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Architecture et urbanisme des bords de mer

Voici un ouvrage acquis tout récemment à la bibliothèque Michelet : Architecture et urbanisme. Villégiature des bords de mer. XVIIIe- XXème siècle, sous la direction de Bernard Toulier. Editions du patrimoine.

N’hésitez pas à vous plonger dans ce formidable ouvrage relatant  la naissance des stations balnéaires en France et leur formidable développement.

Et celle-ci est d’une importance capitale tant elle imprègne de son urbanisme et de son architecture nos 5533 kilomètres de cotes.

Voici pour vous mettre l’eau à la bouche un petit aperçu sur cette formidable invention dont l’auteur nous fait goûter la saveur dans une partie de l’ouvrage consacrée uniquement à l’histoire du phénomène. Invention qui a permis au fil du temps à des vacanciers toujours plus nombreux de profiter du soleil et des plaisirs de la mer.

Nous apprenons que la mer, autrefois considérée comme un véritable antre diabolique, connait au XVIIIème siècle un autre destin grâce à l’essor de l’océanographie. Elle se voit débarrassée de son côté maléfique. Les vertus de l’eau salée sont découvertes  et avec elle un nouveau type de bains, dit bain à la lame. Au vu de ces informations, on imagine alors combien il faut  avoir une profonde foi dans la science pour venir plonger dans cette eau froide jusqu’à la suffocation.

Et c’est toute une philosophie qui naît avec elle : on promet de faire de l’homme qui s’y adonne un être pur grâce à la régénération du cerveau et du système nerveux. Cette pratique innovante attire les aristocrates et les riches bourgeois. La station balnéaire est née. Elle est le plus souvent construite ex nihilo, espèce d’enclave en marge des populations locales. Ces riches stations s’avèrent des plus confortables et sont recherchées très vite pour leurs plaisirs et leurs établissements de soins utilisant l’eau de mer, plus que pour les bains de mer froids stricto sensu, jugés somme toute finalement assez désagréables. Au programme : bains de mer dans des cabines roulantes, promenades sur les jetées nouvellement aménagées, bals et jeux dans les casinos, golf, tennis sur gazon.

Au fil des pages, l’auteur nous dévoile que c’est au milieu du XIXème siècle, avec le développement du réseau ferré que la bourgeoisie prend modèle sur ses bienheureux prédécesseurs. Les plus modestes d’entre eux se mettent à rechercher les « petits trous pas chers ».  Et c’est avec un naturel non feint que l’auteur nous dit encore que les divertissements se multiplient : jeux de glisse, régates, courses hippiques. Des jardins d’acclimatation, aquariums, musées océanographiques, port de plaisance pour yachts voient le jour. Bref de nouveau le rêve à portée de main. Et les enfants constituent aussi une nouvelle clientèle privilégiée avec la fondation des colonies de vacances et hôpitaux marins pour les petits chétifs et anémiques.

Enfin, l’historien nous en dit un peu plus sur cette dernière vague de touristes après la première guerre mondiale. En effet les classes populaires font leur grande rentrée sur le front de mer. Les congés payés en 1936 et l’octroi de la troisième semaine de congés payés en 1956 sonnent l’avènement du tourisme de masse. On est plus gourmand. Les résidences hors saison se développent et les équipements sont utilisés toute l’année.

Les vertus de la mer, du soleil, du sport, du farniente, si elles étaient déjà reconnues, sont désormais la chose la mieux partagée. L’inauguration de l’autoroute du soleil devient le symbole de ces voitures prises dans les embouteillages dont les souvenirs heureux ou malheureux perdurent alors  toute l’année et jusqu’à aujourd’hui encore.

Vous pouvez consulter cette ouvrage à la cote 720 TOU en libre accès.

Photos : cartes postales anciennes. Catherine Zerini.