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Hommage à Jacques Le Goff (1924 – 2014)

« Il ne s’agit certes pas de refaire le Moyen Âge, mais de ne pas oublier que les hommes et les femmes de cette période sont nos ancêtres, qu’il est un moment essentiel de notre passé, et donc qu’un voyage au Moyen Âge vous donnera le double plaisir de rencontrer à la fois l’autre et vous-même. »

In Le Moyen Âge expliqué en images.

Historien spécialiste du Moyen Âge, Jacques Le Goff s’est rapidement fait reconnaître par ses pairs grâce à ses différents travaux. Agrégé d’histoire en 1950, son premier livre Les intellectuels au Moyen Âge (paru en 1957) le place en héritier de l’École des Annales, dans la lignée des historiens Fernand Braudel ou Henri Pirenne.
Cette génération de chercheurs tend à traiter l’Histoire non plus comme un événement ponctuel, mais comme un objet social s’inscrivant dans l’espace et le temps, et dans un contexte économique et social.

Ainsi, Jacques Le Goff se spécialise dans l’étude des mentalités et de l’affectivité, travaillant à partir de mémoires, d’objets du quotidien.
En 1972, il devient directeur de l’École des hautes études en sciences sociales.
Également talentueux vulgarisateur, il a le souci de mettre sa période de prédilection à portée de tous, notamment en produisant l’émission Les Lundis de l’Histoire, sur France Culture, ou en prêtant ses travaux au coeur d’expositions comme ce fut le cas à l’abbaye de Fontevraud en 2007 pour Héros et merveilles du Moyen Âge (voir à ce sujet le n°36 du mois d’août 2007 de la revue Les collections de l’Histoire – disponible en section histoire à la bibliothèque universitaire de Clignancourt).

legoff

Héros et merveilles du Moyen Âge
Cet ouvrage met en lumière l’imaginaire de l’époque à travers des personnages de légende (Arthur, Merlin, Mélusine, Renart, Robin des Bois), des créatures symboliques (la licorne), et des lieux emblématiques (la cathédrale, le château-fort), …

 » Ce mélange est pour moi la meilleure manière de montrer comment pouvait fonctionner l’imaginaire des hommes du Moyen Âge, auquel nous devons tant. […] Ce que j’ai voulu montrer avec cette exposition, c’est que le Moyen Âge a été un grand moment de création imaginaire. Et que cet imaginaire lui a survécu, s’est prolongé jusqu’à aujourd’hui en vivant de renaissances, dont les principales, du point de vue culturel, ont été le romantisme au XIXe siècle, puis le XXe siècle, avec les nouveaux supports techniques et sociaux de l’imaginaire, en particulier le cinéma et la bande-dessinée. »

Propos recueillis in Les collections de L’Histoire, n°36, août 2007

Jacques Le Goff nous a quittés ce mardi 1er avril 2014 à l’âge de 90 ans.

Afin de continuer à profiter de l’érudition de ce grand homme qui s’est employé à expliquer le Moyen Âge afin de nous le rendre plus proche et moins sombre, vous pouvez retrouver la plupart de ses ouvrages dans le secteur histoire de la bibliothèque universitaire de Clignancourt (principalement sous la cote 940.1).

Enfer et Paradis

Entre paradis et enfer : Mourir au Moyen Age, 600-1600. Sous la direction de Sophie Balace et Alexandra de Poorter. Bruxelles : Musées royaux d’art et d’histoire, 2010.
Un catalogue d’exposition sur la mort au Moyen Age dans les fonds de Michelet.

Très Belles Heures Notre-Dame - Scène de Martyrs - Louvre RF2023r

Prière aux Saints Martyrs : Scène de martyrs, extraite du livre de prière de Turin des Très Belles Heures de Notre-Dame du duc Jean de Berry / Maître du Groupe de Saint-Jean-Baptiste. Photo RMN, domaine public, via Wikimedia Commons.

Au Moyen Age la mort occupe une place centrale. Elle est partout et peut survenir à chaque instant. Il y a bien sûr les maladies de l’enfance, les disettes, mais aussi les périodes de guerre et les grandes épidémies. Si bien que l’homme médiéval est obsédé par son salut. Depuis sa naissance l’Église lui enseigne qu’il y a des gentils et des méchants. Et c’est plus par peur de l’enfer, enfer cent fois représenté par les peintres et les poètes, que véritable désir  de plaire au curé qui le pousse à vouloir se ranger parmi les premiers. Localisé dans les entrailles de la terre sous forme d’un gouffre, le supplicié prisonnier des flammes voit son âme broyée par une roue édentée. Cette vision brandie par l’Église est à l’homme médiéval parfaitement épouvantable. Pour gagner le paradis, ou tout est calme et volupté, il a une série de petites astuces. Et l’Ars moriendi  « l’art de bien mourir » en est la forme la plus aboutie. Après les livres d’heures qui l’aident à prier, ce manuel du XIVe siècle conçu sur un essai de Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris, fait le pari ultime d’aider le mourant en le préparant lui et son entourage à la mort. Avec pour seul remède l’unique consigne : mener une vie sage et vertueuse.

Les dernières tractations

Pour aller au paradis, mieux vaut ne pas se montrer trop cupide, ou au moins faire semblant de ne pas trop s’attacher aux biens de ce monde. Pour montrer sa bonne volonté on fait des dons. A l’église surtout. Des coussins, des calices, des chaussures, des retables. Et bien sûr ces dons, il va de soi ne sont pas tout à fait gratuits. Outre leur fonction honorable, ils ont pour but que moines et hommes d’Église prient pour leur âme et s’attirent ainsi les bonnes grâces de Dieu. Le nec plus ultra est la concession d’obits. Sorte de pack tout en un qui comprend : office de prière pour le mourant, messe de requiem, puis visite de la tombe. De même les dernières paroles du moribond, loin de s’attacher à quelque marque d’affection à la famille par un dernier je t’aime implorant, n’ont plus que pour ultime obsession l’appel convulsif à la Vierge et au Saint Michel peseur d’âmes. Croyance encore que peut-être le défunt dans une ultime chance se verra accorder la dernière miséricorde. Quoi qu’il en soit son dernier ordre se résumera à cette action : prier pour lui. Et sa famille s’exécutera sans la moindre résistance.

Châsse de Saint Potentin. Musée du Louvre. Photo : Catherine Zérini.

La mise en terre

Le commun des mortels est enterré dans le cimetière paroissial. Le défunt est inhumé sur le dos et paré d’un linceul. D’abord en pleine terre, puis à la fin du Moyen Age dans un  cercueil. A partir du XIIIe siècle, les nobles obtiennent le privilège de se faire inhumer au cœur de l’église, dans la nef ou l’abside, tout près des reliques afin d’accroitre les chances de salut. Les plus pauvres ont évidemment un sort moins glorieux : ils sont tout simplement enterrés dans la fosse commune. Une place à part est faite aux enfants. Comme si il leur fallait compenser le bonheur volé qu’ils n’auront pas la chance de connaître sur terre, l’Église leur réserve la meilleure part. Sur le parvis, le long du mur des églises,  dans le chœur, là s’établit leur dernière demeure. Et en dernier lieu il y a encore des exceptions : le cimetière opère encore une dernière discrimination voulant reléguer bien loin les mauvais morts qui auraient souillés sa terre : les criminels non repentis, les chevaliers morts au combat et les juifs.

Crossbones (PSF)

Pearson Scott Foresman. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Le cimetière

Tout comme la mort est au cœur de la vie, le cimetière est au cœur de la ville. Si le mort est toujours aimé il peut parfois être redouté. Et circule à voix basse ces histoires où on aurait vu le mort sortir attaquer le passant. On prend alors très vite l’habitude, de planter près des tombes des accoudoirs de bois pour prier, en s’asseyant au passage sur les dalles funéraires. Et à vrai dire on se bouscule un peu. Car au Moyen Age le cimetière est un lieu de grande fréquentation. On a toutes les chances de traverser le cimetière au moins une fois par jour. Et y faire ses petites affaires. Car ils sont nombreux à faire commerce de pains, de poissons, viandes, là étalés sur les tombes. Les artisans eux-mêmes n’hésitent pas à installer leur atelier. Le curé y fait école et dans certains coins à l’abri des herbes hautes, des parties de boules ont lieu avec la plus grande ferveur. Certains vont même jusqu’à y bâtir leur résidence, sans doute très pratique pour le futur. Mais le cimetière est aussi le lieu de pratiques inavouables : les prostituées aguichent les passants, les criminels, sûrs d’y trouver un lieu d’asile s’y réfugient. Et quand, lassés de tourner en rond, ils quittent l’enceinte, sont par malheur attrapés par les gardes, eh bien ils peuvent être emprisonnés sur place dans une cellule de pierre accolé à l’église. Bref le cimetière sert à tout !

Vous pouvez trouver cet ouvrage à la cote : Cat M 2010-9

Regesta Imperii : une base de données en médiéval

Sébastien Gougibus, tuteur à la bibliothèque Michelet et doctorant en histoire de l’art médiéval fait le point sur la méthodologie documentaire et présente une base de données gratuite et très riche concernant l’histoire de l’art médiéval : Regesta Imperii.

 

« Dans un billet publié en juin 2011 sur ce même blog, j’avais esquissé à grands traits à destination des étudiants de licence les bases de la recherche bibliographique. Pour facile qu’il puisse paraître de prime abord, ce passage obligé de tout travail universitaire cache en réalité une complexité qui en fait l’un des critères les plus discriminants lors de l’évaluation d’un mémoire ou d’un exposé.

L’écueil qui menace l’étudiant inexpérimenté est bien souvent celui d’une trop faible diversification de ses sources d’informations. Si les grands manuels et collections que j’avais évoqués dans mon précédent billet sont d’une aide précieuse lors de la découverte d’un sujet, il est regrettable qu’ils en constituent l’alpha et l’omega.

Quelle que soit la qualité des textes que l’on puisse y trouver, ils ne suffisent pas à rendre compte de la diversité des approches, des dernières évolutions ou découvertes de la recherche. Et ils rejettent dans l’ombre l’un des organes de diffusion de la connaissance les plus riches : les périodiques scientifiques.
Mais l’étudiant est en général bien en peine pour mener une investigation dans ce vaste répertoire en raison de l’absence de visibilité des articles dans les catalogues des bibliothèques.

C’est ici qu’intervient un des outils les plus appréciables mis au point ces dernières années : les bases de données informatiques.
L’une des plus connues est celle du Getty Institut, la Bibliographie d’Histoire de l’Art, qui a pour elle de couvrir toutes les périodes et tous les styles. Malheureusement, ce bel outil a cessé d’être alimenté depuis l’année 2007.

Plus spécialisée, la base de données Regesta Imperii permet un accès aux publications concernant le Moyen Âge, soit du Vème siècle au XVème siècle, et est toujours l’objet de mises à jour régulières. Disponible en version allemande ou anglaise, elle est d’une redoutable efficacité pour mener à bien une recherche bibliographique. Je ne peux que la conseiller à tous les étudiants souhaitant se spécialiser dans l’étude de cette période.

Je finirai par une remarque d’ensemble concernant ces outils : il faut garder à l’esprit qu’aucun ne prétend à l’exhaustivité et qu’il faut toujours les utiliser conjointement, en lien avec les bibliographies présentes dans les ouvrages de référence et les catalogues des grandes bibliothèques, pour essayer autant que faire se peut de parvenir à une vue si ce n’est complète, du moins assez large du sujet étudié. »

Sébastien Gougibus

Le bestiaire médiéval

Le Service commun de la documentation vient d’acquérir un magnifique et volumineux ouvrage intitulé : « Le bestiaire médiéval », paru chez Citadelles et Mazenod, par Christian Heck et Rémy Cordonnier.

Christian Heck est l’auteur de nombreux livres sur l’histoire de l’art, d’expérience très consultés par les étudiants : le livre s’articule autour de chapitres thématiques et d’un répertoire de cent animaux établi par Rémy Cordonnier.

La qualité de reproduction des enluminures, leur nombre (plus de 600), la mise en exergue de certains détails nous font voir avec des yeux neufs la place qu’occupait le monde animal dans l’imaginaire médiéval.

L’animal est un compagnon qui sert de marqueur temporel : les travaux des mois, les signes du zodiaque par exemple.

Les espèces rares ou lointaines comme les lions, les éléphants, les guépards sont aussi représentées, chacune ayant un rôle de frontière symbolique. Les bêtes hybrides, quant à elles, toujours fascinantes, font directement appel à l’ordre du monde et au pouvoir de Dieu.

Le livre est disponible à la bibliothèque Michelet, vous pouvez également y trouver sur le même sujet les ouvrages suivants :

-Ripert, Pierre : Le bestiaire des cathédrales : imagerie de la statuaire médiévale, symbolique des monstres, gargouilles et autres chimères, De Vecchi, 2010. Cotes : 734 RIP et 8 BE 100.

-Pastoureau, Michel : Une histoire symbolique du moyen-âge occidental, Seuil, 2004. Cote : 709.02 PAS

-Voisenet, Jacques : Bêtes et hommes dans le monde médiéval, le bestiaire des clercs du Ve au XIIe, Brepols, 2000. Cote : 8 H 30

Illustration :
Frères de Limbourg (Herman, Paul et Jean) [Domaine public], via Wikimedia Commons.