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« Conquise, je le fus dès le premier regard »

Édition in-quarto de 1609 (Wikimedia Commons, domaine public)

Une lecture rapide ferait croire à un vers de Racine, il s’agit pourtant de Shakespeare, dans la traduction qu’en a fait André Markowicz en 2006. Tels sont les mots de Cressida à son amant Troïlus. Ni tragédie, ni comédie, Troïlus et Cressida est une pièce inclassable de 1602. Le Troyen Troïlus aime Cressida, la fille d’un prêtre grec passée à l’ennemi. Son oncle Pandare joue les entremetteurs au point qu’elle finit par se donner à son prétendant. La guerre, toutefois, rattrape les jeunes gens ; Cressida devra être rendue aux Grecs en échange d’un autre prisonnier. Et Troïlus d’accepter au nom de la raison d’état, puis de voir sa belle, dépitée, céder aux avances du Grec Diomède.

« La pièce, écrit Margaret Jones-Davies dans la préface de l’édition des Solitaires intempestifs, fut peu jouée du vivant de l’auteur, comme si ce texte abrasif ne pouvait convenir qu’à une modernité à venir. » Elle entremêle tous les genres, des saillies triviales du soldat éclopé Thersite au discours amoureux des amants, en passant par la tirade d’Ulysse, à la rhétorique parfaite. Elle s’ouvre à un moment où la guerre de Troie est une guerre froide, où chacun des deux camps guette les agissements de l’autre sans se décider, pourtant, à combattre. Et parmi ces guerriers dans l’attente, Achille le premier diffère les assauts. Enfin, contrairement à ce que son titre peut laisser croire, elle traite tout autant de la guerre de Troie et des attitudes de chacun des princes dans le conflit – peu de personnages féminins dans cette pièce – que des amours contrariées des jeunes héros.

Pour Hubert Fluchère, « Troïlus et Cressida aurait pu être une tragédie noble, c’est un drame sordide où, par-dessus la parole sage d’Ulysse, résonnent le cliquetis dérisoire des glaives ensanglantés, les criailleries obscènes d’un Pandarus à la voix de fausset, les sarcasmes venimeux enfin d’un blasphémateur professionnel. La guerre, la gloire en prennent un bon coup : on se bat pour un freluquet et une putain ; l’amour lui-même use son lyrisme dans la frénésie et la trahison. »

Troïlus et Cressida se joue actuellement à la Comédie-Française, dans une mise en scène de Jean-Yves Ruf. Sur le site, on trouvera une bibliographie autour de la pièce.

Différentes éditions et traductions de la pièce se trouvent conservées dans les bibliothèques de Paris-Sorbonne. Sont également consultables des études critiques sur cette œuvre, notamment à la bibliothèque de l’UFR d’anglais. Une bibliographie recensant ces titres est disponible sur notre compte Zotero. On peut aussi lire la pièce en ligne sur le site OpenShakespeare (Troilus and Cressida) ou sur un site de l’Université de Victoria (Canada) (Troilus and Cressida).

Troïlus et Cressida, V, 2. Gravure de Luigi Schiavonetti, d’après un tableau d’Angelica Kauffmann. (Wikimedia commons, domaine public)

Sources :
– Henri FLUCHÈRE, « Shakespeare William – (1564-1616) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 février 2013. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/william-shakespeare/.
– Margaret JONES-DAVIES, « Troïlus et Cressida », in William SHAKESPEARE, Troïlus et Cressida, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2006.

Roméo et Juliette, une pièce revisitée

Actuellement au théâtre de l’Odéon, la pièce de Shakespeare est revisitée, dépoussiérée même, par la mise en scène d’Olivier Py. Débarrassée de la lecture romantique qui l’avait peu à peu patinée, elle retrouve son comique cru, dont découlera le tragique.

Divisés sur ce qu’ils ont vu à l’Odéon, les critiques de théâtre ont écrit des articles très contrastés. La base Europresse vous donnera un aperçu de ce qui est paru dans la presse :

Salino, Brigitte. « Shakespeare par Py : la sulfureuse équation ». Le Monde. 26 septembre 2011.
– Chevilley, Philippe. « L’amour en force ». Les Echos. 26 septembre 2011.
– Simon, Nathalie. « Indigeste Roméo et Juliette ». Le Figaro. 23 septembre.
– Solis, René. « A l’Odéon, le désamour de Roméo et Juliette ». Libération. 27 septembre 2011.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter plusieurs ouvrages critiques sur la pièce elle-même, dont voici une courte sélection :

- Fernandes, Isabelle. William Shakespeare, « Roméo et Juliette ». RosnyBréal : impr. 2007.
– Fraisse, Luc.  « Romeo et Juliette » et la dramaturgie shakespearienne. Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, 1994.
– Whitworth, Charles. Roméo et Juliette : nouvelles perspectives critiques. Montpellier : Publications de l’université Paul Valéry, 1993.
– Assoun, Paul-Laurent. Analyses et réflexions sur Shakespeare, « Roméo et Juliette » : la passion amoureuse. Paris : Ellipses, 1991.
– Quilliam, Susan. William Shakespeare, Romeo and Juliet. Harmondsworth : Penguin, cop. 1985.

La bibliothèque Clignancourt possède aussi plusieurs éditions critiques de la pièce, en langue originale, mais aussi des traductions en français. La nouvelle traduction d’Olivier Py vient d’arriver à la bibliothèque et est en cours de traitement.

- Roméo et Juliette / William Shakespeare ; traduit de l’anglais par Olivier Py. Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2011.
Romeo and Juliet : parallel texts of Quarto 1 (1597) and Quarto 2 (1599) / edited by Jay L. Halio. Reprod. en fac-sim.. Newark : University of Delaware Press, cop. 2008.
Roméo et Juliette / Shakespeare ; nouvelle traduction de François Laroque et Jean-Pierre Villquin ; préface et notes de François Laroque. Paris : Librairie générale française, DL 2005.
Romeo and Juliet / William Shakespeare ; fully annotated, with an introduction, by Burton Raffel ; with an essay by Harold Bloom. New Haven : Yale University Press, cop. 2004.
Romeo and Juliet / [William Shakespeare] ; ed. by G. Blakemore Evans,… Updated ed. Cambridge : Cambridge University Press, 2003.

Enfin, plusieurs ouvrages consacrés à la mise en scène au théâtre ont été acquis, notamment :

- Boisson, Bénédicte. La mise en scène théâtrale : de 1800 à nos jours. Paris : Presses universitaires de France, impr. 2010.