Archive

Articles taggués ‘nouvelles acquisitions’

PAUL GRAHAM : THE PRESENT

Paul Graham

Un très beau catalogue d’exposition «The Present» à la bibliothèque Michelet

Paul Graham, né en 1956,  objet d’une exposition au bal à Paris jusqu’au 9 décembre, donne à voir, à travers cette série de photographies prises en 2011 à New York le quotidien délibérément banal de ses concitoyens. Ces scènes de rues sont littéralement dépourvues d’événements. Rien ne se passe sinon ces gestes ordinaires du quotidien et cette déambulation de gens à travers la ville. Ils forment en surbrillance, comme une constellation, à travers le ciel vide et épuré de l’instant.

Scènes de rues

On imagine Paul Graham jubilant à capter ces moments anodins de la vie quotidienne. Car à travers ces circonstances les plus ordinaires, cette femme buvant un soda, cette autre promenant son chien, cet homme faisant ses courses il s’agit de jouer avec le spectateur. Avec lui s’invite un peu la mise en abîme de notre propre histoire. Dans ces scènes de rues captées en diptyques ou triptyques à quelques secondes d’intervalles il joue avec le flou, le net et le plan afin de permettre à chacun de suivre le héros qu’il se sera choisi suivant son humeur, son goût, son état d’esprit du moment. Ainsi de ce triptyque, où l’homme au premier plan à la première image se retrouve à l’arrière-plan à la troisième image. Ou cette femme qui à l’arrière-plan derrière cet homme se retrouve à l’avant-plan quand celui ci se dirige vers le hors-champ. Paul Graham imprime à ce mouvement harmonieux et contrôlé, une cadence et un rythme, dont le spectateur recompose la danse avec son propre vécu.

L’obsession du temps

Si Graham appelle le spectateur à reconstruire le temps, à travers l’idée de mouvement que les images côte à côte suggèrent, il semble aussi vouloir questionner le temps. Le pur événement, né d’une rencontre entre un espace et un temps, paraît aboli au profit d’un temps linéaire, incapable de contenir le réel. A travers le désir de photographier le réel, il y a sans doute le désir de mettre en chemin le spectateur vers le rêve, cette espace interstellaire fait de vide et de forces, où le réel loin de s’engouffrer laisse place aux fantasmes les plus débridés.

La couleur au service de la vie

Dans les photos de la série «The present» une couleur chaque fois  un peu vive coupe la scène baignée par la lumière du soleil. Tel ce taxi jaune vif, cette robe d’un orange criard, cette chevelure d’un auburn ardent. Chez lui cette façon de faire n’est pas neuve. Lors de sa série de photos «Beyond Caring» réalisée en 1984  dans les services sociaux de l’Angleterre de Tchatcher, il l’est un des premiers photographes à utiliser la couleur pour ses reportages. Peut-être y a t-il le souhait de montrer les choses telles qu’elles sont, de lutter contre la morosité ambiante et de favoriser la vie, après le traumatisme des attentats du 11 septembre.

Paul Graham reporter

Paul Graham est un photographe documentaire. Il ambitionne de montrer la vie de ces gens mais aussi de dénoncer les travers de la société américaine. Ainsi de ce diptyque où se superposent les images d’un homme à la stature droite, altière portant un attaché case  et celle d’un autre en défroque, aux épaules tombantes, à l’allure lasse traversant la même rue à quelques secondes d’intervalle. On peut y voir le dessin d’amener le spectateur à réfléchir sur les ravages d’une société à plusieurs vitesses, minée par la compétitivité et la fracture sociale, et du toujours plus. Et là  une nouvelle fois de revenir à l’obsession du temps, plus visible, car directement éprouvée.

« The Present » est un très beau catalogue. Paul Graham s’est toujours refusé à capturer l’instant, le moment «idéal». C’est un photographe, de la multitude, de la quotidienneté, de la succession, bref de la vie.

Cet ouvrage est en cours d’acquisition à la bibliothèque Michelet, vous le retrouverez très prochainement sur les rayonnages.

Photo :
Sarah Harlin. Domaine public. Source : Wikimedia commons.