M. de Francheville ? Il s’agit d’André Dufresne de Francheville, secrétaire de Voltaire, il suit des études de théologie et deviendra en 1755 le copiste de Fréderic II puis lecteur et bibliothécaire du prince Henri à Rheinsberg.

Il publie ce livre chez Georges Conrad Walther, libraire du Roi.

Quant à Voltaire, voici ce qu’il écrit à ce dernier le 30 mai 1751: « Je suis fort occupé de l’Histoire du siècle de Louis XIV, mais cet ouvrage ne sera pas sitôt près … J’ai encore besoin de temps pour rendre l’ouvrage moins indigne de l’impression, plus je l’aurai travaillé avec soin et plus il vous deviendra utile. Je n’exigerai rien de vous, que des exemplaires en grand papier.

Le 28 décembre 1751 : [en parlant du Siècle de Louis XIV] « Il a fallu l’imprimer chez l’imprimeur du Roi de Prusse. C’est M. de Francheville, conseiller aulique, qui s’est chargé de l’édition. On sait assez, en Europe, que j’en suis l’auteur, mais je ne veux pas m’exposer à ce qu’on peut essuyer, en France, de désagréable quand on dit la vérité. Ce n’est pas moi qui ai le privilège impérial, et celui de Prusse est sous le nom de M. de Francheville. Il y a 3 000 exemplaires de tirés, dont 24 ou à peu près, peuvent être ou gâtés ou incomplets. J’en envoie 500 à un de mes amis à Londres. Ce débit ne passera pas par les mains des libraires, c’est une affaire particulière. Reste donc 2 500 exemplaires dont je puis disposer. J’en prends 100 pour en faire des présents, et je me déferai des 2 400 exemplaires restants avec un seul libraire auquel je transporterai le privilège, le droit de copie et le droit de faire traduire. On peut vendre les 2 400 exemplaires au moins 2 florins chacun. Je ne veux pas assurément y gagner mais je ne veux pas y perdre. L’ouvrage m’a coûté, avec le secrétaire et M. de Francheville qu’il a fallu payer, environ 2 000 écus parce qu’il y a des feuilles que j’ai refaites 3 fois. »

© Sylvanie de Lutèce

© Sylvanie de Lutèce

Cette captivante enquête sur les livres anciens de la bibliothèque Serpente suit son cours et qui sait ce que le passé nous réserve ? Seul l’avenir pourra nous le dire !