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Odilon Redon, sur le présentoir « Nouveautés » de la bibliothèque Michelet

A la bibliothèque Michelet, la thématique du présentoir des « Nouveautés » est actuellement centrée sur Odilon Redon, au moment où le Grand Palais célèbre ce peintre symboliste de la fin du XIXe siècle dans le cadre de l’exposition « Odilon Redon : Prince du rêve » (23 mars 2011-20 juin 2011). Peintre de la couleur noire à ses débuts, dans ses célèbres « Noirs », il n’a jamais renoncé à la couleur, notamment dans ses pastels, avant d’avoir recours à la fin de sa carrière à des couleurs vives le rapprochant des fauves. Redon a puisé son inspiration notamment dans la littérature de son temps, et exploré les méandres de la pensée, l’étrangeté du rêve et du subconscient.

Photo : Fabrice Cicard

Autour de l’exposition Odilon Redon

Parmi les nouveautés reçues à la bibliothèque Michelet, retenons ce livre, Baudelaire, Poe, Mallarmé, Flaubert : Interprétations par Odilon Redon, paru à l’occasion de l’exposition « Odilon Redon, Prince du rêve », actuellement au Grand Palais (23 mars 2011-20 juin 2011). Les textes et les illustrations de ce livre sont réunis et présentés par Alexandra Strauss, monteuse de films et écrivain.

Redon a interprété  Les Fleurs du Mal de Baudelaire, les Nouvelles Histoires extraordinaires et les Poèmes d’Edgar Poe, les poèmes de Mallarmé et La Tentation de Saint-Antoine de Flaubert. Dans son livre, Alexandra Strauss fait dialoguer peintures et œuvres littéraires. Redon rejetait la notion et le mot d’illustrateur, lui préférant celui d’interprète. Il écrit en 1898 dans une lettre à son ami et biographe André Mellerio : « Je n’ai jamais employé le mot défectueux d’ « illustration ». Vous ne le trouverez pas dans mes catalogues. C’est un terme à trouver : je ne vois que ceux de transmission, d’interprétation et encore ils ne sont pas exacts pour dire tout à fait le résultat d’une de mes lectures passant dans mes « Noirs organisés » » (p. 5). Redon n’ « illustre » pas, ne  représente pas l’action ou le sujet, il « interprète », rend par le dessin l’esprit du texte. Non pas une illustration, mais bien plutôt une rencontre esthétique exprimée dans deux mediums complémentaires, l’un littéraire, l’autre plastique.

Le peintre Redon a placé la littérature au cœur de son inspiration. Il aimait les livres, en était entouré. Il lut et apprécia Baudelaire, Poe, Flaubert, Mallarmé dont il était l’ami. Dès les débuts de sa carrière, l’œuvre de Redon fut rapprochée de la littérature. Redon était qualifié de « peintre littéraire », bien  qu’il n’appréciât pas ce rapprochement qu’il jugeait réducteur.

Jusque vers 50 ans, il utilisa le fusain, l’encre et le crayon, constituant cette riche œuvre graphique, ses « Noirs ».

Dans son livre À soi-même, réflexions sur l’art, le peintre écrit : « Le sens du mystère, c’est d’être tout le temps dans l’équivoque, dans les doubles, triples aspects, des soupçons d’aspect (images dans images), formes qui vont être, ou qui le seront selon l’état d’esprit du regardeur » (p. 8).

Alexandra Strauss souligne que, dans l’œuvre de Redon, la relation entre un texte littéraire et sa traduction graphique est très particulière : « Le plus souvent l’artiste s’appuie sur un mot, une phrase ou un vers, pour retravailler un thème ou un motif  personnel. Il peut choisir aussi dans les textes un vers ou une phrase dont il fera un titre, et dessiner autre chose, sans relation évidente à première vue » (p. 8). Il peut aussi être lui-même le créateur d’une légende, comme « L’ange perdu ouvrit alors des AILES NOIRES » (« La Nuit », planche III, 1886, dessin qu’Alexandra Strauss rapproche du poème « Réversibilité » des Fleurs du Mal). De même : « La CHIMERE regarda avec effroi toutes choses » (« La Nuit », planche IV, 1886, dessin qu’Alexandra Strauss relie au poème « Chacun sa chimère » des Petits Poèmes en prose). Quoi qu’il fasse, il respecte toujours l’univers littéraire, tout en y apportant son langage propre.

L’exposition Redon au Grand Palais montre que le peintre a commencé par explorer la couleur noire, puis s’est progressivement tourné vers la couleur. Ses « Noirs » sont un ensemble de dessins au fusain et de lithographies, exécutés à partir de 1875, et dont l’apogée se situe dans les années 1880. L’univers des « Noirs » est onirique, et  témoigne d’une recherche du clair-obscur. Paradoxalement, ce que Redon cherche à obtenir avec le fusain, c’est la lumière. Quelques thèmes reviennent de manière obsessionnelle dans les « Noirs », comme la sphère ou l’œil, l’eau originelle, la vie microscopique, le monstre, l’ange déchu, la figure du martyre ou du mystique, le soleil noir, qui appelle Gérard de Nerval et son poème « El Desdichado » ainsi que son roman Aurélia.

Au tournant du XXe siècle, Redon s’affirme comme un  maître du pastel. Il s’avère qu’il pratiqua constamment la couleur, même dans les années où il se fit connaître par ses « Noirs ». Jusqu’en 1890, peintures et « Noirs » constituaient deux domaines étanches, la couleur étant  utilisée pour les seules études sur le motif (surtout des paysages), tandis que les sujets d’imagination étaient réservés au fusain ou à la lithographie. A partir de 1890, l’univers onirique des Noirs sera progressivement investi par la peinture et le pastel. Jusqu’en 1900, Redon mènera parallèlement une veine colorée et une veine noire, cette dernière se tarissant peu à peu : en 1899, il publie son dernier recueil lithographique.

Redon s’est affirmé dans la voie nouvelle du symbolisme, mouvement qui s’est étendu aux autres arts. La nouveauté et l’originalité de ce peintre sont  d’avoir exploré les méandres de la pensée, l’étrangeté du rêve et du subconscient.

L’ouvrage Baudelaire, Poe, Mallarmé, Flaubert : Interprétations par Odilon Redon d’Alexandra Strauss est disponible à la bibliothèque Michelet à la cote : 8 L 704.

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