Archive

Articles taggués ‘masochisme’

Le masochisme et l’art

Boris Groys, professeur d’histoire de l’art, des médias et de philosophie, né en 1947 à Berlin-Est, a publié de nombreux ouvrages, moins connus en France qu’en Allemagne et dans le monde anglo-saxon.

Son essai, « Portrait de l’artiste en masochiste, les paradoxes de la culture de masse », traverse le roman « La Vénus à la fourrure » de Léopold Von Sacher-Masoch (1870) et dévoile avec brio les travers de notre société médiatique contemporaine.

« La Vénus à la fourrure »,  roman culte du XIXe explore les bases du masochisme :  le héros, Séverin, exige de sa belle d’être traité comme son esclave afin de la posséder, elle et le temps.

Plus proche de nous, l’écrivain portugais José Saramago, dans son « Manuel de peinture et de calligraphie » (1983), écrivant sur l’amour jeune et furieux (et non sur le masochisme), reconnait « cette oscillation de métronome entre la vie et la mort, cette envie frénétique de proclamer éternelle la définition même de la précarité. »

Le thème de l’impossible durée est analysé par Boris Groys et rattaché à la situation de l’art contemporain actuel : les chiffres, les statistiques, les sondages règnent sur le monde instantané de l’art.

Plus largement, la vision offerte par les médias, le découpage statistique de la société dans un instantané permanent, à jamais perdu et angoissant, hystérisent le rapport des gens à celle-ci.

I-Grande-33314-portrait-de-l-artiste-en-masochiste.net

Boris Groys, Portrait de l’artiste en masochiste, 2004. Traduction en français de 2013 par Peter Cockelbergh.

« Or, je voudrais soutenir ici que nous vivons désormais tous comme Séverin – et que la Vénus à la fourrure est devenue la muse de la totalité de notre actuelle culture de masse, c’est à dire de la culture des médias et de la consommation. Car cette culture de masse est une culture de l’évidence instantanée et de l’amour spontané et éphémère.

En effet, de nos jours, l’instant de l’évidence se manifeste comme l’instant de l’achat et de la vente, comme l’instant d’une transaction commerciale. Dans les conditions d’une économie de marché de libre échange, la décision de consommer est une décision instantanée, prise par l’individu sur la base d’un caprice momentané. (…) Le marché n’a ni mémoire, ni durée. Il reproduit en permanence l’état du présent pur. » (p.30)

Un livre écrit de façon limpide à découvrir à la bibliothèque Michelet.